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Richard Nixon
Richard Milhous Nixon (1913-1994) fut le 37e président des États-Unis, un homme dont la carrière politique fut marquée par des succès éclatants et une chute retentissante. Né en Californie dans une famille modeste de confession quaker, il gravit les échelons politiques avec une détermination farouche. Sa réputation nationale se forgea dans les années 1940 et 1950 en tant qu'anticommuniste inflexible, d'abord comme membre de la Chambre des représentants où il s'illustra dans l'affaire Alger Hiss, puis comme sénateur de Californie. En 1952, à seulement 39 ans, il devint le vice-président de Dwight D. Eisenhower, poste qu'il occupa durant huit ans.
Après avoir perdu de justesse l'élection présidentielle de 1960 face à John F. Kennedy, puis celle au poste de gouverneur de Californie en 1962, Nixon annonça son retrait de la vie politique, déclarant aux journalistes qu'ils n'auraient plus "Nixon à embêter". Pourtant, il effectua un retour spectaculaire en 1968 en remportant la présidence, promettant de ramener l'ordre dans un pays déchiré par la guerre du Viêt Nam et les troubles civils.
Son mandat fut marqué par des réalisations diplomatiques majeures, notamment l'ouverture à la Chine et la politique de détente avec l'Union soviétique, ainsi que par des avancées de type progressiste sur le plan intérieur comme la création de l'Agence de protection de l'environnement (EPA). Finalement, son second mandat fut englouti par le scandale du Watergate, qui le contraignit à démissionner le 8 août 1974, faisant de lui le premier et unique président américain à quitter ses fonctions de cette manière.
L’Élection de Nixon et la Fin de l’Illusion libérale
L’élection de Richard Nixon à la présidence des États-Unis, en 1968, marqua un tournant décisif dans l’évolution du mouvement libertarien naissant, et plus largement dans la trajectoire de la droite américaine. Pour les conservateurs traditionnels, cette victoire représentait l’aboutissement d’une longue lutte idéologique et politique, le couronnement d’années d’efforts pour installer une vision résolument anti-socialiste à la tête du pays. Pour les libertariens, en revanche, elle fut le théâtre d’une désillusion profonde et définitive.
Jusqu’alors, une alliance tactique, bien que fragile, avait uni les deux courants contre l’ennemi commun qu’était la social-démocratie interventionniste de Roosevelt puis de ses successeurs démocrates. Les libertariens voyaient dans l’ascension de la droite conservatrice une opportunité de faire valoir des principes de marché libre et de réduction de l’État, même si leurs alliés de circonstance y ajoutaient une dimension moraliste et un impérialisme étranger qu’ils ne partageaient pas. L’élection de Nixon, perçue comme la promesse d’un retour à l’ordre et à la vertu, devait logiquement s’accompagner d’un démantèlement de l’appareil fédéral et d’un retrait des affaires du monde.
Il n’en fut rien. Le mandat de Nixon, loin de réduire l’emprise de l’État, en inaugura au contraire une phase d’expansion et de centralisation sans précédent. Sur le plan intérieur, il imposa des contrôles des prix et des salaires, instaura de nouvelles régulations environnementales avec la création de l’EPA (Environmental Protection Agency), et renforça les mécanismes d’intervention fédérale dans l’économie, trahissant ainsi les dogmes du libre-échange dont il s’était pourtant réclamé. Sur le plan extérieur, le président républicain n’hésita pas à poursuivre et même à intensifier l’engagement militaire au Vietnam pendant plusieurs années, avant de finalement amorcer un retrait qu’il mena en bon gestionnaire du pouvoir, non en idéologue pacifiste. Son administration se caractérisa également par une dérive autoritaire inquiétante, culminant avec le scandale du Watergate, qui révéla au grand jour les méthodes d’un exécutif prêt à tout pour maintenir son emprise, y compris au mépris des lois et des libertés fondamentales.
Pour les libertariens, qui avaient placé leurs espoirs dans une droite dont ils croyaient pouvoir infléchir la ligne, ce fut la douloureuse confirmation de leur naïveté politique. Leur engagement au sein des mouvements conservateurs, comme les Young Americans for Freedom, apparut soudain comme une impasse. L’administration Nixon ne se contentait pas de ne pas tenir ses promesses ; elle incarnait, par son interventionnisme tous azimuts et son mépris des libertés individuelles, tout ce que les anarchistes de marché et les individualistes radicaux abhorraient. La frontière qui séparait leur idéal de liberté absolue de la pratique étatiste des deux grands partis se révéla infranchissable.
Cette désillusion eut un effet catalytique. Elle sonna le glas de l’alliance tactique avec la droite et poussa de nombreux libertariens à reconsidérer radicalement leur stratégie. Plutôt que de tenter de réformer un système qui les trahissait systématiquement, ils comprirent la nécessité de construire un mouvement politique et intellectuel pleinement autonome, affranchi des compromis qui n’avaient fait que les affaiblir. Ce fut précisément cette prise de conscience qui, en même temps que Murray Rothbard s’engageait dans le Peace and Freedom Party avec des gauchistes hostiles à la guerre, ouvrit la voie aux rassemblements et aux scissions internes qui allaient redéfinir la gauche et la droite américaines, et qui menèrent à l’émergence d’un mouvement libertarien organisé, distinct et cohérent, dont les prémices se dessinaient déjà à la fin des années 1960.
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