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Progrès : Différence entre versions

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m (La société ouverte, condition du progrès de la connaissance)
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{{citation bloc|Il m'est impossible de comprendre par quelle adresse on pourrait renfermer dans vingt têtes, quelques bonnes qu'on les suppose, le jugement, le savoir, l'esprit et l'érudition de tout un peuple|John Milton|Areopagitica}}
 
{{citation bloc|Il m'est impossible de comprendre par quelle adresse on pourrait renfermer dans vingt têtes, quelques bonnes qu'on les suppose, le jugement, le savoir, l'esprit et l'érudition de tout un peuple|John Milton|Areopagitica}}
  
Milton souligne en outre que laisser toutes les voix s'exprimer, c'est permettre à la vérité d'émerger. La liberté d'expression, consubstantielle à la société libérale, est la condition du progrès des connaissances. Pour Milton, il faut accepter de laisser apparaître aussi les idées fausses pour qu'émergent aussi les idées vraies. Car dans le débat d'idées, la vérité s'imposera.
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Milton souligne en outre que laisser toutes les voix s'exprimer c'est permettre à la vérité d'émerger. La liberté d'expression, consubstantielle à la société libérale, est la condition du progrès des connaissances. Pour Milton, il faut accepter de laisser apparaître aussi les idées fausses pour qu'émergent aussi les idées vraies. Car dans le débat d'idées, la vérité s'imposera.
  
Dans ''Qu'est-ce que les Lumières'', [[Emmanuel Kant|Kant]] a lui aussi souligné l'importance de l'« ''usage public de la raison'' » pour se délivrer des préjugés et faire progresser la connaissance. C'est un droit inhérent à l'homme que l'État ne saurait restreindre. En effet, cette liberté est la condition du progrès et, la limiter, ce serait « ''un crime contre la nature humaine, dont la destination originelle consiste précisément en cette progression'' »<ref>[[Emmanuel Kant]], ''Qu'est-ce que les Lumières'', édition Flammarion 1991, p.48</ref>. La liberté d'opinion doit donc s'appliquer sans restriction à tout: sciences, religion, politique, législation, etc.  
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Dans ''Qu'est-ce que les Lumières'', [[Emmanuel Kant|Kant]] a lui aussi souligné l'importance de l'«usage public de la raison» pour se délivrer des préjugés et faire progresser la connaissance. C'est un droit inhérent à l'homme que l'État ne saurait restreindre. En effet, cette liberté est la condition du progrès et la limiter serait « ''un crime contre la nature humaine, dont la destination originelle consiste précisément en cette progression'' »<ref>[[Emmanuel Kant]], ''Qu'est-ce que les Lumières'', édition Flammarion 1991, p.48</ref>. La liberté d'opinion doit donc s'appliquer sans restriction à tout : sciences, religion, politique, législation, etc.  
  
 
[[Wilhelm von Humboldt]] dans son ''[[Essai sur les limites de l'action de l'État]]'' (1792) approfondit cette réflexion en montrant que seule la vérité qui a triomphé du doute a de la valeur. Pour cela, la liberté de critique ne doit pas être restreinte et le doute toujours autorisé. [[John Stuart Mill]] reprendra des idées proches dans ''De la liberté''.
 
[[Wilhelm von Humboldt]] dans son ''[[Essai sur les limites de l'action de l'État]]'' (1792) approfondit cette réflexion en montrant que seule la vérité qui a triomphé du doute a de la valeur. Pour cela, la liberté de critique ne doit pas être restreinte et le doute toujours autorisé. [[John Stuart Mill]] reprendra des idées proches dans ''De la liberté''.
  
Plus proche de nous, le philosophe [[Karl Popper]] a défendu une philosophie des sciences fondée sur le falsificationnisme, dans laquelle la liberté de critique est essentielle au progrès de la connaissance. Une théorie scientifique ne peut pas être prouvée par la répétition de résultats conformes, mais peut être infirmée par un résultat négatif : pour reprendre le fameux exemple, mille merles noirs ne prouveront jamais que tous le sont, mais un unique merle blanc infirmera la proposition. La science n'est donc possible que quand la possibilité de critiquer est reconnue; la valeur d'une théorie tient à l'existence de cette liberté de critique. Popper élargit cette notion à la société toute entière et défend dans ''Misère de l'historicisme'' et ''[[La Société ouverte et ses ennemis]]'' (1945) la [[société ouverte]] ou libérale dans laquelle justement la critique est possible. Cette critique passe entre autres par le droit de vote.
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Plus proche de nous, le philosophe [[Karl Popper]] a défendu une philosophie des sciences fondée sur le falsificationnisme, dans laquelle la liberté de critique est essentielle au progrès de la connaissance. Une théorie scientifique ne peut pas être prouvée par la répétition de résultats conformes, mais peut être infirmée par un résultat négatif : pour reprendre le fameux exemple, mille merles noirs ne prouveront jamais que tous le sont, mais un unique merle blanc infirmera la proposition. La science n'est donc possible que quand la possibilité de critiquer est reconnue ; la valeur d'une théorie tient à l'existence de cette liberté de critique. Popper élargit cette notion à la société toute entière et défend dans ''Misère de l'historicisme'' et ''[[La Société ouverte et ses ennemis]]'' (1945) la [[société ouverte]] ou libérale dans laquelle justement la critique est possible. Cette critique passe entre autres par le droit de vote.
  
 
On pourrait également développer cette perspective avec les travaux de [[Michael Polanyi]]
 
On pourrait également développer cette perspective avec les travaux de [[Michael Polanyi]]

Version du 24 juillet 2018 à 13:27

Le concept de progrès est un terme polysémique, utilisé dans de nombreux champs de la pensée, parmi lesquels la philosophie, l'histoire, la politique ou l'économie.

La société ouverte, condition du progrès de la connaissance

Les sociétés ouvertes ou sociétés libérales, laissant toutes les opinions s'exprimer, se sont révélées être les plus favorables au progrès scientifique. Plusieurs penseurs ont mis en évidence ce fait : John Milton au XVIIe siècle s'oppose à la censure qui étouffe la vérité. En effet, les censeurs sont des hommes comme les autres, pas plus capables donc de discerner dans les idées nouvelles celles qui sont les plus justes[1] :

«Il m'est impossible de comprendre par quelle adresse on pourrait renfermer dans vingt têtes, quelques bonnes qu'on les suppose, le jugement, le savoir, l'esprit et l'érudition de tout un peuple »
    — John Milton, Areopagitica

Milton souligne en outre que laisser toutes les voix s'exprimer c'est permettre à la vérité d'émerger. La liberté d'expression, consubstantielle à la société libérale, est la condition du progrès des connaissances. Pour Milton, il faut accepter de laisser apparaître aussi les idées fausses pour qu'émergent aussi les idées vraies. Car dans le débat d'idées, la vérité s'imposera.

Dans Qu'est-ce que les Lumières, Kant a lui aussi souligné l'importance de l'«usage public de la raison» pour se délivrer des préjugés et faire progresser la connaissance. C'est un droit inhérent à l'homme que l'État ne saurait restreindre. En effet, cette liberté est la condition du progrès et la limiter serait « un crime contre la nature humaine, dont la destination originelle consiste précisément en cette progression »[2]. La liberté d'opinion doit donc s'appliquer sans restriction à tout : sciences, religion, politique, législation, etc.

Wilhelm von Humboldt dans son Essai sur les limites de l'action de l'État (1792) approfondit cette réflexion en montrant que seule la vérité qui a triomphé du doute a de la valeur. Pour cela, la liberté de critique ne doit pas être restreinte et le doute toujours autorisé. John Stuart Mill reprendra des idées proches dans De la liberté.

Plus proche de nous, le philosophe Karl Popper a défendu une philosophie des sciences fondée sur le falsificationnisme, dans laquelle la liberté de critique est essentielle au progrès de la connaissance. Une théorie scientifique ne peut pas être prouvée par la répétition de résultats conformes, mais peut être infirmée par un résultat négatif : pour reprendre le fameux exemple, mille merles noirs ne prouveront jamais que tous le sont, mais un unique merle blanc infirmera la proposition. La science n'est donc possible que quand la possibilité de critiquer est reconnue ; la valeur d'une théorie tient à l'existence de cette liberté de critique. Popper élargit cette notion à la société toute entière et défend dans Misère de l'historicisme et La Société ouverte et ses ennemis (1945) la société ouverte ou libérale dans laquelle justement la critique est possible. Cette critique passe entre autres par le droit de vote.

On pourrait également développer cette perspective avec les travaux de Michael Polanyi

« Progressisme »

Searchtool-80%.png Article détaillé : Progressisme.

Le progressisme est l'idéologie du progrès perpétuel. Par extension, c'est aussi la volonté d'instaurer un progrès social, des réformes, par opposition au conservatisme.

Une pensée est qualifiée de progressiste, par exemple, lorsqu'elle conçoit le présent comme un progrès par rapport à une époque passée jugée plus primaire, plus difficile, ou encore plus ignorante.

Notes et références

  1. John Milton, Areopagitica in Écrits politiques, traduction Marie-Madeleine Martinet, Belin, 1993, p.101
  2. Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumières, édition Flammarion 1991, p.48

Citations

  • Le moteur du progrès a dû être dans quelque révolte de l’individu, dans quelque libre penseur qui fut sans doute brûlé. Or la société est toujours puissante et toujours aveugle. Elle produit toujours la guerre, l’esclavage, la superstition, par son mécanisme propre. Et c’est toujours dans l’individu que l’humanité se retrouve, toujours dans la société que la barbarie se retrouve. (Alain)
  • Le progrès est toujours œuvre d’une minorité. Comme l’État forcément représente la majorité, il se trouve par vocation ennemi de toute nouveauté. (Yves Guyot)
  • L’humanité ne représente pas un développement vers le mieux, vers quelque chose de plus fort, de plus haut, ainsi qu’on le pense aujourd’hui. Le « progrès » n’est qu’une idée moderne, c’est-à-dire une idée fausse. Dans sa valeur l’Européen d’aujourd’hui reste bien loin au-dessous de l’Européen de la Renaissance. (Friedrich Nietzsche, L'Antéchrist)
  • L'idée de progrès déshonore l'intellect. (Cioran, De l'inconvénient d'être né)
  • Il y aura toujours une illusion de progrès car dès que nous sommes conscients d’un mal, nous y remédions, et donc il nous semblera toujours que nous progressons, en oubliant que la plupart des maux que nous voyons sont les effets — finalement devenus saillants — de longues régressions passées inaperçues; en oubliant que nos pseudo-remèdes peinent à regagner complètement le terrain perdu; en oubliant surtout que sur les lignes le long desquelles nous déclinons, le bien est devenu le mal à nos yeux, et est défait au nom du progrès exactement de la même façon que le mal est défait et remplacé par le bien sur les lignes le long desquelles nous évoluons. C’est là, en effet, l’illusion des illusions. (George Bernard Shaw, The Revolutionist’s Handbook and Pocket Companion)
  • Qu'il soit stupide de croire au progrès, certes. Sauf chez le dentiste. (Roland Jaccard)

Voir aussi

B0.jpg Discussions sur le forum
Le progrès fait rage (for)
La marche inexorable vers le progrès (for)
Progrès (for)
Progrès (2) (for)
La dynamique du progrès (for)

Bibliographie

  • 2004, Pierre-André Taguieff, Le Sens du progrès. Une approche historique et philosophique, Paris, Flammarion, « Champs », ISBN 2082103420
  • 2007, Indur Goklany, "The Improving State of the World. Washington", DC: Cato Institute
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