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Discussion:Terreur
De Wikiberal.
Bonjour,
Dans la partie sur la seconde Terreur, le passage suivant est à nuancer : "La guerre efface la ligne qui sépare opposition et trahison". A cette époque, la notion de pluralisme n'existe pas en France (le régime anglais avec son système d'alternance passe en France, y compris pour ses défenseurs, pour une lutte entre deux factions corrompues d'aristocrates et de riches bourgeois qui ne divergent que sur le moyen de répartir entre eux les places à prendre) et la division politique est ressentie comme un état anormal, tandis que l'unanimisme devrait être la règle, ce qui explique les fréquentes démonstrations d'effusion sentimentale dans les assemblées constituante et législative, ainsi qu'à la convention (exemples : la "nuit du 4 août" ou encore le "baiser Lamourette"). Aussi la Révolution est toute entière, de 1789 jusqu'à même la fin de l'Empire, marquée par le règne du soupçon de trahisons et de complots, et pas uniquement de la part des révolutionnaires les plus "avancés" puisque. Par exemple, à la suite du "baiser Lamourette", les journaux royalistes comme l'Ami des Patriotes accusèrent Adrien Lamourette d'avoir soit été manipulé par des Jacobins soit d'avoir participé en toute connaissance de cause à un complot jacobin visant à discréditer le pouvoir royal en "l'abaissant" en-dessous de la Constitution, au même niveau que l'Assemblée Législative. De plus, dès 1791 règne le sentiment diffus que la Révolution est confrontée à deux écueils : la réaction et l'exagération. Ainsi l'Assemblée Législative craint-elle en 1792 à la fois la "république" comprise comme l'anarchie et le "bicamérisme" compris comme le féodalisme. Durant la Terreur, cette difficile "navigation entre deux eaux" apparaît plus clairement avec l'élimination politique (et physique) successive des Enragés menés par Jacques Roux et des Girondins menés par Brissot et Roland, puis celles des Exagérés d'Hébert et des Indulgents (Danton, Desmoulins, etc.). Dans ce contexte toute opposition de ligne (il y avait de nombreuses oppositions internes à la Convention et aux Comités, sans parler de ces organes entre eux, mais elles étaient ponctuelles et ne portaient pas sur l'orientation politique de la Révolution, puisque même Boissy D'Anglas considérait la Terreur comme nécessaire) était perçue comme le résultat d'une trahison ou, plus trivialement, de la corruption (ce qui s'est d'ailleurs vérifié dans les cas de Brissot et de Danton).
Bref, tout ça pour dire que la "ligne qui sépare opposition et trahison" n'existait pas vraiment à cette époque dans l'imaginaire politique français.