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Emprise étatique

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L'État moderne justifie son emprise croissante par la nécessité de mieux connaître et taxer la société. Pourtant, les cadastres et les statistiques ne sont pas des instruments neutres : ils incarnent une volonté de contrôle qui transforme les citoyens en objets administrables.

La « volonté de savoir » comme masque de la domination

L'histoire de la fiscalité et de la statistique est souvent présentée comme celle d'un progrès administratif : l'État, cherchant à mieux connaître ses ressources et ses sujets, aurait peu à peu perfectionné ses instruments de mesure pour asseoir une imposition plus « rationnelle » et plus « juste ». Cette lecture mérite pourtant d'être retournée. Car ce que l'on présente comme une simple modernisation technique recouvre en réalité un mouvement bien plus inquiétant : la volonté croissante de l'État de planifier, de contrôler et, à terme, de soumettre la société civile à ses fins.

Comme l'a montré James C. Scott dans Seeing Like a State, le cadastre n'est pas une simple description du territoire mais un instrument qui crée la réalité qu'il prétend décrire. En imposant des catégories uniformes (parcelles, hectares, propriétaires identifiés) l'État gomme la complexité des usages locaux et des savoirs traditionnels (le « mētis ») pour imposer une « lisibilité » qui sert son seul intérêt : le prélèvement et le contrôle. La mesure parcellaire n'est donc pas une condition de l'égalité fiscale, comme le prétend la vulgate républicaine ; elle est une condition de l'emprise.

Friedrich Hayek, dans La Route de la servitude, complète cette analyse en montrant que la planification centralisée, même bien intentionnée, est intrinsèquement liberticide car elle suppose que quelques administrateurs peuvent savoir ce qu'il est impossible de savoir : la diversité des besoins, des capacités et des préférences individuelles.

Résister à l'emprise : du libéralisme à l'anarchisme de marché

Face à cette emprise grandissante, quelles sont les alternatives ? La critique libérale ne débouche pas nécessairement sur l'abolition de l'État, mais sur sa limitation radicale. Pour Hayek, l'État doit se cantonner à faire respecter des règles générales et abstraites – propriété, contrat, interdiction de la violence, sans viser de résultats particuliers. La fiscalité doit être simple, proportionnelle, sans niches ni crédits d'impôt ; la statistique doit se limiter à un dénombrement minimal, sans prétention à catégoriser et à normer la société.

Des penseurs plus radicaux, comme Murray Rothbard, poussent la logique jusqu'à l'anarchisme de marché : tout État, même minimal, repose sur un monopole illégitime de la violence et l'impôt n'est qu'un vol institutionnalisé. La résistance peut prendre des formes concrètes : droit à l'opacité, refus de la « lisibilité » administrative, recours aux cryptomonnaies pour échapper à la surveillance financière, développement d'économies parallèles et de systèmes d'arbitrage privé.

L'« art de ne pas être gouverné », comme le montre Scott à propos des hautes terres d'Asie du Sud-Est, n'est pas une utopie mais une pratique historique réelle. La vraie question posée par le cadastre et la statistique n'est donc pas leur précision ou leur efficacité, mais une question politique radicale : pourquoi accepterions-nous d'être mesurés, catégorisés et contrôlés contre notre gré ?

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