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Matérialisme : Différence entre versions

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(Le libéralisme est-il matérialiste ? : Mises)
(Définition)
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Cependant, comme il ne fournit pas de définition simple et univoque de ce qu'est la matière, concept ambigu<ref>Les matérialistes reconnaissent qu'il n’y a pas de définition intrinsèque de la matière, qu'on la caractérise comme le "premier substrat" ([[Aristote]]), le substrat non qualifié des [[stoïcisme|Stoïciens]], la substance étendue de Descartes, la substance spinoziste, une réalité non mentale, une réalité unique existant indépendamment de notre conscience, etc., sans parler des "quantons" de la microphysique qui mettent à mal le point de vue courant sur la matière (non-localité, non-séparabilité, complémentarité onde-corpuscule...). Certains matérialistes (Comte-Sponville) abandonnent le concept de matière et définissent le matérialisme comme une théorie de l'esprit, selon laquelle l'esprit ne trouve pas son origine en lui-même.</ref>, le matérialisme se ramène souvent à d'autres thèses philosophiques, épistémologiques ou métaphysiques : l'atomisme, le physicalisme, le réductionnisme, l'[[empirisme]], le [[réalisme]], le [[déterminisme]], le [[scientisme]], l'[[athéisme]] (bien qu'il y ait des matérialistes non athées : les Stoïciens ou Hobbes, et des athées non matérialistes : les bouddhistes ou Schopenhauer), etc.
 
Cependant, comme il ne fournit pas de définition simple et univoque de ce qu'est la matière, concept ambigu<ref>Les matérialistes reconnaissent qu'il n’y a pas de définition intrinsèque de la matière, qu'on la caractérise comme le "premier substrat" ([[Aristote]]), le substrat non qualifié des [[stoïcisme|Stoïciens]], la substance étendue de Descartes, la substance spinoziste, une réalité non mentale, une réalité unique existant indépendamment de notre conscience, etc., sans parler des "quantons" de la microphysique qui mettent à mal le point de vue courant sur la matière (non-localité, non-séparabilité, complémentarité onde-corpuscule...). Certains matérialistes (Comte-Sponville) abandonnent le concept de matière et définissent le matérialisme comme une théorie de l'esprit, selon laquelle l'esprit ne trouve pas son origine en lui-même.</ref>, le matérialisme se ramène souvent à d'autres thèses philosophiques, épistémologiques ou métaphysiques : l'atomisme, le physicalisme, le réductionnisme, l'[[empirisme]], le [[réalisme]], le [[déterminisme]], le [[scientisme]], l'[[athéisme]] (bien qu'il y ait des matérialistes non athées : les Stoïciens ou Hobbes, et des athées non matérialistes : les bouddhistes ou Schopenhauer), etc.
  
L’erreur du matérialisme, du point de vue idéaliste (Berkeley, [[Emmanuel Kant|Kant]], [[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]]), est de prêter une réalité absolue à ce qui n’est qu’une donnée des sens et une représentation dans notre esprit : ce « réalisme naïf » est utile pour l’investigation scientifique, mais ne peut prétendre investir le champ [[métaphysique]] ou religieux (d'autant plus qu'il part lui-même d'une hypothèse métaphysique). L'idéalisme ne nie pas l'existence de la matière, mais la voit principalement comme un objet de la pensée, une causalité pure, dans lequel l'existence et l'essence coïncident, une "condition d'expérience, comme l'espace et le temps" ([[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]]), un concept lié à la catégorie de la substance ([[Emmanuel Kant|Kant]]). Tout ce qu'on peut affirmer (avec Kant) est la dépendance réciproque de l’esprit et de la matière, c'est-à-dire une position à mi-chemin entre le dualisme cartésien esprit/matière, le monisme antimatérialiste berkeleyien et le monisme matérialiste strict.
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L’erreur du matérialisme, du point de vue idéaliste (Berkeley, [[Emmanuel Kant|Kant]], [[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]]), est de prêter une réalité absolue à ce qui n’est qu’une donnée des sens et une représentation dans notre esprit : ce « réalisme naïf » est certes utile pour l’investigation scientifique mais il ne peut prétendre investir avantageusement le champ [[métaphysique]] ou religieux (d'autant plus qu'il part lui-même d'une hypothèse métaphysique). L'idéalisme ne nie pas l'existence de la matière, mais il la voit principalement comme un objet de la pensée, une causalité pure, dans lequel l'existence et l'essence coïncident, une "condition effective et "active"d'expérience, comme l'espace et le temps" ([[Arthur Schopenhauer|Schopenhauer]]), un concept lié à la catégorie de la substance ([[Emmanuel Kant|Kant]]). Tout ce qu'on peut affirmer (avec Kant) est la corrélation réciproque et phénoménale de l’esprit et de la matière, c'est-à-dire une position à mi-chemin entre le dualisme cartésien esprit/matière, le monisme antimatérialiste berkeleyien et le monisme matérialiste strict.
  
 
==Le [[libéralisme]] est-il matérialiste ?==
 
==Le [[libéralisme]] est-il matérialiste ?==

Version du 26 juillet 2011 à 15:19

Définition

Le matérialisme est un point de vue philosophique qui fait de la matière la seule réalité, la seule substance : toute chose est formée de matière, et tout phénomène peut s'expliquer comme le résultat d'interactions matérielles. Le matérialisme est donc un monisme ontologique. Il s'oppose au spiritualisme, qui peut être dualiste ou moniste. On l'oppose souvent aussi à l'idéalisme, pour lequel aucune réalité connaissable n'est extérieure à l'esprit humain.

Cependant, comme il ne fournit pas de définition simple et univoque de ce qu'est la matière, concept ambigu[1], le matérialisme se ramène souvent à d'autres thèses philosophiques, épistémologiques ou métaphysiques : l'atomisme, le physicalisme, le réductionnisme, l'empirisme, le réalisme, le déterminisme, le scientisme, l'athéisme (bien qu'il y ait des matérialistes non athées : les Stoïciens ou Hobbes, et des athées non matérialistes : les bouddhistes ou Schopenhauer), etc.

L’erreur du matérialisme, du point de vue idéaliste (Berkeley, Kant, Schopenhauer), est de prêter une réalité absolue à ce qui n’est qu’une donnée des sens et une représentation dans notre esprit : ce « réalisme naïf » est certes utile pour l’investigation scientifique mais il ne peut prétendre investir avantageusement le champ métaphysique ou religieux (d'autant plus qu'il part lui-même d'une hypothèse métaphysique). L'idéalisme ne nie pas l'existence de la matière, mais il la voit principalement comme un objet de la pensée, une causalité pure, dans lequel l'existence et l'essence coïncident, une "condition effective et "active"d'expérience, comme l'espace et le temps" (Schopenhauer), un concept lié à la catégorie de la substance (Kant). Tout ce qu'on peut affirmer (avec Kant) est la corrélation réciproque et phénoménale de l’esprit et de la matière, c'est-à-dire une position à mi-chemin entre le dualisme cartésien esprit/matière, le monisme antimatérialiste berkeleyien et le monisme matérialiste strict.

Le libéralisme est-il matérialiste ?

Le libéralisme par lui-même ne propose aucune thèse ontologique ou métaphysique. Il n'est donc pas plus matérialiste, qu'idéaliste, ou athée, ou religieux.

Dans le sens commun, on qualifie une personne de "matérialiste" si elle s'attache à la recherche des biens matériels, ou fait montre d'un comportement de consommation marqué (consumérisme). Il s'agit donc d'une évaluation éthique d'une attitude personnelle, qu'on pourrait appeler de "matérialisme économique", qui n'a qu'un rapport très lointain avec le libéralisme.

Frédéric Bastiat attribue à ce qu'on pourrait appeler un "fétichisme de la matière" les théories erronées de la valeur. Il écrit ceci à propos des économistes matérialistes :

Ce qu'ils ont cru, c'est que la Valeur était communiquée à la matière, soit par le travail de l'homme, soit par l'action de la nature. En un mot, trompés par cette locution elliptique: L'or vaut tant, le blé vaut tant, ils ont été conduits à voir dans la matière une qualité nommée valeur, comme le physicien y reconnaît l'impénétrabilité, la pesanteur, — et encore ces attributs lui sont-ils contestés. (...) Faut-il voir le principe de la Valeur dans l'objet matériel, et de là l'attribuer, par analogie, aux services? Je dis que c'est tout le contraire: il faut le reconnaître dans les services, et l'attribuer ensuite, si l'on veut, par métonymie, aux objets matériels. (Harmonies Économiques, chapitre V, "De la valeur")

Le principal reproche que Ludwig von Mises oppose au matérialisme, d'un point de vue épistémologique, est le relativisme qui en découle, et la tyrannie qui peut en être la conséquence :

Toute doctrine qui enseigne que certaines forces "réelles" ou "externes" déterminent ce qui se passe dans l'esprit humain, et donc tente de réduire l'esprit humain à un appareil qui transforme la "réalité" en idées de la même façon que l'appareil digestif assimile la nourriture, est incapable de distinguer entre le vrai et le faux. (The Ultimate Foundation of Economic Science: An Essay on Method, 1.8, The Absurdity of Any Materialistic Philosophy, 1962)

Le matérialiste n'aura d'autre solution que d'éliminer ceux qui professent des idées selon lui "en désaccord avec la réalité matérielle", le raisonnement et la discussion étant inutiles pour convaincre ceux qui sont dans l'erreur.

Matérialisme historique

Searchtool-80%.png Article détaillé : Matérialisme historique.

La conception matérialiste de l'histoire propre au marxisme repose sur la thèse fondamentale suivante:

«Dans la pratique sociale de leur vie, les hommes entrent en rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui correspondent à un certain degré de développement de leurs forces productives matérielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base réelle sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à laquelle répondent des formes sociales et déterminées de conscience. »
    — Karl Marx, Préface à la critique de l'économie politique

Cette conception s'intéresse aux conditions d’existence des êtres humains, aux rapports entre les classes sociales, et à leur influence sur les évolutions historiques, pour analyser les causes des développements et des changements qui s'opèrent dans les sociétés. Cependant cette conception n'est pas forcément conforme à l'histoire ; ses adeptes ont un parti-pris qui leur fait représenter arbitrairement l'histoire en fonction de la théorie.

Dans le pire des cas, ceci conduit à la tentation totalitaire : il faut forcer le cours de l'histoire dans une certaine direction, en se fondant sur une fausse conviction que l'on « sait » la façon dont l'histoire est en mouvement. La doctrine (le marxisme) va à contre-sens d'une recherche historique véritablement scientifique, et conduit à des projets politiques qui se soucient peu de la morale, des intérêts et des convictions de la population.

Une façon d'évaluer les mérites du matérialisme historique serait de regarder les résultats réels des recherches historiques effectuées par les marxistes, les semi-marxistes (comme l'école des Annales) et les non-marxistes qui prétendent avoir été inspirés par le matérialisme historique. Il n'y a pas de preuve que le matérialisme historique soit véritablement scientifique, explique mieux certains faits historiques que d'autres théories et ait une réelle capacité à expliquer le présent (ce qui est une fonction importante de l'étude de l'histoire).

Le matérialisme historique constituait au XXe siècle une base idéologique dogmatique de l'URSS ; il y était enseigné de façon officielle (cet "Истмат", redouté des étudiants, était une matière obligatoire et éliminatoire aux examens). Les étudiants apprenaient que le développement de la société passait par les stades du communisme primitif, puis de l'esclavage, puis du féodalisme, puis du capitalisme, pour s'achever enfin dans le communisme et la société sans classe. Cependant il n'y eu aucun développement « scientifique » de cette théorie, que Karl Popper appelait une pseudo-science.

Citations

  • « On reproche au libéralisme d'être matérialiste, de prôner la poursuite exclusive de la richesse aux dépens de toute autre valeur, alors qu'il n'a d'autre aspiration que de permettre l'épanouissement des êtres humains et la réalisation de leurs objectifs, spirituels, affectifs ou esthétiques autant que matériels. On lui reproche d'être sauvage alors que, fondé sur le respect intégral des autres, il exprime l'essence même de la civilisation. » (Pascal Salin)
  • « Il est vrai, en effet, qu'à l'axiome fondamental de la philosophie subjective : "le monde est ma représentation", on peut, avec autant de raison, semble-t-il, opposer celui de la philosophie objective : "le monde est matière", ou "la matière seule est" (parce que, seule, elle n'est soumise ni à la mort, ni au devenir), ou bien encore "tout ce qui existe est matière". Tel est l'axiome fondamental de Démocrite, de Leucippe et d'Epicure. Mais à examiner les choses de plus près, il y a un réel avantage à chercher non plus au-dehors, mais dans le sujet même, le point de départ d'un système ; on possède ainsi une avance d'un pas, qui est pleinement justifiée. Car la conscience est la seule chose immédiatement donnée, et nous passons par-dessus, lorsque nous allons directement à la matière et que nous en faisons notre point de départ. » (Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et représentation, supplément : Le point de vue idéaliste)
  • « La notion de matière est elle-même une notion métaphysique. La "matière" du matérialisme philosophique, à l'époque du mécanisme surtout, c'est le couple métaphysique matière-esprit, dont on a retranché l'esprit. C'est une antithèse tronquée. Et tronquer cette antithèse c'est accepter le système de pensée où elle a pu être énoncée, le vieux système platonicien et plotinien selon lequel le monde est une lutte éternelle entre l'Esprit et la Matière. » (Jean-François Revel, Histoire de la philosophie occidentale - De Thalès à Kant, NIL, 1994)

Notes et références

  1. Les matérialistes reconnaissent qu'il n’y a pas de définition intrinsèque de la matière, qu'on la caractérise comme le "premier substrat" (Aristote), le substrat non qualifié des Stoïciens, la substance étendue de Descartes, la substance spinoziste, une réalité non mentale, une réalité unique existant indépendamment de notre conscience, etc., sans parler des "quantons" de la microphysique qui mettent à mal le point de vue courant sur la matière (non-localité, non-séparabilité, complémentarité onde-corpuscule...). Certains matérialistes (Comte-Sponville) abandonnent le concept de matière et définissent le matérialisme comme une théorie de l'esprit, selon laquelle l'esprit ne trouve pas son origine en lui-même.

Lien externe

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