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Monnaie-marchandise

De Wikiberal

Une monnaie-marchandise est une monnaie qui s'appuie sur une marchandise comme un métal. La plus connue est l'or.

Introduction

Dans le troc, toute marchandise peut servir de moyen d'échange occasionnel. Une monnaie est soit une monnaie-marchandise, soit une monnaie-substitut, soit une monnaie-promesse, soit une monnaie-fiat. Chaque monnaie utilise un support monétaire.

La "marchandise" est ici un bien économique dont la valeur ne provient pas de la promesse d'un agent économique.

La monnaie-marchandise la plus connue est l'or, l'or-métal. L'or a servi de monnaie pendant des millénaires. Un but de la monnaie est de réduire le coût des transactions, de réduire le coût des échanges. Tout échange d'une marchandise a un coût non nul. La protection d'une marchandise a un coût. L'usage d'une monnaie-marchandise a un coût de transaction important.

Seigneuriage

Une pièce d'or est une monnaie-marchandise. Pour produire des pièces d'or, un orfèvre ou une banque travaille un lingot d'or, fabrique des pièces d'or d'une certaine forme et d'une certaine masse. Il y appose une marque sur les deux faces et un motif sur la tranche. Ainsi une rognure frauduleuse de la pièce deviendrait visible.

Cette opération de façonnage du métal en pièce a un coût. Pour financer ce coût, la masse réelle de la pièce est légèrement inférieure à sa masse nominale. Cette différence de masse est le "seigneuriage". Si l'émetteur est une autorité politique, celle-ci était souvent tentée d'augmenter le seigneuriage au-delà du coût de façonnage. Elle pouvait aussi instaurer le cours forcé de sa monnaie afin d'émettre plus de monnaie et d'augmenter encore son gain de seigneuriage. Le seigneuriage s'apparentait alors à un impôt.

Monnaie-marchandise

Un commerçant était payé avec une pièce d'or. Il la pesait avec un trébuchet. Et il la faisait "sonner" à son oreille pour en vérifier l'alliage d'or. Il l'acceptait si la pièce était "sonnante et trébuchante". Ce temps passé de vérification accroissait le coût de la transaction.

La valeur de cette pièce d'or dépend de la valeur de l'or, dépend du cours de l'or sur les marchés. L'émetteur de la pièce d'or ne peut en modifier la valeur. La quantité de monnaie-marchandise ainsi créée ne modifie pas la valeur de l'or. La masse monétaire ainsi produite ne modifie pas la demande, ne modifie pas les prix, n'induit pas d'inflation des prix.

Marchandise et monnaie-marchandise

Une bonne monnaie est divisible facilement. Les utilisateurs de monnaie-marchandise doivent en vérifier la qualité et la qualité à chaque transaction, à chaque échange. L'or fut une monnaie-marchandise pendant des siècles. Afin de faciliter cette tâche, l'or se présentait sous la forme de pièce. Le poids de l'or y était inscrit.

Puis, un monnayeur, souvent une autorité politique, apposa des signes sur les faces et sur la tranche de la pièce d'or. Ainsi le poids et la qualité du métal avaient été vérifiés par une autorité fiable au moment de la frappe de la pièce. Une telle pièce d'or est une monnaie-marchandise.

L'émetteur, le monnayeur ne promet pas que la pièce d'or qu'il a frappée conservera toutes ses qualités lors de sa circulation. La valeur de la pièce d'or sera peut-être rognée, voire contrefaite. L'émetteur promet que la pièce d'or est bonne au moment de la frappe. Mais l'émetteur ne promet rien sur la pièce d'or ensuite. Elle n'est donc pas une monnaie-promesse.

Protection d'un stock d'or

L'or est anonyme. Le coût d'un vol d'un stock d'or consiste dans les préparatifs, dans le risque de préjudice d'une action violente, dans le risque d'être tué ou d'être emprisonné, et dans le partage avec les complices. Après la réussite du vol, les complices peuvent jouir d'un or anonyme.

Si le coût total de l'agression est inférieur à la valeur du stock d'or, l'action violente est rentable pour les voleurs. Si, par hypothèse, le coût des préparatifs des voleurs est supérieur aux préparatifs des défenseurs, les voleurs vaincront les défenseurs. Les défenseurs sont les gardiens du stock d'or et la police. Il s'ensuit que le coût de protection du stock d'or tend vers la valeur du stock d'or. L'ingéniosité des défenseurs peut amoindrir ce coût hypothétique de la protection du stock d'or.

Le coût de possession d'or incite les déposants à confier leur or à une banque qui leur en garantit la protection à un coût de garde moindre.

Prêt de monnaie-marchandise

Un préteur prête de l'or à un emprunteur. Le prêt d'une telle monnaie-marchandise est un prêt ordinaire. L'emprunteur promet de verser un intérêt au prêteur et de lui rembourser le prêt. Le taux d'intérêt du prêt dépend du risque que l'emprunteur ne rembourse pas. Ce taux d'intérêt dépend aussi du taux que le prêteur aurait obtenu en investissant son capital dans une entreprise.

L'investisseur qui choisit de prêter une monnaie-marchandise espère recevoir un revenu analogue au revenu qu'il aurait obtenu en investissant autrement son capital. Le taux d'intérêt d'un prêt de monnaie-marchandise est donc proche de la rentabilité moyenne d'un capital investi.

Valeur d'une monnaie-marchandise

La valeur d'une monnaie-marchandise existe sans aucune promesse de son émetteur. Par exemple, une pièce d'or est une monnaie-marchandise. Elle a de la valeur par elle-même. La création d'une monnaie-marchandise ne se fait que par la production matérielle de la marchandise.

Une telle marchandise a deux usages. Une usage monétaire et un usage non monétaire. La marchandise dans son usage non monétaire a une utilité, une valeur. Cette valeur, cette utilité est l'origine de la valeur de la monnaie-marchandise. Ensuite, l'usage monétaire de la marchandise peut être plus important que l'usage non monétaire. Ainsi, l'or a de la valeur car il est utilisé dans la fabrication de bijoux et dans des processus industriels.

Demande de monnaie-marchandise

La demande d'une monnaie-marchandise est la somme de la demande de la marchandise pour son usage monétaire et de la demande pour son usage non monétaire.

Offre de monnaie-marchandise

L'offre de cette marchandise exige un investissement pour la produire. Elle s'adapte aux deux usages de la monnaie-marchandise, son usage monétaire et son usage non monétaire.

La transformation d'une marchandise d'un usage à un autre usage à un coût. Ce coût est engagé par les acteurs du marché lorsqu'un des deux usages est plus demandé.

Marché de la monnaie-marchandise

Les offres de vente de marchandise rencontrent les demandes d'achats. Des marchés sont organisés afin que les prix des transactions soient mieux connus de tous. Il en résulte un cours, un prix de cette marchandise à un moment donné.

Un valorimètre de monnaie peut être défini en utilisant les cours d'une telle marchandise.

Création monétaire d'une monnaie-marchandise

La création d'une monnaie-marchandise provient de la production de la marchandise elle-même et elle provient de la transformation de la marchandise d'un usage non monétaire à un usage monétaire.

Bibliographie

  • 1945, R. A. Radford, "The Economic Organisation of a P.O.W. Camp", Economica, 12(48), pp189–201

Citations

  • Disons-le encore, tellement c'est oublié, la monnaie est et ne peut être qu'une marchandise — certes particulière — mais obéissant comme les autres aux lois de l'économie : elle ne peut pas être créée ex nihilo, il faut qu'elle soit demandée, c'est-à-dire qu'elle corresponde à un besoin, et il faut qu'elle soit offerte, c'est-à-dire qu'elle doit être produite à un certain coût, qu'elle soit stockée, acheminée, etc. (...) Une fois transformée en monnaie, la marchandise en question n'est plus tout à fait une marchandise. Elle est à la fois marchandise et monnaie. (Philippe Simonnot, La monnaie : histoire d'une imposture, 2012)

Voir aussi

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