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Juarez

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Juarez
M161276.jpg
Réalisé par : William Dieterle
Acteurs
Paul Muni
Claude Rains
John Garfield
Bette Davis
Genre
Historique
Année de sortie
1939
Synopsis
La lutte de Juarez contre l'empereur Maximilien de Habsbourg impose par Napoleon III au Mexique.
Index des films d'inspiration libérale
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Juarez un film de William Dieterle (1939)

Fiche technique

  • Scénario : John Huston, Aenas MacKenzie et Wolfgang Reinhardt d’après la pièce de Franz Werfel et le roman de Bertita Harding
  • Photographie : Tony Gaudio
  • Musique : Erich Wolfgang Korngold
  • Distribution : Paul Muni (Benito Juarez), Bette Davis (Carlotta), Brian Aherne (Maximilien de Habsbourg), Claude Rains (Napoléon III), John Garfield (Porfirio Diaz), Donald Crisp (maréchal Achille Bazaine) Joseph Calleia (Alejandro Uradi)
  • Production : Warner Bros.

Maximilien et Juarez

1863, aux Tuileries, Napoléon III apprend avec déplaisir la défaite sudiste de Gettysburgh, signe que la guerre civile américaine touche à sa fin. Pour empêcher les États-Unis d'intervenir au Mexique occupé par les troupes françaises en dépit de la doctrine Monroe, il cherche à placer sur le trône du Mexique un prince européen. Trompé par les résultats d'un plébiscite truqué, Maximilien de Habsbourg, frère de l'empereur d'Autriche, accepte de régner à Mexico. Il va vite comprendre qu'il a été manipulé par les Français et le parti conservateur mexicain qui veut annuler la réforme agraire de Juarez. Impuissants face à la supériorité des troupes françaises, les juaristes vont désormais mener une guérilla et le maréchal Bazaine va réussir à convaincre Maximilien de la nécessité d'une répression impitoyable qui achève de rendre impopulaire l'occupation étrangère. En 1867, sous la pression des États-Unis, Napoléon III décide de retirer ses troupes. L'impératrice Carlotta tente un vain voyage en France pour l'en dissuader et sombre dans la folie. Refusant d'abdiquer et d'abandonner ses fidèles, Maximilien est capturé à Queratero et fusillé. Juarez vient se recueillir devant le cercueil de son adversaire.

Une réflexion sur le pouvoir

Somptueuse reconstitution historique dans un très beau noir et blanc, très soignée dans les décors et costumes, dotée d'une brillante distribution, ce film paraît de prime abord s'inscrire dans le courant de productions anti-nazie de la Warner où le passé sert de prétexte à une critique des ambitions d'Hitler et dans la suite des biographies interprétées par Paul Muni qui avait été successivement Pasteur et Émile Zola. En fait, conçu à l'origine comme centré sur le destin tragique du couple impérial du Mexique, le projet a connu un changement significatif par la volonté de Paul Muni de jouer non Maximilien mais Juarez. Il en a résulté deux conséquences : le héros du film n'est pas celui annoncé par le titre et le manichéisme habituel des films historiques hollywwodiens en est remarquablement absent. Admirable réflexion politique, le scénario présente toutes les facettes d'une situation qui s'est souvent répétée depuis deux siècles : l'occupation d'un pays par une puissance étrangère et l'affrontement de deux légitimités. En principe, le spectateur devrait sympathiser avec la lutte des républicains mexicains contre les envahisseurs français. Claude Rains, habitué des rôles de méchants à Hollywood, incarne un dictateur grotesque, ambitieux et excité qui évoque clairement Hitler, bien plus que Napoléon III. Cependant, l'interprétation figée de Muni fait de Juarez une momie sentencieuse et dogmatique, qui se déplace constamment avec le portrait d'Abraham Lincoln. En revanche, Brian Aherne rend toutes les nuances d'un personnage complexe, à la fois léger et grave, parfois ridicule mais d'un caractère noble, qui commet des erreurs mais ne recule pas devant ses responsabilités. Refusant de rendre aux grands propriétaires les terres distribuées lors de la réforme agraire de Juarez, Maximilien répond aux conservateurs scandalisés : Nous ne sommes inféodés à aucun parti.

Le dialogue entre l'empereur et le général juariste Porfirio Diaz est une critique subtile de la démocratie :

  • Il n'y a qu'un mot qui nous sépare : démocratie. En théorie c'est le système idéal mais dans la pratique, le gouvernement par le peuple devient le règne de la populace et la populace est prête à suivre le démagogue qui lui promet le plus. Contre cela, seul un monarque peut protéger l'État.
  • Pourquoi mieux qu'un président ?
  • Un président est un politicien et dépend de son parti. Mais un roi est au-dessus des factions. Un président peut être pauvre et sujet à tentation. Un roi possédant tout ne désire rien.
  • Et votre ami Napoléon ?
  • Napoléon n'est pas un vrai monarque ni un aristocrate. Napoléon n'est qu'un usurpateur, un dictateur. Être bien né crée des obligations. Il faut défendre son honneur, celui de ses ancêtres et celui de sa postérité.

La réponse de Juarez aux propositions de devenir son Premier ministre par l'intermédiaire de Diaz est non moins intéressante, en ce qu'elle souligne la distinction entre le libéralisme et la démocratie :

  • Que veut dire le mot démocratie ?
  • Il est synonyme de liberté. La liberté de dire ce que l'on pense, la liberté du culte, des droits égaux pour tous.
  • Non, ce n'est pas sa signification. Tout cela, Maximilien nous l'offre. Mais alors de quoi nous prive-t-il ?
  • Du droit de nous gouverner nous-mêmes.
  • C'est précisément le sens de ce mot. Nul ne pensant à s'enchaîner lui-même, ce sera donc le règne de la liberté. (…) Seul le mot démocratie nous sépare de Maximilien de Habsbourg ? Quel abîme infranchissable.

Liens externes

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