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État et moindre mal
De Wikiberal.
« L'État est un moindre mal »
L'idée est qu'on ne peut de toute façon empêcher le plus fort de prendre le pouvoir et d'imposer sa volonté. La loi du plus fort finit toujours par triompher. Il est donc préférable d'avoir un État que l'on connaît, avec ses défauts, plutôt qu'une dictature ou une absence d'État qui conduirait à une dictature succédant à une période d'anomie. Karl Popper développe ce point de vue qui est partagé par un grand nombre de libéraux :
- L’État est un mal nécessaire : ses pouvoirs ne doivent pas être multipliés au-delà de ce qui est nécessaire. On peut appeler ce principe le "rasoir libéral" (par analogie avec le "rasoir d'Occham", le fameux principe selon lequel les entités ne doivent pas être multipliées au-delà de ce qui est nécessaire).
- Il est facile de montrer que cet État constituera un danger constant (ce que je me suis permis d’appeler un mal), fût-il nécessaire. Pour que l’État puisse remplir sa fonction, il doit avoir plus de pouvoir qu’aucun individu privé ou aucune organisation publique, et bien que nous puissions créer des institutions qui minimisent le danger que ces pouvoirs puissent être mal utilisés, nous ne pourrons jamais en éliminer le danger complètement. Au contraire, la plupart des citoyens auront à payer en échange de la protection de l’État, non seulement sous la forme de taxes, mais même sous la forme de certaines humiliations, par exemple, lorsqu’ils sont dans les mains de fonctionnaires brutaux. (Karl Popper, Public Opinion and Liberal Principles, 1954)
Ce point de vue est jugé par les anarcho-capitalistes éminemment conservateur. Il conduit à l'acceptation de n'importe quel régime politique en place. Il suppose que la situation actuelle est la meilleure à tous points de vue. Peu importe que l'État accroisse les injustices et impose son arbitraire : l'injustice vaut mieux que le changement. Il y a quelques siècles, on aurait dit que l'esclavage était un moindre mal, et au XXe siècle que le nazisme et le communisme étaient de moindres maux. Le libéralisme n'est pas conservateur, il est révolutionnaire parce qu'il fait toucher du doigt les injustices instaurées par l'État.
Pour l'anarcho-capitalisme, tout État est toujours injuste, même dans le contexte de la démocratie, dictature de la majorité. De par son mode d'existence, qui repose sur la coercition et la loi du plus fort, l'État n'est pas un moindre mal, il est le mal. Le réalisme ne consiste donc pas à privilégier une approche modérée du fait politique, mais à « jeter l'éclairage cru et impitoyable de la raison sur le statu quo existant » (Murray Rothbard). Comme l'écrivaient Linda et Morris Tannehill :
- L'État n'est pas un mal nécessaire ; il est un mal inutile.
Il est évident cependant que dans une société débarrassée de l'emprise de l'État il y a toujours le risque qu'une organisation surgisse, s'impose par la force, et reconstitue l'équivalent d'un État, comme instrument de pouvoir, en éliminant toute force rivale. La théorie anarchiste suppose (de façon peut-être trop optimiste) qu'une telle organisation serait combattue et mise hors d'état de nuire. « Le prix de la liberté, c'est la vigilance éternelle.» (Thomas Jefferson)
L'anarcho-capitalisme suppose une population gagnée aux idées de liberté et prête à les défendre par les armes s'il le fallait, faute de quoi l'absence d'un État, disposant du monopole de la violence, conduit souvent à la guerre civile (exemple de la Somalie depuis 1991) ou à l'invasion par les États environnants.
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