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Troisième République

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Révision datée du 9 mars 2009 à 17:49 par Dardanus (discussion | contributions) (La Commune)


Fondée le 4 septembre 1870, la Troisième République va s’avérer la plus durable des républiques avant de s’effondrer victime de la défaite de 1940. Désormais la légalité a cessé d’être monarchique pour devenir républicaine. Le consensus républicain va reposer sur le maintien de l’ordre social, la fondation d’un État laïque et la sauvegarde de la grandeur française dans le monde.


La Guerre de 1870-1871 et la Commune

Le gouvernement de Défense nationale et la défaite

Les républicains arrivent au pouvoir dans un pays qui a déjà perdu la guerre mais n’en a pas encore pris conscience. Adolphe Thiers tente en vain une tournée diplomatique en Europe (septembre/octobre 1870). Entre temps, Paris, où était demeuré le gouvernement de Défense nationale, était investi par les troupes allemandes. Un Comité central publie un manifeste associant le « salut de la France » et « le triomphe de la révolution européenne » et appelant à une « commune souveraine » pour assurer le « gouvernement des citoyens par eux-mêmes ». Le mouvement communaliste s’étend dans le Sud-Est de la France mais est finalement réprimé par Léon Gambetta.

Le 28 octobre, Bazaine livre Metz avec son armée et les révolutionnaires tentent en vain de profiter de la situation pour prendre le pouvoir à Paris le 31 octobre. Devant l’échec des négociations entre Thiers et Bismarck à Versailles, le gouvernement de Tours proclame « la Patrie en danger » et décrète la levée en masse le 5 novembre. Mais la majorité de la population souhaite la paix. L’entraînement insuffisant des troupes, l’hésitation des généraux, l’insuffisance de l’armement et du ravitaillement ainsi que l’excessive ingérence de politiques dépourvus de compétences militaires (Gambetta et Freycinet) entrainent l’échec des opération militaires. Les armées françaises se révélaient incapables de délivrer la capitale. Le 26 janvier 1871 Paris doit capituler.

La conduite dictatoriale de Gambetta, ministre de l’Intérieur du 4 septembre, avait inquiété les modérés qui le poussent à la démission le 6 février. Deux jours plus tard, les élections envoyaient à l’Assemblée une majorité favorable à la paix, c’est à dire conservatrice et libérale. Le 17 février Thiers est nommé chef du pouvoir exécutif de la République française. Ce dernier ne choisit pas ses ministres dans la majorité monarchiste mais parmi les républicains modérés et le centre droit. Il est persuadé que la République doit l’emporter.

La Commune

Isolée diplomatiquement, la France doit céder aux exigences de Bismarck : céder l’Alsace et une partie de la Lorraine et payer une indemnité de 5 milliards de francs-or. A Paris la révolution triomphe. Les bataillons de la garde nationale refusent de restituer les canons qu’ils contrôlent. Le 18 mars 1871, les généraux Lecomte et Thomas sont exécutés par les insurgés tandis que Thiers, contre l’avis de Ferry, décide l’évacuation de la ville. Le 29 mars, l’Assemblée municipale prend le nom de Commune. Les différents courants révolutionnaires communient dans l’anticléricalisme et le socialisme. Le 21 mai, les troupes versaillaises envahissent la ville : la reconquête devait durer une semaine et se révéler particulièrement féroce. Personne ne plaignit les communards à l’image de Zola : « Ceux qui brûlent et qui massacrent ne méritent pas d’autre juge que le coup de feu d’un soldat ». Plusieurs milliers de prisonniers sont envoyés en Nouvelle-Calédonie.

La laborieuse mise en place du régime (1871-1879)

Thiers président de la République

La déclaration du comte de Chambord (5 juillet 1871) affirmant son attachement au drapeau blanc et son refus de la souveraineté nationale a rendu impossible toute restauration monarchique. Les orléanistes, derrière Albert de Broglie, songent à instaurer une république conservatrice. Les élections de juillet renforcent les républicains aux dépens des monarchistes qui, venant d’instaurer une république provisoire, sont en porte à faux face aux électeurs. Le sous-préfet de Vienne note le 30 janvier 1872 : « les paysans s’accoutument à la République ».

Thiers obtient enfin le titre de président de la République mais la « loi Rivet » du 31 août 1871 prévoit aussi la responsabilité des ministres devant l’Assemblée. Le 13 novembre 1872 dans un message à l’Assemblée, Thiers prend clairement parti : « La République existe, elle est le gouvernement légal du pays (…) La République sera conservatrice ou ne sera pas ». De plus en plus inquiets et n’ayant plus besoin de Thiers les droites monarchistes se groupèrent derrière Albert de Broglie. Le 24 mai 1873, le duc réunissait une majorité sur son interpellation réclamant « une politique résolument conservatrice ».

L'échec de la Restauration et les lois constitutionnelles

Thiers démissionne et Mac Mahon lui succède le soir même. Le Maréchal Président se déclare prêt à défendre « l’ordre moral » menacé. Mais les droites restaient irrémédiablement divisées en dépit des apparences tandis que les républicains formaient un milieu structuré. Le comte de Chambord refuse de nouveau et clairement la monarchie tricolore. Albert de Broglie résolu à attendre la mort du dernier des Bourbons fait voter la loi du septennat le 20 novembre 1873. La grogne des légitimistes fait tomber le gouvernement dès le 16 mai 1874.

Dans le même temps, le réveil du bonapartisme inquiète le centre droit qui se rapproche du centre gauche et glisse vers l’adhésion à la République. Côté républicain, Gambetta développe une stratégie de compromis : l’opportunisme. Le mot « république » est voté à une voix de majorité par l’amendement Wallon (30 janvier 1875). Trois lois constitutionnelles sont finalement adoptées en février et juillet 1875. Elles instaurent un système à deux chambres qui ont les mêmes pouvoirs.

La victoire républicaine

Les élections législatives de 1876 ne sont pas favorables à la droite. La question de la laïcité déchaine les passions. Gambetta lance le 4 mai 1877 : « le cléricalisme, voilà l’ennemi. »

Le 16 mai 1877, Mac Mahon déclare à Jules Simon : « j’ai une responsabilité envers la France ». Il décide de constituer un ministère qui ne dispose d’aucune majorité à l’Assemblée confié au duc de Broglie. Les républicains votent contre le cabinet et le président de la république décide de dissoudre la Chambre. Jules Ferry affirme : « Ce conflit c’est la lutte du gouvernement personnel (…) contre le gouvernement parlementaire ». Gambetta dénonce le « ministère des curés ». Réduits à s’appuyer sur les bonapartistes et à reprendre les méthodes de l’Empire autoritaire, les conservateurs incarnaient désormais l’aventure. Unis face au péril, les républicains reviennent majoritaires même si la droite a progressé. Après avoir envisagé un coup d’état, Mac Mahon se soumet avant de démissionner au début de l’année 1879. Jules Grévy lui succède. La République était désormais bien installée.

Instabilité parlementaire et laïcisation (1879-1885)

L'instabilité gouvernementale

Entre le mois de janvier 1879 et le mois d’août 1881, trois gouvernements vont se succéder instaurant une pratique d’instabilité ministérielle tempérée par la stabilité des ministres. Le président Jules Grevy ne pouvant gouverner fit tout ce qu’il put pour empêcher les autres de gouverner. Gambetta, devenu président de l’Assemblée s’efforce d’exercer un pouvoir occulte. Ainsi dès le début, le président du conseil se trouve-t-il affaibli. L’échec du grand ministère Gambetta affermit la république des députés.

Le gouvernement de Jules Ferry

Le long gouvernement Jules Ferry (25 mois en 1883-1885) loin d’annoncer une ère de stabilité devait se révéler exceptionnel. Par son œuvre scolaire, il fonde la société laïque et républicaine dans le but d’organiser une « humanité sans Dieu et sans roi ». Il s’agit bien d’une œuvre de conquête des âmes et des esprits. Un culte républicain s’installe avec notamment la célébration du 14 juillet (1880) devenu date initiale de l ‘ère de la liberté. Le patriotisme est un des autres aspects de l’idéal laïque. L’expansion coloniale, encouragé par Bismarck, est une pièce maîtresse du programme républicain : il s’agit de rendre à la France son « rang de grande puissance » par une politique prudente mais déterminée.

L'accroissement des libertés

Néanmoins, les républicains ont aussi fondé une société libre et démocratique. La loi du 30 juin 1881 établit la liberté de réunion et celle du 29 juillet 1881 libéralise la presse. La loi de 1884 sur la liberté syndicale est cependant mal accueillie par les milieux ouvriers qui se méfient d’une intervention de l’état. La démocratie locale est renforcée par la loi du 4 mars 1882 qui rend, aux conseils municipaux, l’élection du maire.

Affaires et scandales (1885-1902)

La crise boulangiste

Aux élections de 1885, la division des républicains entre opportunistes et radicaux favorise les conservateurs au premier tour. La discipline républicaine joue au second tour mais le radicalisme a désormais un poids important. Ce qui incite le gouvernement a faire voter la loi d’exil frappant les prétendants (22 juin 1886) et la loi Goblet de laïcisation des personnels de l’enseignement.

Ministre de la Guerre, le général Boulanger, incarnation de l’esprit de Revanche, est acclamé lors de la revue du 14 juillet 1886. Sous la pression allemande, le trop populaire général est écarté du gouvernement en mai 1887. Le trafic des décorations mené par son gendre Wilson déconsidère Jules Grévy qui est poussé à la démission par la Chambre le 2 décembre 1887. Jules Ferry est battu, on lui préfère, à l’intigation de Clemenceau, l’insignifiant Sadi-Carnot ce qui contribue encore plus à abaisser l’institution présidentielle.

Boulanger, nommé à Clermont-Ferrand par un gouvernement soucieux de l’éloigner, rassemble autour de lui tous les mécontents du régime. A gauche, les boulangistes souhaitent une république démocratique et sociale. La droite boulangiste est antiparlementaire et nationaliste. Les monarchistes voient en lui le connétable restaurateur de la monarchie. Le 27 janvier 1889, dans une élection partielle, Boulanger est triomphalement élu à Paris, grâce notamment au vote des quartiers populaires.

Les républicains gardent leur sang-froid. Le gouvernement fait adopter le scrutin uninominal, l’interdiction des candidatures multiples et l’établissement d’un service militaire de trois ans. Le boulangisme, qui a déçu les radicaux et les monarchistes, échoue aux élections d’octobre 1889. Désormais le radicalisme rompt avec la révolution tandis que le monarchisme s’efface au profit du nationalisme.

Panamistes et anarchistes

Le scandale de Panama (1892-1893) va être la revanche des boulangistes qui vont révéler la corruption de ministres et de parlementaires et le financement de journaux républicains par la compagnie. Le baron Reinach, soupçonné d’être le principal corrupteur, meurt dans des circonstances mystérieuses tandis que Cornélius Herz, commanditaire du journal de Clemenceau, s’enfuit en Angleterre. Panama aggrave l’antiparlementarisme et l’antisémitisme de l’opinion tout en montrant la solidité du régime.

La République est également attaquée à coup de bombes : de nombreux attentats sont commis en 1892 par les anarchistes. L’année 1893 voit l’entrée des socialistes au Parlement. Les menaces contre l’ordre social facilite le ralliement des conservateurs en écho à l’encyclique Au milieu des sollicitudes de Léon XIII tout en provoquant le désarroi des électeurs catholiques. Les républicains modérés en sortent renforcés : le progressisme, dans la lignée du gambettisme, se constitue autour de Waldeck-Rousseau. L’anarchisme violent culmine avec l’assassinat du président Sadi-Carnot (25 juin 1894) : c’est aussi une impasse et l’anarchisme va se reconvertir dans l’action syndicale.

La République des progressistes

Élu président de la République, Casimir-Perrier, victime de campagnes injurieuses sur sa famille et sa fortune, préfère démissionner et laisse la place dès janvier 1895 à Félix Faure qui cantonne la présidence dans un rôle purement représentatif. Parallèlement, le Sénat a vu son autorité se renforcer : il force le gouvernement Bourgeois à la démission (23 avril 1895). Le ministère Méline (1896-1898) qui va durer plus de deux ans va enfin traduire la domination du progressisme. L’anticléricalisme est abandonné tandis que des préoccupations sociales apparaissent avec la loi sur les accidents du travail. Avec Gabriel Hanotaux aux Affaires étrangères, la politique coloniale se poursuit se présentant contre une mission civilisatrice tandis qu'un « parti colonial » se structure à la chambre des députés.

L’Affaire Dreyfus et le gouvernement Waldeck-Rousseau

Les élections de 1898 voient la montée du radicalisme. Une partie des progressistes lâche Méline lui reprochant de s’appuyer sur les conservateurs. C’est le moment où l’Affaire Dreyfus éclate. L’article J’accuse de Zola paru en janvier dans l’Aurore de Clemenceau contribue à couper la France en deux camps. Les antidreyfusards sont nationalistes mais plutôt républicains, beaucoup sont révoltés par l’antimilitarisme de certains révisionnistes. L’Affaire néanmoins contribue à associer l’antisémitisme et le nationalisme. Les radicaux puis les socialistes, les uns et les autres non sans réticence, se rallient au dreyfusisme. Une tentative de coup d’État échoue lamentablement le 23 février 1899. En juin, le président Loubet se fait injurier et reçoit un coup de canne à Auteuil.

La défense républicaine va s’incarner dans Waldeck-Rousseau qui va rester près de trois ans au pouvoir. Cette majorité qui réunit des républicains modérés, des radicaux et des socialistes refuse « de nouvelles guerres de race et de religion ». Le gouvernement cherche l’apaisement sur le plan judiciaire : faute d’obtenir un acquittement pour Dreyfus, la grâce présidentielle apporte une solution provisoire. L’autorité de l’État est affirmée contre les ligueurs. Soucieux de ne pas trop affaiblir l’armée, Waldeck-Rousseau va porter ses coups contre les congrégations : l’Affaire favorise la renaissance de l’anticléricalisme. La législation sociale est renforcée : la journée de travail est ainsi limitée à 11 heures.

La république radicale (1902-1913)

Les excès du combisme

Les élections de 1902 voient triompher la gauche radicale et socialiste avec 370 sièges sur 590 mais l'écart de voix n'était que de 200 000. Émile Combes, anticlérical forcené, devient président du conseil et ressuscite les pratiques de l'Empire autoritaire en exerçant « une action politique sur tous les services publics ». Les congrégations non autorisées sont dissoutes et la loii du 7 juillet 1904 interdit l'enseignement congréganiste tandis que les relations diplomatiques avec le Vatican étaient rompues. Le général André à la Guerre applique les principes combistes à l'armée fiche les officiers pour favoriser ceux dont les idées étaient celles du pouvoir. L'affaire des fiches provoque la chute du gouvernement en janvier 1905.

La Séparation de l'Église et de l'État

Aristide Briand, ancien socialiste révlutionnaire, va être l'inspirateur et le rapporteur de la loi de séparation de l'Église et de l'État et s'efforce d'établir un texte de compromis. La loi votée le 9 décembre 1905 est condamnée par le pape en février 1906. Les inventaires qui doivent permettre de transférer les biens aux associations cultuelles provoquent des troubles. Mais Briand, devenu ministre des Cultes en mars 1906, s'appuyant sur l'esprit conciliateur de nombreux évêques, et refusant l'affrontement va réussir à apaiser les tensions.

La question sociale

Les grèves violentes se multiplient à compter de 1904 : la CGT où l'emporte la tendance du syndicalisme révolutionnaire est cependant extrêmement minoritaire dans un monde ouvrier peu syndicalisé. Les radicaux, qui considèrent que la législation sociale doit s'accompagner d'une discipline ouvrière accrue ne peuvent accepter le désordre. Clemenceau devenu président du conseil en octobre 1906 se montre brutal : le sang coule, des militants sont incarcérés. Aristide Briand, ancien apologiste de la grève générale, se montre ferme mais refuse la violence : il brise la grève des cheminots en 1910 par l'envoi d'ordre de mobilisation aux grévistes. Les radicaux en contre-partie créent le ministère du travail en 1906 et font voter quelques lois sociales : journée de 8 heures dans les mines (1905), le repos hebdomadaire (1906) et surtout les retraites ouvrières et paysannes (1910 et 1912). Mais la CGT se montre hostile au système de retraite qui incorpore « la classe ouvrière au régime capitaliste ».

Sources

  • Jean-Pierre Azéma et Michel Winock, La Troisième République, Calmann-Lévy, coll. Pluriel, 1976, 510 p.
  • Gisèle et Serge Bernstein, La Troisième République, MA éditions, Paris 1987, 356 p.
  • François Caron, La France des patriotes (1851-1918) in Histoire de France, dir. Jean Favier, Fayard 1985, 665 p.
  • Jérôme Grévy, La République des opportunistes, Perrin 1998, 415 p.
  • Daniel Halevy, La fin des notables, Grasset 1930, Pluriel 1995, 222 p.
  • Daniel Halevy, La république des ducs, Grasset 1937, Pluriel 1995,322 p.
  • Jean-Marie Mayeur, La vie politique sous la Troisième République, Le Seuil 1984, 449 p.
  • Jean-Yves Mollier et Jocelyne George, La plus longue des Républiques 1870-1940, Fayard 1984, 872 p.

Liens externes

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