Libertaire

Libertaire est un terme créé au XIXe siècle (Proudhon l'emploie en 1858 dans De la justice dans la Révolution et dans l'Église[1]), souvent employé comme synonyme d'anarchiste. Le "libertaire" se fait le défenseur de la liberté politique, ou en rupture avec tout système politique existant, il prône l’autogestion par la propriété collective des moyens de production. Il partage avec le libéral et le libertarien certains aspects de l'approche anarchiste, mais s'éloigne dans son esprit férocement anti-capitaliste et égalitariste.

Différences entre libertaire et libertarien

Les termes libertaire et libertarien sont des néologismes qui portent souvent à une confusion entre les deux expressions. Le mot libertarien est une adaptation en français du terme anglais libertarian qui est à sont tour une traduction du français sous le terme de libertaire. La façon la plus simple d'opérer à cette distinction est de qualifier un libertarien d'anarchiste jusnaturaliste libéral, tandis qu'un libertaire est le plus souvent un collectiviste anticapitaliste. Un libertarien est avant tout un individualiste, un libertaire est avant tout un partisan de la gestion commune, voir communiste. Pour les libertariens, les libertaires réinventent l'État sous une forme coercitive, celle où le collectif prône sur l'individuel.

Plus essentiellement, l'anarchiste libertaire conteste toute forme d'autorité, non seulement politique, mais aussi familiale, religieuse, judiciaire, professionnelle, etc. Bertrand de Jouvenel (De la souveraineté) appelle ainsi "utopie libertaire" la croyance qu'une société peut exister dans une harmonie naturelle, sans organisme répressif ou coercitif (donc sans l'équivalent des fonctions régaliennes de l'État). Murray Rothbard parle de "nihilo-libertariens" (nihilo-libertarians, modal libertarians) à propos des libertaires de gauche "anti-bourgeois" qui refusent toute autorité, au risque de tomber dans le nihilisme.

Le libertaire est aussi généralement égalitariste et profondément opposé à la propriété privée. Cependant, comme le remarque Bertrand Lemennicier, sa position est contradictoire, car dans une société libérée de l'emprise de l'État, il ne peut empêcher le surgissement légitime des droits de propriété individuels. C'est pour cette raison qu'un anarchiste tel que Proudhon a fini par reconnaître la légitimité du droit de propriété.

Pour un libertarien la coopération volontaire entre les individus dans un système de libre-échange, pourvu qu'elle soit légitime et conforme à l'axiome de non-agression, repose sur la responsabilité de chacun dans le respect des droits individuels. Il estime aussi indispensable pour qu'une société de liberté puisse perdurer, qu'il est nécessaire d'instaurer le Droit naturel.

De même, le capitalisme tel que le conçoit le libertarien n'est pas la racine du mal absolu, à condition qu'il ne soit pas gangrené par l'étatisme et n'aboutisse pas ainsi à un capitalisme de connivence.

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Citations

  • Joyeux libertaires, ce qui vous intéresse dans la lutte finale, c’est d’en finir avec vous-mêmes. (Raoul Vaneigem)
  • Un libertaire qui s'assume est un libéral qui s'ignore. (Gaspard Koenig, L'Herne-Cahier Michel Onfray, janvier 2019)
  • Mai 1968 a vu s’affronter les amis du Staline russe et ceux du Staline chinois, ce qui donne tout de même à penser. La gauche intelligemment libertaire n’a jamais pris racine en France, au contraire de la gauche du contrôle social. Orwell, pour le côté agnostique et anticlérical, Weil et Ellul, pour le côté plus spirituel, n’y ont eu de postérité que récente. (François Sureau, Sans la liberté, 2019)

Notes et références

  1. "Tandis que l'utopie communiste a encore ses praticiens, l'utopie des libertaires n'a pu recevoir le moindre commencement d'exécution." (PROUDHON, De la justice dans la Révolution et dans l'Église, 1858).

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