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Capital humain

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Le Capital humain, une analyse théorique et empirique, Gary Stanley Becker, 1964.

En publiant, en 1964, Human Capital, A Theoretical and Empirical Analysis (Le Capital humain, une analyse théorique et empirique), l’Américain Gary Stanley Becker (né en 1930) donne une impulsion déterminante à la théorie du capital humain (ce qui lui vaudra le prix Nobel d’économie en 1992). Beaucoup d’économistes, d’Adam Smith à Alfred Marshall et Irving Fisher, s’étaient déjà intéressés au concept de capital humain, mais sans construire de cadre général d’analyse. L’ouvrage se situe à la croisée de deux corps théoriques : d’une part, les théories de la croissance qui, autour des travaux quantitatifs de Theodore Schultz notamment, tentent d’expliquer la nature et les sources de la croissance ; d’autre part, les théories de la distribution du revenu qui essaient d’expliquer et de justifier les différences de salaires entre les individus. Mais construire une théorie du capital humain est aussi pour Becker un moyen de poursuivre sa tentative, entreprise dans son livre de 1957 sur la discrimination raciale, d’étendre la science économique à de nouveaux champs d’analyse.

Une autre sorte de capital

Becker définit le capital humain comme un stock de ressources productives incorporées aux individus eux-mêmes, constitué d’éléments aussi divers que le niveau d’éducation, de formation et d’expérience professionnelle, l’état de santé ou la connaissance du système économique. Toute forme d’activité susceptible d’affecter ce stock (poursuivre ses études, se soigner, etc.) est définie comme un investissement (chapitre I).

L’hypothèse fondamentale de Becker est que les inégalités de salaires reflètent les productivités différentes des salariés. Ces dernières sont elles-mêmes dues à une détention inégale de capital humain (chapitre II). Un investissement en capital humain trouve donc une compensation dans le flux de revenus futurs qu’il engendre. L’analyse de la formation du capital humain passe par l’étude d’un choix intertemporel : l’individu détermine le montant et la nature des investissements qu’il doit effectuer pour maximiser son revenu ou son utilité intertemporels. La durée de vie de l’investissement, sa spécificité, sa liquidité, le risque associé sont alors autant de déterminants du taux de rendement de l’investissement en capital humain (chapitre III).

De cette analyse théorique, Becker tire plusieurs séries de conclusions. D’une part, les différences de salaires dans l’espace, dans le temps et entre les individus sont expliquées et justifiées puisqu’elles sont le fruit d’investissements individuels différents effectués au cours des périodes antérieures. D’autre part, l’analyse pose indirectement la question des modalités de financement des investissements en capital humain par les individus. Certains investissements efficaces peuvent ne pas être effectués, en raison de l’impossibilité pour « l’individu-investisseur » de trouver des fonds (c’est le cas lorsque le marché des capitaux fonctionne mal par exemple).

La seconde partie, fondée sur des données américaines des années 1940, est une application empirique de ce cadre théorique au domaine de l’éducation. La principale difficulté est d’évaluer le taux de rendement monétaire des investissements en éducation et donc de faire apparaître empiriquement la liaison entre capital humain et revenus futurs (chapitre IV et VI). Becker tente alors de déterminer s’il y a un sous-investissement en éducation, qui entraîne une perte pour la société dans son ensemble, du fait de difficultés à financer ces investissements (chapitre V). Il s’attache ensuite à l’explication des différences de salaires entre groupes d’individus en termes de capital humain ; pour ce faire, il compare les profils intertemporels de revenu de catégories d’individus différemment pourvus en capital humain, évalué au nombre d’années d’étude (chapitre VII).

Étendre les frontières de la science économique

L’analyse de Becker est fondée sur deux prémisses. D’une part, les inégalités salariales résultent des inégalités en capital humain. Des développements théoriques ultérieurs remettront en question cette détermination du salaire par le seul capital humain. Les théories du signal, par exemple, insistent sur les difficultés pour le salarié à faire reconnaître la vraie valeur de son capital humain. D’autre part, les inégalités en capital humain résultent elles-mêmes des comportements individuels. Mais cette justification des inégalités repose sur une hypothèse forte : les individus ont une information parfaite et anticipent donc parfaitement les rendements futurs de leurs investissements.

Par ailleurs, les tentatives d’application empirique de la théorie butent sur des difficultés à évaluer le capital humain, en raison notamment de l’inexistence d’un marché où ce capital s’échangerait directement.

La force d’attraction de l’analyse de Becker réside toutefois dans sa capacité d’unifier une multitude de phénomènes (choix en matière d’éducation, dépenses de santé, migrations, etc.) sous un même principe explicatif. Le concept de capital humain trouvera d’ailleurs des applications diverses dans de nombreux champs de l’analyse économique : des théories de la croissance à celles du commerce international, en passant par l’histoire économique ou la théorie des organisations. La publication de Human Capital a ainsi constitué une étape déterminante dans les développements, difficilement acceptés, de la théorie du capital humain.

Enfin, Human Capital participe à l’extension de l’analyse économique à « tous les comportements humains », ce qui constitue les bases de l'analyse économique des institutions [1]. Fondamentalement, toute action a un coût (le coût d'opportunité du temps passé à cette activité) et peut donc faire l’objet d’un calcul. L’individu est comme une entreprise qui produit et investit sous des contraintes de revenu et de temps. Becker peut alors construire non seulement une analyse économique des choix d’éducation, mais aussi une analyse économique du crime, de la discrimination, de la famille (mariage, divorce, fertilité).

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