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Leo Strauss : Différence entre versions

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En [[1949]] Leo Strauss prononce une série de conférences à l’Université de Chicago, les ''Walgreen Lectures''<ref>six Walgreen lectures by Leo Strauss, libre consultation en ligne au format pdf [https://www.press.uchicago.edu/sites/strauss/natural_right/transcript_Strauss_six_lectures_1949.pdf Natural Right and History]</ref>, qui furent plus tard publiées dans un recueil intitulé ''Natural Right and History'' (Droit naturel et histoire).
 
En [[1949]] Leo Strauss prononce une série de conférences à l’Université de Chicago, les ''Walgreen Lectures''<ref>six Walgreen lectures by Leo Strauss, libre consultation en ligne au format pdf [https://www.press.uchicago.edu/sites/strauss/natural_right/transcript_Strauss_six_lectures_1949.pdf Natural Right and History]</ref>, qui furent plus tard publiées dans un recueil intitulé ''Natural Right and History'' (Droit naturel et histoire).
  
Il est particulièrement connu pour son travail continu sur la tradition classique et les conceptions modernes du [[droit naturel]]. Selon lui, le problème du droit naturel est un problème ''philosophique'', mais ne se retrouvant plus au centre de la discussion proprement philosophique, il estime nécessaire, l'aborder du point de vue d'une ''histoire'' critique du droit naturel. Pour mieux tracer le déclin de l'idée du droit naturel, considérée comme un étalon indépendant de l’arbitraire humain, Strauss identifie, dans la variété des changements, trois vagues de la modernité :  
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Il est particulièrement connu pour son travail continu sur la tradition classique et les conceptions modernes du [[droit naturel]]. Selon lui, le problème du droit naturel est un problème ''philosophique'', mais ne se retrouvant plus au centre de la discussion proprement philosophique, il estime nécessaire, l'aborder du point de vue d'une ''histoire'' critique du droit naturel. Pour mieux tracer l'histoire du déclin du droit naturel, qu'il considère comme un étalon indépendant de l’arbitraire humain, Strauss identifie, dans la variété des changements, trois vagues de la modernité :  
 
* première vague, [[Machiavel]], suivi de [[Hobbes]], séparation du domaine de la loi naturelle avec le politique, affirmation du pouvoir de la raison sur la nature, réduction du ''chaos'' (conflits ou discordes) en ''ordre des possibles''.
 
* première vague, [[Machiavel]], suivi de [[Hobbes]], séparation du domaine de la loi naturelle avec le politique, affirmation du pouvoir de la raison sur la nature, réduction du ''chaos'' (conflits ou discordes) en ''ordre des possibles''.
 
* deuxième vague, [[Rousseau]], radicalisation du concept hobbesien d’état de nature (état pré-humain), généralisation des volontés particulières par la transformation des désirs humains en lois (auto-législation).
 
* deuxième vague, [[Rousseau]], radicalisation du concept hobbesien d’état de nature (état pré-humain), généralisation des volontés particulières par la transformation des désirs humains en lois (auto-législation).
 
* troisième vague, [[Nietzsche]], sentiment de l’existence historique tragique, tous les idéaux sont des créations humaines, dissolution de toute référence à l'ordre absolu et intemporel du vrai, du bien et du juste.  
 
* troisième vague, [[Nietzsche]], sentiment de l’existence historique tragique, tous les idéaux sont des créations humaines, dissolution de toute référence à l'ordre absolu et intemporel du vrai, du bien et du juste.  
  
Selon une opinion courante moderne, toute connaissance digne de ce nom est scientifique, tout jugement sur les valeurs devient suspect et, par conséquent, rejeté au nom de critères rationnels. Les ''modernes'', admettent, majoritairement, que les principes d’évaluation sont historiquement variables. Strauss cible ici le [[nihilisme]] et le [[relativisme]], en particulier s'insurgeant contre la thèse de [[Max Weber]] selon laquelle la pluralité de principes et valeurs (polythéisme des valeurs en sciences sociales) mènent à des conflits que demeurent insolubles pour la raison humaine.
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Selon une opinion courante moderne, toute connaissance digne de ce nom est scientifique, tout jugement sur les valeurs devient suspect et, par conséquent, rejeté au nom de critères rationnels. Les ''modernes'' admettent majoritairement que les principes d’évaluation sont historiquement variables. Strauss discerne ici le préjugé très répandu que toute la pensée humaine est déterminée par les conditions historiques, l'[[historicisme]], la perte des repères liée au [[nihilisme]], et le [[relativisme]], en particulier s'insurgeant contre la thèse de [[Max Weber]] selon laquelle la pluralité de principes et valeurs (polythéisme des valeurs en sciences sociales) mènent à des conflits que demeurent insolubles pour la raison humaine.
  
S'interrogeant sur la signification originelle de la [[philosophie]] en tant que quête de la vérité sur les commencements, il considère que celle-ci est la tentative de remplacer les opinions, qui sont l'élément de la vie politique, par une connaissance véritable. Dans la vie sociale la philosophie était essentiellement subversive, elle corrompt la jeunesse, l'enseignement de la philosophie pouvait devenir dangereuse pour la vie en société. L'interprétation straussienne de la philosophie prend appui sur la thèse développée par [[Platon]] dans la ''République'' : ce qui est premier pour nous, et qui apparaît à la lettre comme des ''phénomènes'' manifestes à tous, ce sont les [[opinion]]s (''doxa''). Leo Strauss considère que la philosophie première est l'étude des opinions ''dans'' la Cité (c'est alors la philosophie politique qui est la ''philosophie première'' et non la [[métaphysique]]).
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S'interrogeant sur la signification originelle de la [[philosophie]] en tant que quête de la vérité sur les commencements, il considère que celle-ci est la tentative de remplacer les opinions, qui sont l'élément de la vie sociale et politique, par une connaissance véritable. Dans la vie sociale la philosophie est essentiellement subversive, elle corrompt la jeunesse, l'enseignement de la philosophie peut devenir dangereuse pour la vie en société. L'interprétation straussienne de la philosophie prend appui sur cette relation entre la philosophie, ou le philosophe, et la vie de la société. Strauss reprend la dimension politique développée par [[Platon]] dans la ''République'' : ce qui est premier pour nous, et qui apparaît à la lettre comme des ''phénomènes'' manifestes à tous, ce sont les [[opinion]]s (''doxa''). Leo Strauss considère que la philosophie première est l'étude des opinions ''dans'' la Cité (c'est alors la philosophie politique qui est la ''philosophie première'' et non la [[métaphysique]]).
  
 
Strauss s'interroge sur la « crise de notre temps » en réfléchissant sur le [[libéralisme]] antique et le libéralisme moderne et en apportant des réponses qui mettent en accusation le [[relativisme]] des valeurs, relativisme présent au cœur des sciences sociales modernes. Il prône un retour réflexif sur les problématiques élaborées par les classiques, notamment [[Aristote]] et [[Platon]], mais surtout cherche à penser les raisons pour lesquelles le libéralisme antique a été abandonné.
 
Strauss s'interroge sur la « crise de notre temps » en réfléchissant sur le [[libéralisme]] antique et le libéralisme moderne et en apportant des réponses qui mettent en accusation le [[relativisme]] des valeurs, relativisme présent au cœur des sciences sociales modernes. Il prône un retour réflexif sur les problématiques élaborées par les classiques, notamment [[Aristote]] et [[Platon]], mais surtout cherche à penser les raisons pour lesquelles le libéralisme antique a été abandonné.

Version du 1 décembre 2019 à 22:01

Leo Strauss
philosophe

Dates 1899-1973
Leo strauss.jpg
Tendance jusnaturaliste
Origine Allemagne Allemagne
Articles internes Liste de tous les articles

Citation « Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or, il est évident et parfaitement sensé de parler de lois et de décisions injustes. En portant de tels jugements, nous impliquons qu'il y a un étalon du juste et de l'injuste qui est indépendant du droit positif et qui lui est supérieur : un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger du droit positif.  »
inter lib.org sur Leo Strauss

Leo Strauss est un philosophe politique juif allemand du XXe siècle, né à Kirchhain (Allemagne) le 20 septembre 1899 et mort à Annapolis (Etats-unis) le 18 octobre 1973. Il est contemporain de Hannah Arendt, Martin Heidegger, Hans Jonas, Raymond Aron et d'Alexandre Kojève. Lors de la montée du nazisme, il quitte l'Allemagne en 1932 pour s’installer d'abord à Paris pendant un an, ensuite à Cambridge en Angleterre, en 1938 il s'exile définitivement aux Etats-unis.

Sa pensée

Lecteur de Nietzsche dans sa jeunesse, Strauss mène, au fil de ses réflexions, une critique de la pensée moderne issue des Lumières, notamment en rouvrant la querelle entre les Anciens et les Modernes. En rouvrant cette question, Strauss situe la crise de la modernité avec Machiavel, Hobbes et Descartes. La situation de la pensée politique et philosophique contemporaine représente une rupture avec le cadre de la tradition de la philosophie politique classique. Cette rupture est mise en avant par un mépris accentué dans la croyance à l’autosuffisance de la raison, à la maîtrise des passions humaines et au positivisme au nom de la neutralité scientifique où les questions d'immoralité ou moralité sont laissées aux convictions de chacun.

En 1949 Leo Strauss prononce une série de conférences à l’Université de Chicago, les Walgreen Lectures[1], qui furent plus tard publiées dans un recueil intitulé Natural Right and History (Droit naturel et histoire).

Il est particulièrement connu pour son travail continu sur la tradition classique et les conceptions modernes du droit naturel. Selon lui, le problème du droit naturel est un problème philosophique, mais ne se retrouvant plus au centre de la discussion proprement philosophique, il estime nécessaire, l'aborder du point de vue d'une histoire critique du droit naturel. Pour mieux tracer l'histoire du déclin du droit naturel, qu'il considère comme un étalon indépendant de l’arbitraire humain, Strauss identifie, dans la variété des changements, trois vagues de la modernité :

  • première vague, Machiavel, suivi de Hobbes, séparation du domaine de la loi naturelle avec le politique, affirmation du pouvoir de la raison sur la nature, réduction du chaos (conflits ou discordes) en ordre des possibles.
  • deuxième vague, Rousseau, radicalisation du concept hobbesien d’état de nature (état pré-humain), généralisation des volontés particulières par la transformation des désirs humains en lois (auto-législation).
  • troisième vague, Nietzsche, sentiment de l’existence historique tragique, tous les idéaux sont des créations humaines, dissolution de toute référence à l'ordre absolu et intemporel du vrai, du bien et du juste.

Selon une opinion courante moderne, toute connaissance digne de ce nom est scientifique, tout jugement sur les valeurs devient suspect et, par conséquent, rejeté au nom de critères rationnels. Les modernes admettent majoritairement que les principes d’évaluation sont historiquement variables. Strauss discerne ici le préjugé très répandu que toute la pensée humaine est déterminée par les conditions historiques, l'historicisme, la perte des repères liée au nihilisme, et le relativisme, en particulier s'insurgeant contre la thèse de Max Weber selon laquelle la pluralité de principes et valeurs (polythéisme des valeurs en sciences sociales) mènent à des conflits que demeurent insolubles pour la raison humaine.

S'interrogeant sur la signification originelle de la philosophie en tant que quête de la vérité sur les commencements, il considère que celle-ci est la tentative de remplacer les opinions, qui sont l'élément de la vie sociale et politique, par une connaissance véritable. Dans la vie sociale la philosophie est essentiellement subversive, elle corrompt la jeunesse, l'enseignement de la philosophie peut devenir dangereuse pour la vie en société. L'interprétation straussienne de la philosophie prend appui sur cette relation entre la philosophie, ou le philosophe, et la vie de la société. Strauss reprend la dimension politique développée par Platon dans la République : ce qui est premier pour nous, et qui apparaît à la lettre comme des phénomènes manifestes à tous, ce sont les opinions (doxa). Leo Strauss considère que la philosophie première est l'étude des opinions dans la Cité (c'est alors la philosophie politique qui est la philosophie première et non la métaphysique).

Strauss s'interroge sur la « crise de notre temps » en réfléchissant sur le libéralisme antique et le libéralisme moderne et en apportant des réponses qui mettent en accusation le relativisme des valeurs, relativisme présent au cœur des sciences sociales modernes. Il prône un retour réflexif sur les problématiques élaborées par les classiques, notamment Aristote et Platon, mais surtout cherche à penser les raisons pour lesquelles le libéralisme antique a été abandonné.

Pour certains, Strauss est un penseur politique conservateur, notoirement considéré comme une figure tutélaire de la pensée néoconservatrice américaine[2].

Citations

  • «Montrer que les conceptions de la justice ont varié n'est pas prouver l'inexistence du droit naturel ou l'impossibilité de le connaître. Cette diversité, on peut la comprendre comme la diversité des erreurs qui, loin de réfuter l'existence de la vérité unique, l'impliquent au contraire. (...) il est parfaitement possible que le droit naturel informe, pour ainsi dire, la diversité infinie des conceptions de la justice et des lois, ou autrement dit, qu'il soit à la racine de toutes les lois. »
        — Droit naturel et histoire, 1953
  • «Si tout se vaut, le cannibalisme n’est qu’une question de goût culinaire. »
  • «L'éducation libérale qui consiste en un commerce permanent avec les plus grands esprits est un entraînement à la modestie la plus haute, pour ne pas dire l'humilité. Elle est en même temps un entraînement à l'audace : elle exige de nous une rupture complète avec le bruit, la hâte, l'absence de pensée, la médiocrité de la Foire aux Vanités des intellectuels, comme de leurs ennemis. Elle exige de nous l'audace impliquée dans la résolution de considérer les opinions ordinaires comme des opinions extrêmes ayant au moins autant de chances d'être fausses que les opinions les plus étranges ou les opinions les moins populaires. L'éducation libérale est libération de la vulgarité. »
        — Qu'est-ce qu'une éducation libérale ?, Le libéralisme antique et moderne
  • «La vie civile est en son essence un compromis entre la sagesse et la folie, c'est-à-dire entre le droit naturel tel qu'il apparaît à la raison ou à l'entendement et le droit fondé sur l'opinion seule. La vie civile requiert l'amendement du droit naturel par le droit simplement conventionnel. Le droit naturel ferait l'effet d'une bombe incendiaire dans la vie civile. »
        — Droit naturel et histoire, 1953)
  • «Si nos principes n'ont d'autres fondements que notre préférence aveugle, rien n'est défendu de ce que l'audace de l'homme le poussera à faire. L'abandon actuel du droit naturel conduit au nihilisme ; bien plus, il s'identifie au nihilisme. »
  • «Le nihiliste est un homme qui connaît les principes de la civilisation, ne serait-ce que d'une manière superficielle. Un homme simplement non-civilisé, un sauvage, n'est pas un nihiliste. »
        — Nihilisme et politique
  • «L’éducation libérale est libération de la vulgarité. Les Grecs avaient un mot merveilleux pour vulgarité ; ils la nommaient apeirokalia, manque d’expérience des belles choses. L’éducation libérale nous donne l’expérience des belles choses. »

Bibliographie

Publications en anglais

  • 1936, The Political Philosophy of Hobbes
  • 1948, On Tyranny
  • 1952, Persecution and the Art of Writing
  • 1953, Natural Right and History
  • 1958, Thoughts on Machiavelli
  • 1959, What is Political Philosophy ? & Other Essays

Notes et références

  1. six Walgreen lectures by Leo Strauss, libre consultation en ligne au format pdf Natural Right and History
  2. voir Leo Strauss : le philosophe et les faucons, Roger Philippe, Critique, vol. 682, no. 3, 2004, pp. 161-162.

Liens externes


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