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Louis Buffet
Né à Mirecourt dans les Vosges en 1818 et mort à Paris en 1898, Louis Joseph Buffet est un homme d'État et économiste français du XIXe siècle. Avocat de formation, il mène une brillante carrière politique sous la Deuxième République puis sous la Troisième République : plusieurs fois ministre (Agriculture, Finances), président de l'Assemblée nationale (1873-1875) et enfin Président du Conseil de mars 1875 à février 1876. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques, il est également membre de la Société d'économie politique, qu'il rejoint après la Révolution de 1848. Spécialiste reconnu d'agriculture et d'agronomie, monarchiste modéré, il incarne un libéralisme pragmatique au service de l'État.
Un parcours politique complet
Louis Joseph Buffet mène une carrière brillante qui le conduit aux plus hautes responsabilités de l'État français. Avocat de formation, il entre en politique à la faveur de la Révolution de 1848, qui le porte à la Chambre des députés comme représentant de son département natal. Dès ses premiers pas dans l'arène parlementaire, il se fait remarquer par ses opinions modérées et son attachement à l'ordre établi, siégeant à droite de l'Assemblée et votant résolument la répression de l'insurrection ouvrière de juin 1848.
Sa fidélité à Louis-Napoléon Bonaparte lui vaut d'être appelé à deux reprises au ministère de l'Agriculture, en 1849 puis en 1851, avant que le coup d'État du futur Napoléon III ne le pousse à une retraite temporaire. Hostile à l'entreprise autoritaire du Prince-Président, Buffet se retire alors sur ses terres et se consacre à l'exploitation de son domaine de Ravenel, où il se forge une solide réputation d'agronome avisé.
Sous l'Empire "libéral" des années 1860, il retrouve le chemin des assemblées et devient ministre des Finances dans le cabinet d'Émile Ollivier en 1870, à la veille de la guerre franco-allemande. Mais c'est surtout sous la Troisième République que sa carrière atteint son apogée : président de l'Assemblée nationale de 1872 à 1875, vice-président du Conseil et ministre de l'Intérieur en 1875, il est finalement nommé Président du Conseil le 10 mars 1875, fonction qu'il occupe jusqu'en février 1876. Il est ensuite élu sénateur inamovible, couronnement d'une vie entièrement dévouée au service de l'État.
Un économiste aux compétences agricoles reconnues
Si l'histoire retient surtout de Louis Buffet l'homme politique, ses contemporains le considéraient également comme un économiste à part entière, doté d'une compétence rare dans le domaine agricole. Propriétaire du domaine de Ravenel, il y développe une exploitation modèle qui lui attire l'estime du monde agronomique. Cette double compétence, théorique et pratique, le distingue de nombreux économistes de salon, plus enclins à la spéculation intellectuelle qu'à l'observation concrète des réalités du sol.
Une caricature parue dans Le Charivari le 30 avril 1849 témoigne avec humour de cette réputation. On y voit Buffet représenté en train de « cultiver carottes, navets et topinambours, couronner les bœufs, encourager les veaux », selon une formule ironique qui souligne en creux sa véritable expertise. Loin d'être un simple administrateur, Buffet est un homme de terrain, familier des dures réalités de l'exploitation rurale.
Un libéral modéré au sein de la Société d'économie politique
C'est tout naturellement que Louis Buffet rejoint la Société d'économie politique entre 1848 et 1851, au moment où celle-ci se renouvelle après la tourmente révolutionnaire. Il y côtoie des figures aussi diverses que Félix Esquirou de Parieu, Émile Pereire ou encore d'Harcourt, tous réunis par un intérêt commun pour les questions économiques mais partagés entre des sensibilités politiques variées.
Sur l'échiquier politique, Buffet se situe à la droite du spectre libéral. Monarchiste modéré, admirateur du parlementarisme à l'anglaise, il défend un libéralisme pragmatique, tempéré par le souci de l'ordre et de la stabilité sociale. Il s'oppose ainsi aux radicaux comme Gustave de Molinari, tout en partageant avec eux la conviction que l'économie de marché et la liberté des échanges sont des facteurs de prospérité.
Un passeur d'influence
L'importance de Louis Buffet pour la Société d'économie politique dépasse la simple adhésion individuelle. En tant qu'homme d'État de premier plan, il sert de relais entre le monde savant des économistes et les sphères du pouvoir. C'est dans son gouvernement de 1875 qu'il appelle au ministère des Finances Léon Say, autre membre éminent de la Société, confirmant ainsi le rôle de l'institution comme vivier de talents pour la gestion économique du pays.
À travers cette nomination, Buffet illustre ce que l'on pourrait appeler le « libéralisme d'action » : une conception selon laquelle les idées économiques ne valent que si elles sont mises en œuvre par des hommes compétents et expérimentés, capables de les traduire en politiques publiques efficaces. En ce sens, il incarne parfaitement cette génération d'économistes praticiens qui firent la grandeur de la Société d'économie politique au XIXe siècle.
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