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Justice : Différence entre versions

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==Définition==
 
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En tant que principe moral la '''justice''' est définie comme le fait de rendre à chacun son [[droit]] en rétablissant la vérité et la raison, c'est à dire, à attribuer à chacun le sien.
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En tant que principe moral la '''justice''' est définie comme le fait de rendre à chacun son dû (''suum cuique tribuere''), respectant la valeur et la qualité propres à chacun, en rétablissant la vérité et la raison, c'est à dire, rétablir l'équilibre rompu par l'injustice.
  
 
Faire justice signifie rétablir, à son égale proportion, l'équilibre de rapports rompu par le mal, le dommage ou l'infraction causée par un acte clairement identifié. Dans ce sens, la justice s'efforce de juger sur la légitimité des actions.
 
Faire justice signifie rétablir, à son égale proportion, l'équilibre de rapports rompu par le mal, le dommage ou l'infraction causée par un acte clairement identifié. Dans ce sens, la justice s'efforce de juger sur la légitimité des actions.
  
En philosophie politique, la notion de justice se focalise particulièrement sur la répartition équitable des droits et des ressources entre les individus constituant une société.
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La justice est souvent entendue comme un synonyme de légalité et par conséquent toute décision de justice est incluse dans les questions de légitimité. Il existe une certaine variété de conceptions différentes, en liaison ou opposition, se positionnant selon divers points, philosophique, juridique, sociologique et politique. En philosophie politique, la notion de justice se focalise particulièrement sur la répartition équitable des droits et des ressources entre les individus constituant une société.
  
Dans l'optique [[libéral]]e classique, le rôle de la justice est garantir et protéger les droits individuels et de réparer les dommages et torts, elle est essentiellement rendue par une institution judiciaire qui veille à l'application des lois.
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Dans l'optique [[libéral]]e classique, le rôle de la justice est garantir et protéger les droits individuels et de réparer les dommages et torts, elle est essentiellement rendue par une institution judiciaire indépendante qui veille au respect et l'application des lois.
  
 
Dans l'optique [[libertarien]]ne, la justice est rendue par un arbitre (qui peut être privé) dans le but de régler pacifiquement un conflit entre individus ou groupes d'individus (associations, entreprises).
 
Dans l'optique [[libertarien]]ne, la justice est rendue par un arbitre (qui peut être privé) dans le but de régler pacifiquement un conflit entre individus ou groupes d'individus (associations, entreprises).
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==Deux concepts==
 
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Selon [[Aristote]], puis [[Saint Thomas d'Aquin]]<ref>La distinction entre ces deux espèces fondamentales de la justice se rattache étroitement à la distinction que nous avons établie entre la justice légale et la justice particulière. La justice particulière vise en effet une personne privée, qui n'occupe d'autre place dans la communauté que celle qu'occupe une partie quelconque à l'intérieur d'un tout. Or si l'on considère l'une de ces parties par rapport à une autre partie, on voit naître un simple rapport entre deux personnes privées, et les rapports de ce genre sont régis par la justice commutative, régulatrice des échanges qui s'établissent entre deux individus. Mais on peut considérer au contraire l'ordre qui s'établit entre le tout et ses parties, c'est-à-dire l'ordre qui répartit entre les différents individus ce qui leur appartient en commun; les rapports de ce genre sont régis par la justice distributive, qui veille à ce que chaque membre de la communauté reçoive la part proportionnelle des biens communs à laquelle il a droit (Sum. theol., lIa Ilao, 61, 1. Concl.). Dans l'un et l'autre cas la justice demeure fidèle à sa fonction propre, qui est d'assurer le juste milieu et de maintenir l'égalité entre les deux parties en présence, mais cette égalité n'est pas de même nature selon qu'il s'agit de justice commutative ou de justice distributive. » (Saint Thomas, Textes sur la morale, traduits et commentés par Étienne Gilson, éd. Vrin)</ref>, il existe deux concepts de Justice : la [[justice commutative]] et la [[justice distributive]].
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Pour [[Aristote]], il existe deux formes de justice en vue de la promotion du bien commun, une justice générale (ou légale) et une justice particulière. Dans le domaine de la justice particulière, Aristote, repris également par [[Saint Thomas d'Aquin]]<ref>La distinction entre ces deux espèces fondamentales de la justice se rattache étroitement à la distinction que nous avons établie entre la justice légale et la justice particulière. La justice particulière vise en effet une personne privée, qui n'occupe d'autre place dans la communauté que celle qu'occupe une partie quelconque à l'intérieur d'un tout. Or si l'on considère l'une de ces parties par rapport à une autre partie, on voit naître un simple rapport entre deux personnes privées, et les rapports de ce genre sont régis par la justice commutative, régulatrice des échanges qui s'établissent entre deux individus. Mais on peut considérer au contraire l'ordre qui s'établit entre le tout et ses parties, c'est-à-dire l'ordre qui répartit entre les différents individus ce qui leur appartient en commun; les rapports de ce genre sont régis par la justice distributive, qui veille à ce que chaque membre de la communauté reçoive la part proportionnelle des biens communs à laquelle il a droit (Sum. theol., lIa Ilao, 61, 1. Concl.). Dans l'un et l'autre cas la justice demeure fidèle à sa fonction propre, qui est d'assurer le juste milieu et de maintenir l'égalité entre les deux parties en présence, mais cette égalité n'est pas de même nature selon qu'il s'agit de justice commutative ou de justice distributive. » (Saint Thomas, Textes sur la morale, traduits et commentés par Étienne Gilson, éd. Vrin)</ref>, distingue deux concepts de Justice : la [[justice commutative]] et la [[justice distributive]].
  
La [[justice commutative]] se préoccupe des relations entre individus dans une même communauté (elle préconise l'[[échange]], le [[contrat]], et tend vers le principe : ''à chacun selon son mérite'').  
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La [[justice commutative]] (''diarthôtikè'') est centrée sur l’échange entre individus, s'occupant des relations entre individus dans l'échange de biens et services, les [[contrat]]s, selon le principe : ''à chacun ce qui est sien''.  
  
La [[justice distributive]] se préoccupe des relations de la communauté considérée comme un tout à l'individu (elle tend vers la redistribution autoritaire selon le principe : ''à chacun selon ses besoins''). La question difficile du choix du critère de distribution n’est pas tranchée, ou plutôt est tranchée de façon arbitraire.
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La [[justice distributive]] (''dianemétikè'') se préoccupe des relations de la communauté envers ses membres, les devoirs et obligations entre les membres de la cité dans l'objectif d'une juste répartition des biens. Le juste distributif est entendu comme découlant du principe : ''à chacun ce qui lui est dû conformément à son mérite''.
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==Théories de la justice==
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D'une façon concise et générale nous pouvons dégager plusieurs tendances en rapport avec les théories de la justice :
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* Le ''téléologisme'' défini le juste selon la finalité des actions. Selon la conception téléologique, la justice a une raison d'être et une finalité, soit qu'elle doit régler les rapports entre personnes en vue d'un bien commun, soit qu'elle doit contribuer à la paix sociale, soit encore qu'elle doit protéger les droits inaliénables de la personne humaine.
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* L'[[utilitarisme]] de [[Jeremy Bentham]], [[John Stuart Mill]] ou [[David Friedman]] - selon la doctrine utilitariste une législation appropriée doit servir l'utilité générale. L'acte est juste s'il contribue à l'intérêt général, la justice traite de manière égale toutes les préférences ou intérêts (principe d'impartialité).
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* Le ''[[Déontologie|déontologisme]]'' défini les principes de justice indépendamment d'une conception particulière du bien, les rapports entre personnes sont conçus comme étant neutres à l’égard des conceptions du Bien ou de la ''vie bonne''.
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* Le [[contractualisme]], doctrine fondée sur l'idée de fondation de la société civile à partir d'un accord ou pacte volontaire entre individus. Cette doctrine est inspirée principalement de la philosophie politique de Hobbes, Locke, Rousseau, [[Emmanuel Kant|Kant]] et [[Rawls]].
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Parmi les multiples conceptions de la justice certaines valorisent et justifient plutôt les questions d'égalité, d'égale liberté, de ressources, en droits ou de revendications. D'autres se concentrent sur des questions de liberté, individuelles ou collectives, d'association entre personnes, d'équilibre entre les libertés, de garantie des libertés individuelles ou encore la liberté de laisser les individus choisir ou former leur propre conception du bien sans qu'une seule et unique leur soit imposée de façon autoritaire.
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Toutes les approches et théories libérales de la justice défendent l'idée que le juste et l'injuste ne s'applique qu'aux actes volontaires eux-mêmes, sans jamais chercher à atteindre certains résultats ou situations jugées désirables ou indésirables par une quelconque autorité étatique. Toutes les actions qui découlent d'interactions non agressives entre les personnes ne peuvent être considérées comme illégitimes. Le [[consentement]] (ou son absence) et l'[[agression]] (ou son absence) sont parmi les principales lignes directrices d'une véritable justice libérale.
  
 
==Justice libérale==
 
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Le [[libéralisme]] fait de la justice le point central de ses réflexions et s'attache à comprendre l'émergence de l’institution de la justice dans une société libre, comment les hommes respectent les règles de juste conduite, comment les doctrines totalitaires influencent les notions de justice et instaurent la [[loi du plus fort]] et l'importance des principes de justice qui respectent les droits de chaque individu, sont parmi les principaux axes de réflexion.
 
Le [[libéralisme]] fait de la justice le point central de ses réflexions et s'attache à comprendre l'émergence de l’institution de la justice dans une société libre, comment les hommes respectent les règles de juste conduite, comment les doctrines totalitaires influencent les notions de justice et instaurent la [[loi du plus fort]] et l'importance des principes de justice qui respectent les droits de chaque individu, sont parmi les principaux axes de réflexion.
  
Pour Hayek, les institutions qui naissent de l'interaction et coopération humaines ne sont pas le fruit d'un dessein délibéré mais plutôt d'évolutions spontanées. Il distingue deux natures d'ordre : un « ordre fabriqué » (''Taxis'') ou ordre arrangé, correspond à la volonté de construction d'un ordre social défini en vue de promouvoir certains objectifs ou résultats; d'un autre côté l'« ordre mûri » (''Kosmos'') ou ordre spontané, correspondant à l'état endogène auto-organisé où la multiplicité des activités humaines représente un processus dont personne n'avait prévu ni projeté les résultats.
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Pour Hayek, les institutions qui naissent de l'interaction et coopération humaines ne sont pas le fruit d'un dessein délibéré mais plutôt un processus d'évolutions spontanées. Il distingue deux natures d'ordre : un « ordre fabriqué » (''Taxis'') ou ordre arrangé, qui correspond à la volonté de construction d'un ordre social défini en vue de promouvoir certains objectifs ou résultats; et un « ordre mûri » (''Kosmos'') ou ordre spontané, correspondant à l'état endogène auto-organisé où la multiplicité des activités humaines constitue un processus dont personne n'avait prévu ni projeté les résultats.
  
D'une façon concise et générale nous pouvons dégager plusieurs tendances en rapport avec les théories de la justice :
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Le rôle de la justice n'est donc pas de servir les motifs des coalitions d'intérêts organisés, ni de mobiliser le consentement du plus grand nombre, par conséquent, c'est une erreur de croire qu'en désignant la justice comme étant « publique » et que l'orientant vers des objectifs collectifs qu'elle soit vraiment et entièrement au service du bien commun. De cette distinction entre droit public et droit privé est née l'idée que le droit privé ne sert qu'aux intérêts égoïstes des particuliers et que le droit public sert l'intérêt général. Dès lors que l'idée de justice et droit sont confondues avec les lois d'organisation de superstructures politiques, nous nous persuadons que les règles de juste conduite sont le produit d'un dessein délibéré; L'idée de justice est ainsi confondue avec les lois de l'appareil délibérément conçu, l'appareil législatif.
  
* Le ''téléologisme'' (le juste est la maximisation du bien), à savoir l'[[utilitarisme]] ([[Jeremy Bentham]], [[John Stuart Mill]], [[David Friedman]] - la structure politique doit permettre une maximisation de l'utilité commune), et les néo-aristotéliciens ([[Ayn Rand]] et les [[objectivisme|objectivistes]]) ;
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Selon Hayek, {{guil|la compréhension profonde de la nature de la justice est refusée à tous les constructivistes qui raisonnent habituellement à partir d'une présomption d'omniscience}}<ref>F. A. Hayek, Droit, législation et liberté - volume 1 règles et ordre</ref>.
* Le ''[[Déontologie|déontologisme]]'' (le juste a sa définition propre, qui n'est pas la maximisation du bien), à savoir principalement le jusnaturalisme (partisan du [[droit naturel]], [[John Locke|Locke]] et dans une moindre mesure, [[Murray Rothbard|Rothbard]]).
 
* Le [[contractualisme]], doctrine fondée sur l'idée de fondation de la société civile à partir d'un accord ou pacte volontaire entre individus. Cette doctrine est inspirée principalement de la philosophie politique de Hobbes, Locke, Rousseau, [[Emmanuel Kant|Kant]] et [[Rawls]].
 
  
Une idée commune à toutes les théories libérales de la justice est que la justice doit s'appliquer aux actes eux-mêmes, jamais aux résultats ou aux situations telles qu'elles découlent des interactions non agressives entre les personnes. Le [[consentement]] (ou son absence) et l'[[agression]] (ou son absence) sont les thèmes directeurs.
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Hayek souligne avec clarté ce que sont les fondements cohérents de la justice, situés dans un axe différent de la vision contemporaine de la justice et sa monopolisation croissante par le pouvoir politique, jusqu'au risque de réduction de toute justice à sa seule proportion légale, à savoir, de réduire le sens de la justice aux seules lois promulguées et appliquées.
  
 
==Voir aussi==
 
==Voir aussi==

Version actuelle datée du 29 septembre 2019 à 11:28

La signification du terme justice peut renvoyer soit à l’institution qui fait reconnaître et applique les lois, soit être comprise comme une vertu, une valeur ou un ensemble de principes de conduite humaine.

B0.jpg Discussions sur le forum
La Justice Dans Une Anarchie Capitaliste (for)
Tyrannie-des-lois.jpg

Définition

En tant que principe moral la justice est définie comme le fait de rendre à chacun son dû (suum cuique tribuere), respectant la valeur et la qualité propres à chacun, en rétablissant la vérité et la raison, c'est à dire, rétablir l'équilibre rompu par l'injustice.

Faire justice signifie rétablir, à son égale proportion, l'équilibre de rapports rompu par le mal, le dommage ou l'infraction causée par un acte clairement identifié. Dans ce sens, la justice s'efforce de juger sur la légitimité des actions.

La justice est souvent entendue comme un synonyme de légalité et par conséquent toute décision de justice est incluse dans les questions de légitimité. Il existe une certaine variété de conceptions différentes, en liaison ou opposition, se positionnant selon divers points, philosophique, juridique, sociologique et politique. En philosophie politique, la notion de justice se focalise particulièrement sur la répartition équitable des droits et des ressources entre les individus constituant une société.

Dans l'optique libérale classique, le rôle de la justice est garantir et protéger les droits individuels et de réparer les dommages et torts, elle est essentiellement rendue par une institution judiciaire indépendante qui veille au respect et l'application des lois.

Dans l'optique libertarienne, la justice est rendue par un arbitre (qui peut être privé) dans le but de régler pacifiquement un conflit entre individus ou groupes d'individus (associations, entreprises).

Deux concepts

Pour Aristote, il existe deux formes de justice en vue de la promotion du bien commun, une justice générale (ou légale) et une justice particulière. Dans le domaine de la justice particulière, Aristote, repris également par Saint Thomas d'Aquin[1], distingue deux concepts de Justice : la justice commutative et la justice distributive.

La justice commutative (diarthôtikè) est centrée sur l’échange entre individus, s'occupant des relations entre individus dans l'échange de biens et services, les contrats, selon le principe : à chacun ce qui est sien.

La justice distributive (dianemétikè) se préoccupe des relations de la communauté envers ses membres, les devoirs et obligations entre les membres de la cité dans l'objectif d'une juste répartition des biens. Le juste distributif est entendu comme découlant du principe : à chacun ce qui lui est dû conformément à son mérite.

Théories de la justice

D'une façon concise et générale nous pouvons dégager plusieurs tendances en rapport avec les théories de la justice :

  • Le téléologisme défini le juste selon la finalité des actions. Selon la conception téléologique, la justice a une raison d'être et une finalité, soit qu'elle doit régler les rapports entre personnes en vue d'un bien commun, soit qu'elle doit contribuer à la paix sociale, soit encore qu'elle doit protéger les droits inaliénables de la personne humaine.
  • L'utilitarisme de Jeremy Bentham, John Stuart Mill ou David Friedman - selon la doctrine utilitariste une législation appropriée doit servir l'utilité générale. L'acte est juste s'il contribue à l'intérêt général, la justice traite de manière égale toutes les préférences ou intérêts (principe d'impartialité).
  • Le déontologisme défini les principes de justice indépendamment d'une conception particulière du bien, les rapports entre personnes sont conçus comme étant neutres à l’égard des conceptions du Bien ou de la vie bonne.
  • Le contractualisme, doctrine fondée sur l'idée de fondation de la société civile à partir d'un accord ou pacte volontaire entre individus. Cette doctrine est inspirée principalement de la philosophie politique de Hobbes, Locke, Rousseau, Kant et Rawls.

Parmi les multiples conceptions de la justice certaines valorisent et justifient plutôt les questions d'égalité, d'égale liberté, de ressources, en droits ou de revendications. D'autres se concentrent sur des questions de liberté, individuelles ou collectives, d'association entre personnes, d'équilibre entre les libertés, de garantie des libertés individuelles ou encore la liberté de laisser les individus choisir ou former leur propre conception du bien sans qu'une seule et unique leur soit imposée de façon autoritaire.

Toutes les approches et théories libérales de la justice défendent l'idée que le juste et l'injuste ne s'applique qu'aux actes volontaires eux-mêmes, sans jamais chercher à atteindre certains résultats ou situations jugées désirables ou indésirables par une quelconque autorité étatique. Toutes les actions qui découlent d'interactions non agressives entre les personnes ne peuvent être considérées comme illégitimes. Le consentement (ou son absence) et l'agression (ou son absence) sont parmi les principales lignes directrices d'une véritable justice libérale.

Justice libérale

Le libéralisme fait de la justice le point central de ses réflexions et s'attache à comprendre l'émergence de l’institution de la justice dans une société libre, comment les hommes respectent les règles de juste conduite, comment les doctrines totalitaires influencent les notions de justice et instaurent la loi du plus fort et l'importance des principes de justice qui respectent les droits de chaque individu, sont parmi les principaux axes de réflexion.

Pour Hayek, les institutions qui naissent de l'interaction et coopération humaines ne sont pas le fruit d'un dessein délibéré mais plutôt un processus d'évolutions spontanées. Il distingue deux natures d'ordre : un « ordre fabriqué » (Taxis) ou ordre arrangé, qui correspond à la volonté de construction d'un ordre social défini en vue de promouvoir certains objectifs ou résultats; et un « ordre mûri » (Kosmos) ou ordre spontané, correspondant à l'état endogène auto-organisé où la multiplicité des activités humaines constitue un processus dont personne n'avait prévu ni projeté les résultats.

Le rôle de la justice n'est donc pas de servir les motifs des coalitions d'intérêts organisés, ni de mobiliser le consentement du plus grand nombre, par conséquent, c'est une erreur de croire qu'en désignant la justice comme étant « publique » et que l'orientant vers des objectifs collectifs qu'elle soit vraiment et entièrement au service du bien commun. De cette distinction entre droit public et droit privé est née l'idée que le droit privé ne sert qu'aux intérêts égoïstes des particuliers et que le droit public sert l'intérêt général. Dès lors que l'idée de justice et droit sont confondues avec les lois d'organisation de superstructures politiques, nous nous persuadons que les règles de juste conduite sont le produit d'un dessein délibéré; L'idée de justice est ainsi confondue avec les lois de l'appareil délibérément conçu, l'appareil législatif.

Selon Hayek, « la compréhension profonde de la nature de la justice est refusée à tous les constructivistes qui raisonnent habituellement à partir d'une présomption d'omniscience »[2].

Hayek souligne avec clarté ce que sont les fondements cohérents de la justice, situés dans un axe différent de la vision contemporaine de la justice et sa monopolisation croissante par le pouvoir politique, jusqu'au risque de réduction de toute justice à sa seule proportion légale, à savoir, de réduire le sens de la justice aux seules lois promulguées et appliquées.

Voir aussi

Citations

  • « La justice est un milieu entre l'excès et le défaut [...] le milieu, la moitié est égale; de telle sorte que l'égal entre le plus et le moins est le juste. »
        — Aristote
  • « La justice que nous établissons et sanctionnons par nos lois, c'est certainement encore la justice ; mais nous l'appelons la justice selon la loi, la justice légale. Le juste selon la nature est sans contredit supérieur au juste suivant la loi, que font les hommes. »
        — Aristote
  • « La justice est tout simplement le point de vue sous lequel les hommes envisagent les choses morales pour le bien-être de chacun. »
        — Cesare Beccaria
  • « La privatisation des tribunaux civils est tout à fait concevable et réaliste. Il existe présentement aux États-Unis des milliers d'arbitres privés auxquels les parties à un contrat peuvent librement recourir pour régler un litige, et pareil recours est souvent prévu à l'avance dans les contrats. Devant l'inefficacité des tribunaux de l'État, observe Rothbard, les sociétés d'arbitrage privées sont florissantes. »
        — Pierre Lemieux, L'Anarcho-capitalisme
  • « Dans une telle société (anarcho-capitaliste), la loi est un produit du marché. Une cour de justice vit de la facturation des services d'arbitrage qu'elle rend. Son succès dépendra de la réputation qu'elle obtiendra du point de vue de l'honnêteté, de la fiabilité, de la promptitude et de l'attrait auprès de ses clients potentiels de l'ensemble des lois qu'elle applique. Les clients immédiats sont les agences de protection. Mais une agence de protection elle-même vend un produit à ses clients. Dans ce produit entrera le ou les systèmes juridiques des cours de justice dont elle est cliente, et sous lesquels ses clients seront par conséquent jugés. Chaque agence de protection essayera d'entrer en affaires avec les cours de justice dont le système juridique plaira le plus à ses clients. »
        — David Friedman, Vers une société sans État
  • « Au cours de l'histoire, les hommes de l'État ont confisqué les droits de la victime. Ils vont jusqu'à inventer des victimes, comme « l'ordre public » que personne n'a jamais vu mais qui est toujours prêt à se dire agressé. Le danger dont l'histoire révèle la manifestation constante est que la technique pour accéder au pouvoir et s'y maintenir est la fabrication de délits dont le pouvoir peut ensuite dénoncer les auteurs. Lorsque les hommes de l'État ont la faculté de déclarer que « la société » est une victime, chacun de nous devient un criminel potentiel. Retirer l'administration de la justice aux hommes de l'État est essentiel à notre liberté. »
        — Christian Michel
  • « Justice : un produit plus ou moins frelaté que l'État vend au citoyen pour le récompenser de son obéissance, de ses impôts et des actions civiles qu'il exerce[3]. »
        — Ambrose Bierce (humour), Le Dictionnaire du diable
  • « La preuve que notre justice est indépendante, c’est qu’elle a condamné à mort le général de Gaulle et le maréchal Pétain. »
        — Basile de Koch (humour), Causeur, avril 2017

Notes et références

  1. La distinction entre ces deux espèces fondamentales de la justice se rattache étroitement à la distinction que nous avons établie entre la justice légale et la justice particulière. La justice particulière vise en effet une personne privée, qui n'occupe d'autre place dans la communauté que celle qu'occupe une partie quelconque à l'intérieur d'un tout. Or si l'on considère l'une de ces parties par rapport à une autre partie, on voit naître un simple rapport entre deux personnes privées, et les rapports de ce genre sont régis par la justice commutative, régulatrice des échanges qui s'établissent entre deux individus. Mais on peut considérer au contraire l'ordre qui s'établit entre le tout et ses parties, c'est-à-dire l'ordre qui répartit entre les différents individus ce qui leur appartient en commun; les rapports de ce genre sont régis par la justice distributive, qui veille à ce que chaque membre de la communauté reçoive la part proportionnelle des biens communs à laquelle il a droit (Sum. theol., lIa Ilao, 61, 1. Concl.). Dans l'un et l'autre cas la justice demeure fidèle à sa fonction propre, qui est d'assurer le juste milieu et de maintenir l'égalité entre les deux parties en présence, mais cette égalité n'est pas de même nature selon qu'il s'agit de justice commutative ou de justice distributive. » (Saint Thomas, Textes sur la morale, traduits et commentés par Étienne Gilson, éd. Vrin)
  2. F. A. Hayek, Droit, législation et liberté - volume 1 règles et ordre
  3. La fin de la phrase essaie de rendre le jeu de mots intraduisible "personal service" (assignation en justice). Citation originale : Justice: a commodity which is a more or less adulterated condition the State sells to the citizen as a reward for his allegiance, taxes and personal service.

Autres sources

  • 1983, Jerold S. Auerbach, Justice Without Law? Resolving Disputes Without Lawyers, Oxford: Oxford University Press
  • 1997, Steven Lukes, “Social Justice : the Hayekian Challenge”, Critical Review, 11, 1 : 65-80
  • 2013, Manuel Wörsdörfer, "Von Hayek and ordoliberalism on justice", Journal of the History of Economic Thought, vol 35, n°3, septembre, pp291-317

Liens externes

En français

En anglais


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