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École autrichienne et littérature
De Wikiberal.
L'économie est souvent utilisée dans les études littéraires, mais l'économie du libre marché l'est rarement. L'école autrichienne, qui met l'accent sur la valeur subjective (Carl Menger), sur la praxéologie (action humaine) (Ludwig von Mises), sur l'ordre spontané, sur la connaissance (Friedrich Hayek), sur l'esprit d'entreprise (Israel Kirzner) et sur le temps subjectif (Mario Rizzo), semble être une source particulièrement riche d'analyses pour les études littéraires. Aussi, plusieurs chercheurs[1] sont actuellement en train de faire émerger cette nouvelle discipline qui consiste à lire les romans avec le cadre de référence de l'école autrichienne.
En finir avec l'oligopole des grilles de lecture marxistes ou post-modernistes
Les raisons de cette nouvelle préoccupation de la critique littéraire sont multiples : l'emprise dans le passé de la grille de lecture du marxisme qui est aujourd'hui remplacée par la notion floue du post-modernisme, la prise en compte de l'action humaine pour redonner une nouvelle fraîcheur de lecture aux romans actuels et anciens.
Le marxisme a été utilisé pendant longtemps dans les études littéraires, pour discuter de la représentation de l'économie dans les œuvres de la littérature et pour discuter des méthodes et des structures sociales de la production artistique et littéraire. Même si ce regard est intéressant, il laisse pantois sur la réalité de leur conclusion. Tout d'abord, le monopole dans la fourniture de la grille de lecture par les professeurs de littérature, a été remplacé peu à peu par le post-modernisme. Mais, ce duopole laisse-t-il toute la profondeur et la variété des qualités de la vie sociale ? N'existe_t-il pas une troisième grille de lecture possible ? De toute évidence, l'école autrichienne avec ses outils méthodologiques contribuent à analyser la vie sociale inscrite dans la littérature de façon réaliste et pertinente.
La vie économique et sociale décrite dans les romans est analysable sous le cadre de l'action humaine. La praxéologie est un outil précieux pour aider à comprendre les histoires en donnant du sens aux décisions des acteurs. Mais, de plus, l'école autrichienne permet de comprendre la production artistique et littéraire grâce à la grille de lecture de l'ordre spontané.
Dans ce cadre, chaque lecteur doit opter pour la grille de lecture autrichienne en ayant des points d'ancrage de lecture qui concerne : l'individualisme méthodologique, le subjectivisme méthodologique, l'ordre préférentiel (marginalisme) relié au coût d'opportunité et aux anticipations, les conséquences inattendues (ordre spontané) et le subjectivisme du temps.
Une nouvelle grille de lecture par la méthodologie de l'école autrichienne
Aussi, chaque lecteur devrait poser comme notes de lectures les différents critères ci-dessus et plus précisément, il devrait :
- Détecter les figures de style (métonymie, métaphore, etc.) qui empêchent de voir précisément les actions et les interactions des individus en les englobant dans un tout collectif ou une partie du tout. En d'autres termes, la lecture d'une œuvre littéraire peut-elle nous permettre de détecter quelles sont les goûts et les préférences individuelles et personnelles de tous les personnages principaux sans tomber dans l'erreur de la préférence collective ou sociale ? De même, l'analyse de la production artistique doit nous interroger sur les motivations et le contexte historique de l'œuvre et de son auteur
- Le subjectivisme méthodologique est l'outil de lecture qui aide à comprendre comment les individus interprètent leurs actions ainsi que celles des autres. L'œuvre littéraire présente-t-elle des personnages sans processus de choix, un peu comme des robots mécanisés, ou sont-il des sujets riches en termes de sens qu'ils attribuent à leurs propres activités dans les relations aux autres et vis à vis des objets du monde ?
- La lecture de l'oeuvre nous permet-elle de comprendre le poids des décisions. Comment l'auteur met-il en valeur cette hiérarchie des choix ? Quel mot utilise-t-il ou quelle figure de style pose-t-il sur le papier pour montrer la facilité des décisions ou la douloureuse conclusion (par exemple le coup de foudre amoureux d'un roman rose ou la fin tragique d'un "Romeo ou Juliette"). Quels sont les arbitrages que les acteurs effectuent ? Quelles sont les alternatives possibles à leur décision ? Quelle marge d'action ont-ils ? Quels sont les compromis auxquels ils se soumettent ? Comment les choix des personnages allègent ou renforcent les conflits ? Quel coût (d'opportunité) les personnages supportent-ils c'est à dire quelle est la valeur du choix alternatif délaissé ? En prenant telle décision qu'est-ce que le personnage anticipe ?
- Les personnages en situation d'interaction sont dans un contexte où ils ont un intérêt à échanger. Ils peuvent avoir aussi un intérêt à ne pas échanger avec l'émergence de conflits internes mais aussi externes. Comment les batailles, les duels, les rixes, les escarmouches, les colères, les crises de nerfs, les crises conjugales mènent-elles à des conséquences inattendues ? Quel ordre spontané émerge ? Celui d'une rupture, d'une crise, d'une histoire d'amitié, d'amour ou de réconciliation. Comment l'auteur déroule-t-il son intrigue en dévoilant peu à peu des indices qui mettent en valeur le caractère inattendu du processus de son histoire ? Comment les personnages arrivent-il à réévaluer et à modifier leurs actions à des période critiques.
- Par rapport à l'auteur, celui-ci n'est pas figé dans le temps. Sa production le fait vivre au-delà de son parcours et de sa finitude biologique terrestre. Il est et demeure pour l'éternité une entité réelle dont les significations doivent être interprétés pour être comprises. Dans le récit ou le roman où se trouvent les points d'inflexion et de retournement ? Comment l'auteur met-il en valeur le subjectivisme temporel ? Comment découpe t-il les scènes de son action. Pourquoi des phases sont-elles plus amplifiées que d'autres alors que le temps chronologique est le même que la scène précédente ? Comment la coordination de ces temps subjectifs aboutit à soutenir l'intrigue avec des feedbacks, des rêveries ou des actions dans le temps réel ?
Une nouvelle lecture des œuvres littéraires sous l'angle méthodologique de l'école autrichienne nous apportent tant de richesses sur l'histoire que sur l'auteur qui nous présente sa production littéraire dont il est le premier acteur principal.
Notes et références
- ↑ Troy Camplin, Paul Cantor, Stephen Cox, Thomas Peyser, Allen Mendenhall, Darío Fernández-Morera, Chandran Kukathas, Roman Skaskiw
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