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Matérialisme

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Révision datée du 15 septembre 2007 à 10:29 par Dilbert (discussion | contributions) (Définition)

Définition

Le matérialisme est un point de vue philosophique qui fait de la matière la seule réalité, la seule substance : toute chose est formée de matière, et tout phénomène peut s'expliquer comme le résultat d'interactions matérielles. Le matérialisme est donc un monisme ontologique. Il s'oppose au spiritualisme, qui peut être dualiste ou moniste. On l'oppose souvent aussi à l'idéalisme, pour lequel aucune réalité connaissable n'est extérieure à l'esprit humain.

Cependant, comme il ne fournit pas de définition simple et univoque de ce qu'est la matière, concept ambigu[1], le matérialisme se ramène souvent à d'autres thèses philosophiques, épistémologiques ou métaphysiques : l'atomisme, le physicalisme, le réductionnisme, l'empirisme, le réalisme, le déterminisme, le scientisme, l'athéisme (bien qu'il y ait des matérialistes non athées : les Stoïciens ou Hobbes, et des athées non matérialistes : les bouddhistes, ou Schopenhauer), etc.

L’erreur du matérialisme, du point de vue idéaliste (Berkeley, Kant, Schopenhauer), est de prêter une réalité absolue à ce qui n’est qu’une donnée des sens et une représentation dans notre esprit : ce « réalisme naïf » est utile pour l’investigation scientifique, mais ne peut prétendre investir le champ métaphysique ou religieux (d'autant plus qu'il part lui-même d'une hypothèse métaphysique). L'idéalisme ne nie pas l'existence de la matière, mais la voit comme un objet de la pensée, une causalité pure, dans lequel l'existence et l'essence coïncident, une "condition d'expérience, comme l'espace et le temps" (Schopenhauer).

  1. ^  Les matérialistes reconnaissent qu'il n’y a pas de définition intrinsèque de la matière, qu'on la caractérise comme le "premier substrat" (Aristote), le substrat non qualifié des Stoïciens, la substance étendue de Descartes, la substance spinoziste, une réalité non mentale, une réalité unique existant indépendamment de notre conscience, etc., sans parler des "quantons" de la microphysique qui mettent à mal le point de vue courant sur la matière (non-localité, non-séparabilité, complémentarité onde-corpuscule...). Certains matérialistes (Comte-Sponville) abandonnent le concept de matière et définissent le matérialisme comme une théorie de l'esprit, selon laquelle l'esprit ne trouve pas son origine en lui-même.

Le libéralisme est-il matérialiste ?

Le libéralisme par lui-même ne propose aucune thèse ontologique ou métaphysique. Il n'est donc pas plus matérialiste, qu'idéaliste, ou athée, ou religieux.

Dans le sens commun, on qualifie une personne de "matérialiste" si elle s'attache à la recherche des biens matériels, ou fait montre d'un comportement de consommation marqué (consumérisme). Il s'agit donc d'une évaluation éthique d'une attitude personnelle, qu'on pourrait appeler de "matérialisme économique", qui n'a qu'un rapport très lointain avec le libéralisme.

Frédéric Bastiat attribue à ce qu'on pourrait appeler un "fétichisme de la matière" les théories erronées de la valeur. Il écrit ceci à propos des économistes matérialistes :

Ce qu'ils ont cru, c'est que la Valeur était communiquée à la matière, soit par le travail de l'homme, soit par l'action de la nature. En un mot, trompés par cette locution elliptique: L'or vaut tant, le blé vaut tant, ils ont été conduits à voir dans la matière une qualité nommée valeur, comme le physicien y reconnaît l'impénétrabilité, la pesanteur, — et encore ces attributs lui sont-ils contestés. (...) Faut-il voir le principe de la Valeur dans l'objet matériel, et de là l'attribuer, par analogie, aux services? Je dis que c'est tout le contraire: il faut le reconnaître dans les services, et l'attribuer ensuite, si l'on veut, par métonymie, aux objets matériels. (Harmonies Économiques, chapitre V, "De la valeur")

Citations

  • On reproche au libéralisme d'être matérialiste, de prôner la poursuite exclusive de la richesse aux dépens de toute autre valeur, alors qu'il n'a d'autre aspiration que de permettre l'épanouissement des êtres humains et la réalisation de leurs objectifs, spirituels, affectifs ou esthétiques autant que matériels. On lui reproche d'être sauvage alors que, fondé sur le respect intégral des autres, il exprime l'essence même de la civilisation. (Pascal Salin)

Liens

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