Vous pouvez contribuer simplement à Wikibéral. Pour cela, demander un compte à admin@liberaux.org. N'hésitez pas!



Perception : Différence entre versions

De Wikiberal
(La perception de l'entrepreneur qui le rend confiant)
 
(25 révisions intermédiaires par le même utilisateur non affichées)
Ligne 1 : Ligne 1 :
Le terme de [[perception]] est doté de plusieurs sens. Il peut signifier la réception ou la captation de ressources, par exemple, la perception des impôts. Il veut aussi signifier la vision, et dans le cadre de l'action individuelle et organisationnelle, la perception prend le sens de [[vision entrepreneuriale]] ou de [[leadership visionnaire]]. Pour [[John Locke]], la perception est à la base de la transformation de la matière, processus qui fournit le champ de nos idées.
+
Le terme de [[perception]] est doté de plusieurs sens. Il peut signifier la réception ou la captation de ressources, par exemple, la perception des impôts ou d'une aide particulière et quelquefois à la réception de [[faux droits]]. Il veut aussi signifier la vision, et dans le cadre de l'action individuelle et organisationnelle, la perception prend le sens de [[vision entrepreneuriale]] ou de [[leadership visionnaire]]. Pour [[John Locke]], la perception est à la base de la transformation de la matière en concept, processus qui fournit le champ de nos idées. La [[perception]] immédiate est l'acte prioritaire sur notre [[connaissance]] intuitive afin de juger des relations congruentes ou non de nos idées préalables en comparaison avec les nouvelles. Pour [[Ayn Rand]] et sa [[objectivisme|philosophie objectiviste]], la [[perception]] du réel est accessible uniquement par la raison puisque la logique binaire impose que ce qui est ne peut pas en même temps ne pas être.
 +
 
 +
== La perception de l'entrepreneur qui le rend confiant ==
  
 
Les entrepreneurs ont non seulement tendance à percevoir les opportunités différemment, ils ont également un penchant à se percevoir différemment. Ils ont tendance à se considérer comme plus compétents que les non-entrepreneurs. Autrement dit, ils ont tendance à avoir une [[auto-efficacité]] plus élevée qui renforce leur confiance dans leur réussite entrepreneuriale. Si les entrepreneurs perçoivent les nouvelles opportunités d'entreprise plus positivement que les autres, les managers affichent également une confiance excessive. Mais, les entrepreneurs disposent, généralement, d'une plus grande [[confiance]] que les managers salariés.
 
Les entrepreneurs ont non seulement tendance à percevoir les opportunités différemment, ils ont également un penchant à se percevoir différemment. Ils ont tendance à se considérer comme plus compétents que les non-entrepreneurs. Autrement dit, ils ont tendance à avoir une [[auto-efficacité]] plus élevée qui renforce leur confiance dans leur réussite entrepreneuriale. Si les entrepreneurs perçoivent les nouvelles opportunités d'entreprise plus positivement que les autres, les managers affichent également une confiance excessive. Mais, les entrepreneurs disposent, généralement, d'une plus grande [[confiance]] que les managers salariés.
  
La fragilité de l'entrepreneur provient de la confiance excessive du fait de la faiblesse qu'il/elle porte à sa perception du marché. Par exemple, les entrepreneurs qui disent que "personne d'autre ne fait déjà cela", qu'ils ont une avantage de premier ordre, et donc qu'ils auront un [[avantage concurrentiel durable]] sur le [[marché]], sont susceptibles de regarder à travers le télescope du marché dans le mauvais sens. Premièrement, il y a peut-être déjà d'autres entreprises qui le font quelque part dans le monde, mais leur survol rapide du paysage économique, vu du mauvais côté du télescope, rend les concurrents existants difficiles à remarquer. Par conséquent, l'entrepreneur qui se croit le précurseur d'un marché risquent de voir ses avantages concurrentiels faciles à copier ou obsolètes s'il n'associe pas à sa perception, l'attention et le [[jugement entrepreneurial]].
+
La fragilité de l'entrepreneur provient de la confiance excessive du fait de la faiblesse qu'il/elle porte à sa perception du marché. Par exemple, les entrepreneurs qui disent que "personne d'autre ne fait déjà cela", qu'ils ont une avantage de premier ordre, et donc qu'ils auront un [[avantage concurrentiel durable]] sur le [[marché]], sont susceptibles de regarder à travers le télescope du marché dans le mauvais sens. Premièrement, il y a peut-être déjà d'autres entreprises qui le font quelque part dans le monde, mais leur survol rapide du paysage économique, vu du mauvais côté du télescope, rend les concurrents existants difficiles à remarquer. Par conséquent, l'entrepreneur qui se croit le précurseur d'un marché risque de voir ses avantages concurrentiels faciles à copier ou obsolètes s'il n'associe pas à sa perception, l'attention et le [[jugement entrepreneurial]]. Cependant, une perception fausse de la réalité entrepreneuriale n'est pas toujours mauvaise pour la création d'une entreprise, du moins dans sa phase initiale de l'[[intention entrepreneuriale]]. En effet, l’illusion de contrôle sur son marché par un entrepreneur peut avoir un impact positif sur la création d'une nouvelle entreprise même si cela peut le mener jusqu'à la faillite. La peur de l'échec entrepreneurial chez l'entrepreneur naissant<ref>P. Arenius, [[Maria Minniti]], [[2005]], "Perceptual variables and nascent entrepreneurship", Small Business Economics, 24(3), pp233-247</ref> peut provenir d'une perception liée au trait de personnalité de l'entrepreneur qui, par définition, est stable au cours du temps.
 +
 
 +
Chez [[Israel Kirzner]], la notion de perception est très importante dans l'acte de [[vigilance entrepreneuriale]]. Cette évidence en crée presque une ambiguïté au point de se poser la question si la perception est un acte passif ou non. Pourtant, pour qu'il y ait un acte entrepreneurial, il ne suffit pas que l'entrepreneur soit alerte et perçoive une opportunité. L'entrepreneur doit agir sur les données perçues. L'action est nécessaire. L'esprit d'entreprise est un attribut, une caractéristique, une propriété de l'action. L'entrepreneuriat en soi, sans action, n'existe pas. Une approche passive de l'être humain implique une contradiction dans l'existence même du choix subjectif. Or, la perception est toujours organiquement et génétiquement une action, c'est-à-dire la manifestation d'un ordre dans des choix alternatifs. Pour rechercher les possibilités d'arbitrage, les entrepreneurs doivent donc agir par leur perception active.
 +
 
 +
== L'entrepreneur gère l'incertitude grâce à sa perception ==
 +
 
 +
Certaines personnes sont nées de parents entrepreneurs et ont appris des attitudes, des capacités et des comportements entrepreneuriaux durant leur enfance. D'autres ont appris l'[[esprit d'entreprise]] à l'école ou à l'université et / ou ont appris de leurs expériences au travail ou au cours d'un jeu. En effet, les individus entreprenants ont perfectionné leur propre ensemble de lentilles de vision qui leur permettent de percevoir plus clairement les [[opportunités]] entrepreneuriales. [[Norris Krueger]] ([[1993]])<ref>[[Norris Krueger]], [[1993]], "The impact of prior entrepreneurial exposure on perceptions of new venture feasibility and desirability", Entrepreneurship Theory and Practice, Vol 18, n°1, pp521–530</ref>, [[Norris Krueger]], D. V. Brazeal ([[1994]])<ref>[[Norris Krueger]], D. V. Brazeal, [[1994]], "Entrepreneurial potential and potential entrepreneurs", Entrepreneurship Theory and Practice, Spring, Vol 18, n°3, pp91-104</ref> et [[Norris Krueger]], A. L. Carsrud ([[1993]])<ref>[[Norris Krueger]], A. L. Carsrud, [[1993]], "Entrepreneurial intentions: Applying the theory of planned behaviour”, Entrepreneurship & Regional Development, Vol 5, n°4, pp315-330</ref> soutiennent que les deux principaux facteurs qui sous-tendent la formation des [[intentions entrepreneuriales]] sont la perception de la faisabilité et de la désirabilité d'une [[opportunité entrepreneuriale]].
 +
 
 +
Les perceptions et les interprétations du marché ou d'un secteur industriel peuvent varier d'un individu à l'autre pour de nombreuses raisons, notamment des différences dans le contenu et la complexité des [[schèmes]] de pensée. Plus précisément, les personnes qui ont de l'expérience ont des scripts plus complexes caractérisés par des liens croisés étendus avec d'autres patterns. Ces liens permettent aux experts de voir leurs marchés se développer et de détecter les anomalies plus rapidement. Les entrepreneurs experts sont capables de fournir une perception ingénieuse de puits de ressource sans effort de raisonnement, là où les entrepreneurs novices puisent dans leurs ressources mentales et financières.
 +
 
 +
Les entrepreneurs perçoivent l'incertitude du marché en se concentrant sur les éléments contrôlables de leur environnement. Ils créent alors des conditions propices pour façonner l'avenir de la manière souhaitée. Plus précisément, les entrepreneurs commencent par les ressources qu'ils possèdent et recherchent des alliances et des engagements préalables avec d'autres personnes comme moyen de réduire l'incertitude perçue.
 +
 
 +
== Annexes ==
 +
 
 +
=== Notes et références ===
 +
<references />
 +
 
 +
=== Bibliographie ===
 +
 
 +
* [[1958]], D. E. Broadbent, "Perception and communication", London: Pergamon Press
 +
 
 +
* [[1973]], W. Powers, "Behavior: The control of perception", Chicago: Aldine
 +
 
 +
* [[1979]], [[Israel Kirzner]], "Perception, Opportunity and Profit: Studies in the theory of entrepreneurship", Chicago: University of Chicago Press
 +
 
 +
* [[1986]], J. A. Bargh, F. Pratto, "Individual Construct Accessibility and Perceptual Selection", Journal of Experimental Social Psychology, Vol 22, pp293–311
 +
 
 +
* [[1989]], J. A. Bargh, "Conditional Automaticity: Varieties of Automatic Influence in Social Perception and Thought", In: J. S. Uleman, J. A. Bargh, dir., "Unintended Thought", New York: Guilford, pp3–51
 +
 
 +
* [[1992]], [[Pierre Garello]], "Perception et Théorie de la décision", [[Journal des économistes et des études humaines]], Vol 3, n°1, Mars, pp49-78
 +
 
 +
* [[1993]], S. T. Fiske, "Social Cognition and Social Perception", Annual Review of Psychology, Vol 44, pp155–194
 +
 
 +
* [[1997]], [[Pierre Garello]], "Perception in human decision and economic understanding", In: [[Angelo Petroni]], [[Kurt R. Leube]], [[Jim Sadowsky]], dir., "An Austrian in France", La Rosa Editrice, Torino
 +
 
  
 
{{ébauche}}
 
{{ébauche}}

Version actuelle datée du 6 juillet 2020 à 11:07

Le terme de perception est doté de plusieurs sens. Il peut signifier la réception ou la captation de ressources, par exemple, la perception des impôts ou d'une aide particulière et quelquefois à la réception de faux droits. Il veut aussi signifier la vision, et dans le cadre de l'action individuelle et organisationnelle, la perception prend le sens de vision entrepreneuriale ou de leadership visionnaire. Pour John Locke, la perception est à la base de la transformation de la matière en concept, processus qui fournit le champ de nos idées. La perception immédiate est l'acte prioritaire sur notre connaissance intuitive afin de juger des relations congruentes ou non de nos idées préalables en comparaison avec les nouvelles. Pour Ayn Rand et sa philosophie objectiviste, la perception du réel est accessible uniquement par la raison puisque la logique binaire impose que ce qui est ne peut pas en même temps ne pas être.

La perception de l'entrepreneur qui le rend confiant

Les entrepreneurs ont non seulement tendance à percevoir les opportunités différemment, ils ont également un penchant à se percevoir différemment. Ils ont tendance à se considérer comme plus compétents que les non-entrepreneurs. Autrement dit, ils ont tendance à avoir une auto-efficacité plus élevée qui renforce leur confiance dans leur réussite entrepreneuriale. Si les entrepreneurs perçoivent les nouvelles opportunités d'entreprise plus positivement que les autres, les managers affichent également une confiance excessive. Mais, les entrepreneurs disposent, généralement, d'une plus grande confiance que les managers salariés.

La fragilité de l'entrepreneur provient de la confiance excessive du fait de la faiblesse qu'il/elle porte à sa perception du marché. Par exemple, les entrepreneurs qui disent que "personne d'autre ne fait déjà cela", qu'ils ont une avantage de premier ordre, et donc qu'ils auront un avantage concurrentiel durable sur le marché, sont susceptibles de regarder à travers le télescope du marché dans le mauvais sens. Premièrement, il y a peut-être déjà d'autres entreprises qui le font quelque part dans le monde, mais leur survol rapide du paysage économique, vu du mauvais côté du télescope, rend les concurrents existants difficiles à remarquer. Par conséquent, l'entrepreneur qui se croit le précurseur d'un marché risque de voir ses avantages concurrentiels faciles à copier ou obsolètes s'il n'associe pas à sa perception, l'attention et le jugement entrepreneurial. Cependant, une perception fausse de la réalité entrepreneuriale n'est pas toujours mauvaise pour la création d'une entreprise, du moins dans sa phase initiale de l'intention entrepreneuriale. En effet, l’illusion de contrôle sur son marché par un entrepreneur peut avoir un impact positif sur la création d'une nouvelle entreprise même si cela peut le mener jusqu'à la faillite. La peur de l'échec entrepreneurial chez l'entrepreneur naissant[1] peut provenir d'une perception liée au trait de personnalité de l'entrepreneur qui, par définition, est stable au cours du temps.

Chez Israel Kirzner, la notion de perception est très importante dans l'acte de vigilance entrepreneuriale. Cette évidence en crée presque une ambiguïté au point de se poser la question si la perception est un acte passif ou non. Pourtant, pour qu'il y ait un acte entrepreneurial, il ne suffit pas que l'entrepreneur soit alerte et perçoive une opportunité. L'entrepreneur doit agir sur les données perçues. L'action est nécessaire. L'esprit d'entreprise est un attribut, une caractéristique, une propriété de l'action. L'entrepreneuriat en soi, sans action, n'existe pas. Une approche passive de l'être humain implique une contradiction dans l'existence même du choix subjectif. Or, la perception est toujours organiquement et génétiquement une action, c'est-à-dire la manifestation d'un ordre dans des choix alternatifs. Pour rechercher les possibilités d'arbitrage, les entrepreneurs doivent donc agir par leur perception active.

L'entrepreneur gère l'incertitude grâce à sa perception

Certaines personnes sont nées de parents entrepreneurs et ont appris des attitudes, des capacités et des comportements entrepreneuriaux durant leur enfance. D'autres ont appris l'esprit d'entreprise à l'école ou à l'université et / ou ont appris de leurs expériences au travail ou au cours d'un jeu. En effet, les individus entreprenants ont perfectionné leur propre ensemble de lentilles de vision qui leur permettent de percevoir plus clairement les opportunités entrepreneuriales. Norris Krueger (1993)[2], Norris Krueger, D. V. Brazeal (1994)[3] et Norris Krueger, A. L. Carsrud (1993)[4] soutiennent que les deux principaux facteurs qui sous-tendent la formation des intentions entrepreneuriales sont la perception de la faisabilité et de la désirabilité d'une opportunité entrepreneuriale.

Les perceptions et les interprétations du marché ou d'un secteur industriel peuvent varier d'un individu à l'autre pour de nombreuses raisons, notamment des différences dans le contenu et la complexité des schèmes de pensée. Plus précisément, les personnes qui ont de l'expérience ont des scripts plus complexes caractérisés par des liens croisés étendus avec d'autres patterns. Ces liens permettent aux experts de voir leurs marchés se développer et de détecter les anomalies plus rapidement. Les entrepreneurs experts sont capables de fournir une perception ingénieuse de puits de ressource sans effort de raisonnement, là où les entrepreneurs novices puisent dans leurs ressources mentales et financières.

Les entrepreneurs perçoivent l'incertitude du marché en se concentrant sur les éléments contrôlables de leur environnement. Ils créent alors des conditions propices pour façonner l'avenir de la manière souhaitée. Plus précisément, les entrepreneurs commencent par les ressources qu'ils possèdent et recherchent des alliances et des engagements préalables avec d'autres personnes comme moyen de réduire l'incertitude perçue.

Annexes

Notes et références

  1. P. Arenius, Maria Minniti, 2005, "Perceptual variables and nascent entrepreneurship", Small Business Economics, 24(3), pp233-247
  2. Norris Krueger, 1993, "The impact of prior entrepreneurial exposure on perceptions of new venture feasibility and desirability", Entrepreneurship Theory and Practice, Vol 18, n°1, pp521–530
  3. Norris Krueger, D. V. Brazeal, 1994, "Entrepreneurial potential and potential entrepreneurs", Entrepreneurship Theory and Practice, Spring, Vol 18, n°3, pp91-104
  4. Norris Krueger, A. L. Carsrud, 1993, "Entrepreneurial intentions: Applying the theory of planned behaviour”, Entrepreneurship & Regional Development, Vol 5, n°4, pp315-330

Bibliographie

  • 1958, D. E. Broadbent, "Perception and communication", London: Pergamon Press
  • 1973, W. Powers, "Behavior: The control of perception", Chicago: Aldine
  • 1979, Israel Kirzner, "Perception, Opportunity and Profit: Studies in the theory of entrepreneurship", Chicago: University of Chicago Press
  • 1986, J. A. Bargh, F. Pratto, "Individual Construct Accessibility and Perceptual Selection", Journal of Experimental Social Psychology, Vol 22, pp293–311
  • 1989, J. A. Bargh, "Conditional Automaticity: Varieties of Automatic Influence in Social Perception and Thought", In: J. S. Uleman, J. A. Bargh, dir., "Unintended Thought", New York: Guilford, pp3–51
  • 1993, S. T. Fiske, "Social Cognition and Social Perception", Annual Review of Psychology, Vol 44, pp155–194