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Abraham Lincoln

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Révision datée du 18 avril 2016 à 23:23 par Dardanus (discussion | contributions) (Le jeune Lincoln)
Abraham Lincoln
homme politique

Dates 1809-1865
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Origine États-Unis États-Unis
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Citation
inter lib.org sur Abraham Lincoln

Abraham Lincoln (comté de Hardin, Kentucky, 12 février 1809 – Washington, 15 avril 1865) est le seizième président des États-Unis. Il est élu pour un mandat de quatre ans en 1861. Il est le premier président républicain de l'histoire du pays. Son nom est associé à la Guerre de Sécession et à l’abolition de l'esclavage. Il meurt assassiné à la suite d'un complot émanant des confédérés au début de son second mandat. Il est le plus célèbre et le plus célébré des présidents américains, le premier à tomber sous les balles d'un assassin.

Histoire des États-Unis

Lincoln est un petit avocat de province sans expérience qui devient à la fois un homme politique et un chef militaire efficace au moment où, au milieu du XIXe siècle, les États-Unis traversent la plus grande crise de leur histoire. L’élection d’un Républicain abolitionniste entraîne immédiatement la création des États confédérés d'Amérique formé de 11 États esclavagistes et, peu après, la Guerre de Sécession. Après des revers initiaux, l’armée des États-Unis sous le commandement du général Ulysses S. Grant prend le dessus. Lincoln rédige la proclamation émancipant les esclaves et signe le 13e amendement abolissant l’esclavage. Dans son discours d’investiture au début de son second mandat, il se montre conciliant envers les États de l’ex-Confédération et lance un programme de reconstruction qui ne vit pas le jour en raison de son assassinat par un extrémiste pro-Confédéré.


Le jeune Lincoln 1809-1846

Sorti d'une cabane de rondins

Il est né dans l'unique pièce d'une cabane en bois, à l'est de l'État esclavagiste du Kentucky. Considérant s'être fait lui-même, il ne s'intéressait guère à ses origines et on sait peu de chose de ce passé. Son père et sa mère appartenaient à une branche de l'Église baptiste à la morale très stricte, condamnant l'ivrognerie ou l'esclavage.

Ses parents s'installent en Indiana en 1816 et le jeune garçon doit manier la hache : l'image de Lincoln comme fendeur de bois (rail-splitter) fait partie de l'imaginaire américain. Sa mère meurt meurt victime d'une épidémie le 5 octobre 1817. S'il aimait beaucoup sa mère, ses relations avec son père Thomas étaient impersonnels. Ne pouvant rester seul pour entretenir une famille nombreuse, Thomas se remarie avec Sarah Bush Johnson, elle-même mère de trois jeunes enfants, qui apporta un peu de tendresse et de chaleur familiale. Elle sut convaincre son mari de permettre aux enfants de fréquenter l'école.

Mais ses diverses périodes de scolarisation n'ont guère représentés plus d'un an. Il continuait à pratiquer divers métiers manuels : « bûcheron, laboureur, manœuvre, gagnant un tiers de dollar par jour à tuer des porcs, débiter des troncs d'arbre, construire des palissades ou des bacs » selon Louis de Villefosse.

L'historien James Truslow Adams a fait remarquer : « ce qui fait la grandeur de Lincoln, ce n'est pas qu'il soit né dans une cabane de rondins, mais qu'il en soit sorti ». A partir de cette instruction très sommaire, il a pu satisfaire sa passion des livres, devenir une sorte d'écrivain public tout en dévorant tous les ouvrages lui tombant sous la main. Parmi eux, Le Voyage du pèlerin de John Bunyan. Il avait un goût prononcé pour les livres d'histoire et la biographie des grands hommes. Il finit par se distinguer par deux choses : une taille exceptionnelle (il mesurera 1,92 m !) et une intelligence très supérieure à la moyenne. C'était un remarquable conteur d'histoire.

Le grand homme de New Salem

En 1828, il descendit l'Ohio et le Mississipi jusqu'en Louisiane pour accompagner une cargaison de viande et de blé. En 1830, il aida sa famille à déménager une nouvelle fois à New Salem, à proximité de Springfield, une bourgade de négoce dans le comté de Macon, en Illinois. Il devint très vite une figure populaire et devint employé dans une boutique : accueillant, serviable, scrupuleusement honnête, il lisait les journaux avant de les vendre mais aussi les manuels de grammaire et les grands poètes britanniques ou américains. En revanche, la fiction en prose, les romans l'ennuyaient.

En 1832, il se présente aux élections pour l'Assemblée d'Illinois au moment où son employeur fait faillite le privant de travail. La révolte indienne dite « guerre de Black Hawk » lui permet de se faire désigner comme chef de la milice locale mais sans qu'il ait l'occasion de se battre. Il ne réussit pas à se faire élire, bien qu'ayant triomphé à New Salem : ce devait être la seule défaite au suffrage direct de sa carrière politique. Il s'associe avec James Berry, un de ses anciens caporaux de milice, pour ouvrir un nouveau commerce sans grand succès. Finalement, ses amis lui procurent la fonction de « receveur des postes » de New Salem (7 mai 1834) tout en jouant les arpenteurs pour arrondir ses fins de mois.

Il réussit enfin à se faire sous l'étiquette whig à l'Assemblée d'Illinois en 1834. La mort d'Ann Rutledge, le grand amour de sa vie, victime de la typhoïde, le plonge dans un profond chagrin. Selon William H. Herndon, qui devait être son meilleur ami : « Il ne sortit de son infini chagrin qu'en se ruant tête baissée dans l'arène politique. il avait besoin de ce coup de fouet, de cet éperon pour échapper au désespoir. »

L'avocat de Springfield

Lors de la campagne électorale de 1836, il se prononce, en contradiction avec la position whig hostile aux immigrants, pour l'extension du droit de vote « pour tous les Blancs payant des impôts ou portant les armes sans aucune exclusive envers les femmes. » Il réussit en tout cas à sa faire réélire. L'Assemblée ayant adopter une résolution rappelant les droits sacro-saints des États et condamnant l'abolitionnisme, Lincoln rédigea un texte de protestation soulignant que « l'institution de l'esclavage reposait sur une injustice et était de mauvaise politique ». Selon une position qui ne devait pas varier jusqu'à la guerre civile, il exécrait moralement l'esclavage tout en considérant politiquement impossible son abolition là où il existait.

Il quitta bientôt New Salem, bourgade déclinante, pour s'installer à Springfield alors en pleine expansion avec ses 1500 habitants (1837). Un de ses amis, l'avocat John Todd Stuart lui proposa de devenir son associé. Lors d'un discours prononcé le 27 janvier 1838 au Lyceum de la ville, il a ces paroles prophétiques : « Si un danger nous guette, je le dis, il ne peut venir que de nous, et non de l'étranger (…). En tant que peule libre, ou bien nous traverserons les siècles, ou bien nous mourrons de nous être suicidés. » Il conclut : le respect des lois doit « devenir la religion politique du pays ». Il rêve tout haut sur son propre avenir : les grands génies « dédaignent les sentiers battus (…), ils ont soif et brûlent de se distinguer et font tout ce qui est possible pour y parvenir, qu'il faille pour cela émanciper les esclaves ou asservir les hommes libres. »

Lors de la campagne présidentielle de 1840, il affronte dans les réunions électorales divers leaders démocrates dont Stephen Douglas qui le traite d'homme « à deux visages ». Non sans humour, Lincoln prit l'assistance à témoin : « Si j'avais un autre visage, croyez-vous que je porterais celui-là ? » En 1841, il s'associe avec un autre juriste expérimenté, Stephen T. Logan pour ouvrir un nouveau cabinet. Après bien des hésitations, et une tentative de rupture, il finit par épouser, le 4 novembre 1842, Mary Todd, fille d'un riche négociant et banquier prospère. La jeune femme, très cultivée, à l'esprit vif, aimait Lincoln et était persuadée qu'il atteindrait un jour le sommet. Mais hautaine et sarcastique, elle inquiétait son fiancé : le jour du mariage, il « avait l'air et le comportement de quelqu'un qu'on mène à l'abattoir ». Il répondit au fils de son logeur qui lui demandait où il se rendait : « En enfer, je suppose ». Le couple devait avoir quatre garçons

Vers sa destinée

Un de ses bons amis, William Gillespie, devait noter qu'il « croyait profondément que même dans les circonstances les plus favorables la vie humaine recelait plus de désagréments que de bonheur véritable ». La vie familiale avec une épouse peu commode et lunatique ne devait pas être paisible.


Le représentant de l'Illinois

La naissance d'un premier enfant incite le beau-père de Lincoln a accorder à sa fille une rente annuelle et au couple 40 hectares de bonne terre d'Illinois. Ils peuvent ainsi s'acheter une maison. Bien conseillé par son associé Logan, il devient un avocat recherché, fascinant les jurés par sa facilité de parole. Mais Logan désirant s'associer avec son fils, Lincoln décide de se mettre à son compte. Il trouve un partenaire en un jeune juriste, William H. Herndon, un des jeunes loups du parti whig, favorable à l'abolition de l'esclavage. Les deux hommes vont se partager les longues tournées judiciaires aux quatre coins de l'État.

Le 3 août 1846, il est élu à une très large majorité représentant de l'État au Congrès. La famille s'installe à Washington en 1847. Il devait se montrer très assidu à la chambre tout en siégeant aux commissions des postes et des dépenses de guerre. Il jetait un coup d'œil sévère sur ses collègues, les talents se trouvant au Sénat. Il protesta contre la guerre du Mexique, soutenant la résolution qui la considérait comme ayant été « inutilement et anticonstitutionnellement entamée par le président des États-Unis » et prononçant un discours très sévère contre la soif de gloire militaire.

Il exprima son soutien au leader magyar Kossuth, soutenant la cause du Printemps des peuples agitant l'Europe en 1848. Il rêvait d'un président qui en finisse avec l'expansionnisme forcené et proposa de soutenir la candidature de Zachary Taylor, le général qui avait mené la guerre, lors de la convention whig. Le général ne connaissant rien à la politique serait un président faible qui n'empièterait pas sur les prérogatives du Congrès. Le 27 juillet 1848, Lincoln prononçait un discours retentissant devant la Chambre des représentants, faisant rire toute l'Assemblée et ridiculisant le pauvre candidat démocrate, Lewis Cass.

En 1849, sa carrière politique paraissait terminée. Il n'avait pas obtenu le poste de haut responsable des Terres de l'ouest et refusé de devenir gouverneur de l'Oregon. Jusqu'en 1854, il devait retourner à la pratique du droit. Avec son physique ingrat, sa redingote flottante, ses pantalons trop courts, son gibus élimé, il était old Abe comme on l'appelait familièrement. Son humour et ses facéties offraient un exutoire à la noirceur naturelle de ses pensées. Faute de revenus, il était condamné à travailler sans cesse pour nourrir sa famille et liquider ses dettes. Il plaidait donc dans tous les domaines : droit commun, affaires commerciales ou criminelles, cour d'assises, Cour suprême. La mort de son fils Edward (1er février 1850) le ramena à la religion et il se mit à fréquenter l'église presbytérienne de Springfield.

Lincoln versus Douglas

En 1854, Stephen Douglas avait proposé une loi pour le Kansas et le Nebraska où il proposait de laisser la décision de posséder ou non des esclaves au libre choix des résidents locaux. Le tollé provoqué par cette loi devait donner naissance au parti républicain mais aussi à un parti xénophobe, le Know Nothing Party, tout auss hostile à l'esclavage. A la demande de ses amis, Lincoln accepte de porter les couleurs « anti-Douglas » à l'Assemblée d'Illinois.

Le 4 octobre 1854, Lincoln parla plus de trois heures pour répondre au discours de Douglas de la veille. Il se prononçait pour une « émancipation progressive » : « Voilà qu'on s'abaisse aujourd'hui à déclarer que, pour certains hommes, le fait d'en asservir d'autres relève du droit sacré de se gouverner soi-même. (…) Dépouillons l'esclavage de sa prétention à être un droit moral et ramenons-le à son statut légal existant et à ses arguments de nécessité ». La fin de ce discours triomphal fut salué par des hourras ininterrompus tandis que les femmes agitaient leurs mouchoirs blancs. la presse fit écho à l'impression profonde qu'il avait fait face au « Petit Géant ».

Les démocrates se retrouvèrent minoritaires dans l'Assemblée d'Etat et Lincoln espérait être désigné sénateur mais sa manœuvre devait échouer. Ayant démissionné de son mandat à l'Assemblée, il retourna devant les tribunaux tout en participant à la création du parti républicain en Illinois. Lors d'un grand banquet républicain à Chicago, le 10 décembre 1856, il condamna l'élection de Buchanan à la présidence : à l'idée d'égalité entre les hommes, on venait de substituer celle de l'égalité des États entre eux. Or, rappelait-il, la Déclaration d'Indépendance avait affirmé : « tous les hommes sont créés égaux », les hommes, pas seulement les possédants de couleur blanche.

L'affaire Dred Scott où la Cour suprême estima que les esclaves étaient des biens mobiliers ruina la foi de Lincoln dans l'institution judiciaire. Le 12 juin 1857, Stephen Douglas à Springfield déclara que les Noirs appartenaient « à une race inférieure qui, à toute les époques et sur toute la terre (…) s'était montrée incapable de se gouverner elle-même ». Lincoln lui répondit le 26 juin abandonnant le ton mesuré qu'il avait observé jusque là. Remarquant que la « fusion des races » dénoncée par Douglas existait bel et bien dans le Sud esclavagiste, Lincoln ajoutait que ce n'est pas parce qu'il « ne voulait pas d'une femme noire pour esclave qu'il souhaitait forcément la prendre pour épouse. (…) A certains égards, (elle) n'est assurément pas mon égale, mais dans l'exercice de son droit naturel de manger le pain qu'elle gagne avec ses mains sans demander d'autorisation à personne, elle est mon égale, et l'égale de tous ».

Le 16 juin 1858, ans une atmosphère électrique, plus de mille républicains proclamèrent à l'unanimité Abraham Lincoln « seul et unique candidat des républicains » contre Stephen Douglas, sénateur démocrate de l'Illinois. Dans un discours resté célèbre, il déclare : « Une maison divisée contre elle-même ne peut rester debout. Ma conviction est que notre système politique ne saurait perdurer en continuant d'être mi-esclavagiste, mi-libre ». Ce ton radical n'était pas sans risque et irrita certains républicains. Lincoln proposa à Douglas une série de face-à-face dans les principales villes d'Illinois. Ces débats devaient avoir un grand impact médiatique. Désormais, Lincoln paraissait avoir une stature nationale digne d'un « poste encore plus élevé ». Pourtant Douglas fut réélu sénateur par 54 voix contre 46 à son adversaire.

La marche à la présidence

Loin de mettre un terme à sa carrière politique, son échec contre Douglas lui ouvrait la porte de la Maison Blanche. Dans le Midwest en 1859, il peut mesurer l'étendue de sa popularité. Le 27 février 1860, à New York, dans l'auditorium du Cooper Institut, en dépit de son physique étrange et de son costume mal coupé et froissé, il devait subjuguer son auditoire. Les républicains, disait Lincoln, ne sont pas des « révolutionnaires » mais les vrais conservateurs, les gardiens du temple. Il s'était efforcé d'apparaître comme un rassembleur modéré, attentif aux intérêts légaux des sudistes.

Les démocrates, divisés entre sudistes et nordistes, présentant deux candidats à l'élection, les républicains étaient assurés de l'emporter. Lincoln était d'autant plus déterminé à être candidat. Il fut désigné à l'unanimité lors de la convention nationale de Chicago. Son principal rival, Seward, humilié d'avoir été battu par un petit avoué d'Illinois, finit par reconnaître son erreur. Il devait écrire à sa femme en juin 1861 : « Le président est le meilleur d'entre nous. Il a la volonté et l'énergie d'un chef. » Conformément aux usages, Lincoln ne fit pas campagne et attendit le résultat de l'élection à Springfield.

Le 6 novembre 1860, Lincoln rentrant chez lui, dit à son épouse : « Mary, Mary, nous sommes élus. » Mais en raison de la présence de 4 candidats, il n'avait obtenu que 39,8 % des voix. Surtout, il était l'élu du Nord, 15 Etats ne lui avait pas accordé un grand électeur. On vit apparaître sur les bannières sudistes de Georgie et d'Alabama, la formule : « Résister à Lincoln c'est obéir à Dieu. »

A l'initiative du président Buchanan, des recherches de compromis prenant en compte les griefs sudistes se heurtèrent à une fin de non-recevoir du président élu. Il écrivit à William Seward, le 1er février 1861 : « Je suis contre tout compromis qu faciliterait ou permettrait l'extension de l'institution sur des terres appartenant à la nation. » En attendant, il constitue son cabinet en s'efforçant de maintenir un équilibre entre les anciens whigs et les anciens démocrates ralliés. Son ancien rival, William Seward, se vit offrir le prestigieux secrétariat d'État (ministère des Affaires étrangères).

Le voyage vers Washington devait durer douze jours avec des étapes dans six États, Lincoln souhaitant rencontrer les personnalités dont le dévouement et le loyalisme lui seraient précieux.

Le président des Etats-Unis

Searchtool-80%.png Article détaillé : Guerre de Sécession.

Dans son discours d'investiture du 4 mars 1861, il répéta qu'il n'était pas le champion de l'abolitionnisme : « Je n'ai pas le dessein de toucher, directement ou indirectement, à l'institution de l'esclavage dans les États où il existe. (…) C'est dans vos mains, et non dans les miennes, que repose la question capitale de la guerre civile. Le gouvernement ne vous attaquera pas. Il n'y aura de conflit que si vous êtes vous-mêmes les agresseurs. » Mais il mettait en garde les sudistes : « aucun État ne peut légalement quitter l'Union de son propre et simple chef. » Si la presse nordiste salua les propos apaisants, la presse sudiste vit dans le discours un appel à la guerre.

Les membres de son cabinet étaient plus des conseillers que des ministres. Son ami Herndon l'a dépeint ainsi : « Un profond mystère, une énigme, un sphinx, peu communicatif, silencieux, réservé, secret. »

Comment gagner la guerre ?

La question du fort Sumter divisait le cabinet et l'opinion publique. L'évacuer serait une catastrophe politique mais le secourir provoquerait la guerre civile. Finalement, le président décidait de l'approvisionner et non d'y envoyer des renforts. Le 12 avril, les sudistes tiraient les premiers et abattaient à coups de canon la bannière étoilée. Le 15 avril, Lincoln proclamait officiellement le recrutement de 75 000 volontaires pour « maintenir l'honneur, l'intégrité et l'existence de l'Union. » Dans le Nord l'enthousiasme fut général et le texte applaudi, pour beaucoup l'affaire serait réglée en quelques semaines. L'extension du mouvement sécessionniste amena Lincoln à demander au Congrès l'autorisation de recruter 500 000 nouveaux volontaires. Le 19 avril, après un débat assez vif, le président avait obtenu le soutien du cabinet à une décision qui serait décisive à long terme pour le cours de la guerre : le blocus des ports sudistes.

L'hostilité du Maryland au passage des troupes fédérales devait l'amener le 27 avril à proclamer la suspension de l'habeas corpus dans toute la zone concernée par les convois militaires. Baltimore devait être occupé militairement le 13 mai. Le 24 septembre 1862, l'habeas corpus devait être suspendu dans l'ensemble du pays. Plus de 4000 citoyens devaient être détenus sans avoir droit à un procès, pour la plupart à bon droit (espions, passeurs d'armes, briseurs de blocus, contrebandiers) mais pas toujours. Une censure de fait fut acceptée par la presse en août 1861.

Loin d'être la brève campagne rêvé par beaucoup, le conflit allait se révéler la première guerre moderne, « guerre totale » par son intensité, ses dévastations et ses pertes humaines.

Le général Frémont avait proclamé de sa propre autorité le 30 août 1861 la loi martiale dans le Missouri et l'émancipation des esclaves « confisqués ». Lincoln devait le relever de son commandement mais l'incident portait un rude coup au sentiment unioniste dans les États intermédiaires comme le Kentucky.

La stratégie du président, après des tâtonnements, s'était peu à peu dessiné : priver le sud de nourriture et d'approvisionnements militaires en bloquant les côtes; protéger la capitale et menacer Richmond grâce à l'armée du Potomac; s'assurer la maîtrise du Mississipi et de son estuaire; attaquer sur plusieurs fronts et acculer les sudistes à la défensive. Lincoln devait avoir plus de mal à choisir un commandant en chef pour les forces de l'Union. McClellan, qui traitait le président d'« idiot » et de « babouin » s'était révélé velléitaire.


La question de l'émancipation

Dès le 6 mars 1862, dans un message au Congrès, il se prononçait pour une abolition progressive de l'esclavage. Le 14 avril il signait une loi abolissant l'esclavage dans le district de Columbia. Il envisageait une expatriation des Noirs vers l'Amérique centrale. Mais il finit par comprendre qu'il se heurtait à un refus de la part de ceux qui se considéraient comme Américains.

La prétendue déclaration au Congrès en 1860

Vous ne pouvez pas créer la prospérité en décourageant l’épargne.
Vous ne pouvez pas donner la force au faible en affaiblissant le fort.
Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l’employeur.
Vous ne pouvez pas encourager la fraternité humaine en encourageant la lutte des classes.
Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche.
Vous ne pouvez pas éviter les ennuis en dépensant plus que vous gagnez.
Vous ne pouvez pas forcer le caractère et le courage en décourageant l’initiative et l’indépendance.
Vous ne pouvez pas aider les hommes continuellement en faisant à leur place ce qu’ils devraient faire eux-mêmes.

Aucune source n'est jamais donnée pour cette citation que l'on retrouve un peu partout sur internet. La date donnée et même le vocabulaire utilisé aurait pourtant du donner l'éveil. En 1860, Lincoln n'était pas encore installé comme président, il ne pouvait donc pas faire une communication au Congrès.

L'auteur du texte, qui date de 1916, est le Révérend William J. H. Boetcke, un pasteur presbytérien conservateur. La fausse attribution remonte à 1942 et a été en quelque sorte officialisée dans les milieux libéraux par Ronald Reagan en 1992.

Citations

  • « Voulez-vous dire que les Blancs sont intellectuellement supérieurs aux Noirs et ont donc le droit de les réduire à l'esclavage ? Prenez garde, cette règle fait de vous l'esclave du premier homme dont l'intellect est supérieur au vôtre ! »
  • « Si l'esclavage n'est pas mauvais, rien n'est mauvais. »
Lettre à A.G. Hodges - 1864
  • « Le capital est seulement le fruit du travail et il n'aurait jamais pu exister si le travail n'avait tout d'abord existé. »
Premier message annuel au Congrès
  • « Lorsque l'homme s'habitue à voir les autres porter les chaînes de l'esclavage, c'est qu'il accepte lui-même un jour de les porter. »

Littérature secondaire

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