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Théorie modulaire de la firme

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Le concept de la théorie modulaire de la firme est apparu avec les mutations profondes des modes d’organisation industrielle dans les années 1990 et 2000 jusqu'à aujourd'hui. Cette nouvelle organisation a pris racine au même moment où les entreprises choisissaient de recentrer leur cœur de métier et d'adopter une politique d’externalisation. Ce modèle s’exprime par la refonte conceptuelle des relations économiques verticales entre les participants à un projet de production. Alors que jusque là, les entreprises utilisaient abondamment la sous-traitance (donneurs et receveurs d’ordres), notion traditionnelle que Ronald Coase avait révélée dans son article "The nature of the firm", mais qui est devenue de plus en plus inapte à pendre en compte la nature véritable de ces nouvelles relations. Les entreprises passent d'un modèle traditionnel de "constructeur" ou de "producteur" à celui "d’architecte-intégrateur" avec l'émergence d'une compétence importante à maîtriser : la logistique (supply chain). Dans cette activité, la modularisation de la firme entraine également l'émergence de firmes-pivots, dont une dimension est d'ordre cognitif en fixant les objectifs du programme de production, en contrôlant la mise en ordre, en faisant respecter le calendrier, en vérifiant les écarts, en menant une activité de police interne au projet, en "inculpant les entreprises fautives, en trouvant le plus consensuellement possible des solutions rapides et en servant d'interface ad hoc pour les différentes entreprises modulaires qui se greffent au fur et à mesure du projet.

Pour prendre l'exemple d'Airbus, qui applique le modèle modulaire de la firme, l'entreprise a tenu compte de l'échec du modèle de la politique industrielle imposant une duplication des sites. Chez Airbus, l’organisation industrielle actuelle repose sur une distribution spatiale des activités entre des Centres d’Excellence (les ailes, l'empennage, le fuselage, le nez, la section centrale) et sur une division des tâches au niveau international (Grande Bretagne, Espagne, Allemagne, France). Chaque site produit une section complète d’avion qui est ensuite transportée et assemblée sur deux sites (Toulouse et Hambourg) pour la complétude de l'avion.

La démarche d’une firme architecte consiste à rechercher la meilleure granularité productive et cognitive d'un projet. Elle décompose le produit final en une série de sous-ensembles de production. Ces sous-ensembles ont à la fois la particularité d'être indépendants dans leur conception et dans leur production. Cependant, ils deviennent interdépendants lorsqu’il s’agit de les associer pour former le produit final, d'où la dimension cognitive du projet pour que cette intégration s'effectuent de façon parfaite au niveau technique et dans le bon timing. Le savoir-faire de l'entreprise architecte est donc d'avoir une vision qui sache rendre la complexité en unités simples en s'appuyant sur la stabilité de certaines unités interfaces.