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Brigitte Berger : Différence entre versions

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Brigitte Berger fit un travail de deuxième cycle en histoire à l'université de Yale, en s'intéressant particulièrement aux théories contradictoires sur le déclin de Rome. Elle s'est ensuite tournée vers la sociologie à la faculté de droit de la New School for Social Research à New York, une institution assez originale, créée à l'origine, pour accueillir des réfugiés universitaires de l'Allemagne nazie et d'autres pays totalitaires. Dans les années 1950, bon nombre de ces chercheurs enseignaient une version très européenne de la sociologie en interaction étroite avec l'histoire, la philosophie et la littérature. Brigitte Berger a obtenu deux diplômes de la New School. Son mémoire de Master portait sur le duc de Saint-Simon, lequel était un auteur d'un récit en plusieurs volumes sur la vie à la cour de Louis XIV. La recherche de Brigitte Berger traitait de la perspective d'une classe sociale en déclin. L'ancienne aristocratie était remplacée par la bourgeoisie. Cette bourgeoisie était parvenue à diriger la nouvelle bureaucratie dont l'État centralisé avait besoin. La thèse de doctorat de Brigitte Berger portait sur l'économiste et sociologue libéral, [[Vilfredo Pareto]], dont elle mit en valeur ses éléments précurseurs de la sociologie de la connaissance.
 
Brigitte Berger fit un travail de deuxième cycle en histoire à l'université de Yale, en s'intéressant particulièrement aux théories contradictoires sur le déclin de Rome. Elle s'est ensuite tournée vers la sociologie à la faculté de droit de la New School for Social Research à New York, une institution assez originale, créée à l'origine, pour accueillir des réfugiés universitaires de l'Allemagne nazie et d'autres pays totalitaires. Dans les années 1950, bon nombre de ces chercheurs enseignaient une version très européenne de la sociologie en interaction étroite avec l'histoire, la philosophie et la littérature. Brigitte Berger a obtenu deux diplômes de la New School. Son mémoire de Master portait sur le duc de Saint-Simon, lequel était un auteur d'un récit en plusieurs volumes sur la vie à la cour de Louis XIV. La recherche de Brigitte Berger traitait de la perspective d'une classe sociale en déclin. L'ancienne aristocratie était remplacée par la bourgeoisie. Cette bourgeoisie était parvenue à diriger la nouvelle bureaucratie dont l'État centralisé avait besoin. La thèse de doctorat de Brigitte Berger portait sur l'économiste et sociologue libéral, [[Vilfredo Pareto]], dont elle mit en valeur ses éléments précurseurs de la sociologie de la connaissance.
  
Le premier livre de Brigitte Berger, "Societies in Change" ([[1971]]), reflétait une vaste approche comparative de ce qu'elle avait principalement absorbée dans les travaux de [[Max Weber]]. Dès lors, son intérêt majeur était la sociologie de la famille, de l'enfance et de la jeunesse. Dans les années 1970, elle a passé beaucoup de temps au [[Mexique]], dans le groupe de réflexion (Centro Intercultural de Documentacion Cultural) dirigé par Ivan Illich à Cuernacava. Elle fut très intéressée par les problèmes de la modernisation et du développement. Avec son frère, Hansfried Kellner et son mari, Peter L. Berger, elle a écrit une étude majeure sur ces problèmes : "L'esprit des sans-abris : modernisation et conscience ([[1974]])". Elle s’intéressa surtout à l’impact de la modernisation sur la famille traditionnelle. A l'époque, pratiquement tous les sociologues mexicains avec lesquels elle était en relation, étaient des marxistes d'un type ou d'un autre. Brigitte Berger, de son côté aborda les phénomènes de modernisation dans une perspective non marxiste (fondamentalement weberienne). Inutile de dire que son approche, en contradiction avec le mouvement néo-marxiste envahissant les sciences sociales, non seulement en Amérique latine, mais également aux États-Unis et en Europe occidentale, n'a pas favorisé son essor académique.  
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Le premier livre de Brigitte Berger, "Societies in Change" ([[1971]]), reflétait une vaste approche comparative de ce qu'elle avait principalement absorbée dans les travaux de [[Max Weber]]. Dès lors, son intérêt majeur était la sociologie de la famille, de l'enfance et de la jeunesse. Dans les années 1970, elle a passé beaucoup de temps au [[Mexique]], dans le groupe de réflexion (Centro Intercultural de Documentacion Cultural) dirigé par Ivan Illich à Cuernacava. Elle fut très intéressée par les problèmes de la modernisation et du développement. Avec son frère, Hansfried Kellner et son mari, Peter L. Berger, elle a écrit une étude majeure sur ces problèmes : "The Homeless Mind: Modernization and Consciousness" (L'esprit sans-abri : modernisation et conscience" ([[1974]]). Elle s’intéressa surtout à l’impact de la modernisation sur la famille traditionnelle. A l'époque, pratiquement tous les sociologues mexicains avec lesquels elle était en relation, étaient des marxistes d'un type ou d'un autre. Brigitte Berger, de son côté aborda les phénomènes de modernisation dans une perspective non marxiste (fondamentalement weberienne). Inutile de dire que son approche, en contradiction avec le mouvement néo-marxiste envahissant les sciences sociales, non seulement en Amérique latine, mais également aux États-Unis et en Europe occidentale, n'a pas favorisé son essor académique.  
  
Les deux livres, qui suivirent, développèrent le point de vue de la famille en tant qu’institution : "The War over the Family – Capturing the Middle Ground" (La guerre sur la famille - Saisir le juste milieu" ([[1984]]) et "The Family in the Modern Age: More than a Lifestyle Choice" (La famille à l’ère moderne : Plus qu'un choix de vie" ([[2002]]). Les livres contenaient à la fois des analyses empiriques ainsi que ses propres positions politiques. Hélas, ses livres ne furent guère influents. Les raisons en sont révélées par les sous-titres. Elle s’est opposée sans équivoque au Zeitgeist du monde universitaire américain à la suite de la révolution culturelle des années 1960. Le "terrain d'entente" recommandé par le premier livre, bien qu'il représente très probablement l'opinion de la plupart des Américains, fut marginalisé dans les milieux universitaires. Et la politique identitaire considérait la famille hétérosexuelle comme un mode de vie personnel parmi plusieurs possibles, mises sur le même plan éthique et sociologique. Raison pour laquelle, l'approche sociologique de la famille, n'eut pas un succès considérable puisque ce domaine privilégié de Brigitte Berger a pratiquement disparu des catalogues universitaires, remplacé par "les études sur le genre" et la "victimologie".
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Les deux livres, qui suivirent, développèrent le point de vue de la famille en tant qu’institution : "The War over the Family – Capturing the Middle Ground" (La guerre sur la famille - Saisir le juste milieu" ([[1984]]) et "The Family in the Modern Age: More than a Lifestyle Choice" (La famille à l’ère moderne : Plus qu'un choix de vie" ([[2002]]). Les livres contenaient à la fois des analyses empiriques ainsi que ses propres positions politiques. Hélas, ses livres ne furent guère influents. Les raisons en sont révélées par les sous-titres. Elle s’est opposée sans équivoque au Zeitgeist<ref>Le Zeitgeist est un terme allemand signifiant "l'état d'esprit du temps présent", utilisé notamment dans la philosophie de l'histoire. Il a été théorisé par Hegel puis par Heidegger. Il dénote le climat intellectuel ou culturel d'une époque.</ref> du monde universitaire américain à la suite de la révolution culturelle des années 1960. Le "terrain d'entente" recommandé par le premier livre, bien qu'il représente très probablement l'opinion de la plupart des Américains, fut marginalisé dans les milieux universitaires. Et la politique identitaire considérait la famille hétérosexuelle comme un mode de vie personnel parmi plusieurs possibles, mises sur le même plan éthique et sociologique. Raison pour laquelle, l'approche sociologique de la famille, n'eut pas un succès considérable puisque ce domaine privilégié de Brigitte Berger a pratiquement disparu des catalogues universitaires, remplacé par "les études sur le genre" et la "victimologie".
  
 
En tant que sociologue, Brigitte a résisté à la théorie antérieure de la famille (très appréciée des sociologues des années 1950) : la famille dite nucléaire (mari, femme et enfants vivant à la maison).
 
En tant que sociologue, Brigitte a résisté à la théorie antérieure de la famille (très appréciée des sociologues des années 1950) : la famille dite nucléaire (mari, femme et enfants vivant à la maison).
  
 
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Version du 14 août 2019 à 16:35

Brigitte Berger, (1928 - 2015), née Kellner, est décédée le 28 mai 2015. Elle eut une grande carrière aux Etats-Unis en tant que sociologue et eut une influence intellectuelle sur certains économistes de l'école autrichienne comme Don Lavoie. L'influence de sa pensée et le parcours de sa vie sont obligatoirement liés à ceux de son mari, Peter L. Berger. Comme lui, Brigitte Berger est née dans l'est de l'Allemagne. Elle est arrivée aux États-Unis au milieu des années 1950.

Brigitte Berger fit un travail de deuxième cycle en histoire à l'université de Yale, en s'intéressant particulièrement aux théories contradictoires sur le déclin de Rome. Elle s'est ensuite tournée vers la sociologie à la faculté de droit de la New School for Social Research à New York, une institution assez originale, créée à l'origine, pour accueillir des réfugiés universitaires de l'Allemagne nazie et d'autres pays totalitaires. Dans les années 1950, bon nombre de ces chercheurs enseignaient une version très européenne de la sociologie en interaction étroite avec l'histoire, la philosophie et la littérature. Brigitte Berger a obtenu deux diplômes de la New School. Son mémoire de Master portait sur le duc de Saint-Simon, lequel était un auteur d'un récit en plusieurs volumes sur la vie à la cour de Louis XIV. La recherche de Brigitte Berger traitait de la perspective d'une classe sociale en déclin. L'ancienne aristocratie était remplacée par la bourgeoisie. Cette bourgeoisie était parvenue à diriger la nouvelle bureaucratie dont l'État centralisé avait besoin. La thèse de doctorat de Brigitte Berger portait sur l'économiste et sociologue libéral, Vilfredo Pareto, dont elle mit en valeur ses éléments précurseurs de la sociologie de la connaissance.

Le premier livre de Brigitte Berger, "Societies in Change" (1971), reflétait une vaste approche comparative de ce qu'elle avait principalement absorbée dans les travaux de Max Weber. Dès lors, son intérêt majeur était la sociologie de la famille, de l'enfance et de la jeunesse. Dans les années 1970, elle a passé beaucoup de temps au Mexique, dans le groupe de réflexion (Centro Intercultural de Documentacion Cultural) dirigé par Ivan Illich à Cuernacava. Elle fut très intéressée par les problèmes de la modernisation et du développement. Avec son frère, Hansfried Kellner et son mari, Peter L. Berger, elle a écrit une étude majeure sur ces problèmes : "The Homeless Mind: Modernization and Consciousness" (L'esprit sans-abri : modernisation et conscience" (1974). Elle s’intéressa surtout à l’impact de la modernisation sur la famille traditionnelle. A l'époque, pratiquement tous les sociologues mexicains avec lesquels elle était en relation, étaient des marxistes d'un type ou d'un autre. Brigitte Berger, de son côté aborda les phénomènes de modernisation dans une perspective non marxiste (fondamentalement weberienne). Inutile de dire que son approche, en contradiction avec le mouvement néo-marxiste envahissant les sciences sociales, non seulement en Amérique latine, mais également aux États-Unis et en Europe occidentale, n'a pas favorisé son essor académique.

Les deux livres, qui suivirent, développèrent le point de vue de la famille en tant qu’institution : "The War over the Family – Capturing the Middle Ground" (La guerre sur la famille - Saisir le juste milieu" (1984) et "The Family in the Modern Age: More than a Lifestyle Choice" (La famille à l’ère moderne : Plus qu'un choix de vie" (2002). Les livres contenaient à la fois des analyses empiriques ainsi que ses propres positions politiques. Hélas, ses livres ne furent guère influents. Les raisons en sont révélées par les sous-titres. Elle s’est opposée sans équivoque au Zeitgeist[1] du monde universitaire américain à la suite de la révolution culturelle des années 1960. Le "terrain d'entente" recommandé par le premier livre, bien qu'il représente très probablement l'opinion de la plupart des Américains, fut marginalisé dans les milieux universitaires. Et la politique identitaire considérait la famille hétérosexuelle comme un mode de vie personnel parmi plusieurs possibles, mises sur le même plan éthique et sociologique. Raison pour laquelle, l'approche sociologique de la famille, n'eut pas un succès considérable puisque ce domaine privilégié de Brigitte Berger a pratiquement disparu des catalogues universitaires, remplacé par "les études sur le genre" et la "victimologie".

En tant que sociologue, Brigitte a résisté à la théorie antérieure de la famille (très appréciée des sociologues des années 1950) : la famille dite nucléaire (mari, femme et enfants vivant à la maison).


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