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Noblesse

De Wikiberal.

La noblesse est une classe sociale basée sur l'hérédité, dont les membres ont montré leur valeur, ou sont censés avoir hérité leur valeur de leurs ancêtres.

Alexis de Tocqueville montre dans l'Ancien régime et la Révolution, que la France pré-révolutionnaire est marquée par la remise en cause progressive du pouvoir de la noblesse par l'État (on assiste par exemple à un accroissement du pouvoir des intendants aux dépens des Seigneurs).

La dynamique politique française est très différente de l'anglaise, parce qu’elle repose sur l’appel fait par la royauté à la bourgeoisie contre la noblesse. La vénalité des charges, la création d’une noblesse du service administratif et judiciaire de l'État en est un exemple. C’est l'État et son administration qui, créant des conditions d’égalité et d’unité, paraît promettre davantage la liberté comme protection, à l’encontre des privilèges seigneuriaux ; en un sens, l'État royal, comme monarchie administrative, est libérateur, émancipateur : à la suite de Delolme, l’historien britannique Henri Thomas Buckle consacre un chapitre de son Histoire de la civilisation en Angleterre à « l’esprit de protection » en France, par opposition aux tendances anglaises. La Révolution française s’inscrit dans cette logique, dans la mesure où elle refuse tout compromis avec la noblesse (devenue une classe improductive, parasite) et où elle crée d’en haut (par l’occupation de l'État par la bourgeoisie) des cadres de la liberté : droits de l’Homme et codification achevée par Napoléon, représentation, conditions du vote, redistribution des biens de l'Église et de la noblesse, dits « biens nationaux » (terme révélateur).

On peut observer, par la suite, que le libéralisme en France ne s’exerce pas contre l’Etat et au profit des libertés locales : il essaye de créer, de façon volontariste, l’annulation politique de la noblesse, et la direction du pays par la bourgeoisie éclairée. Il a ses adversaires dans ceux qui rejettent non seulement les droits de l’homme mais aussi les institutions nouvelles : la partie de la noblesse qui refuse 1789, l’Église qui ne peut supporter de perdre ses attributions. D’où les grandes difficultés du « catholicisme libéral » (Lamennais, Montalembert, Lacordaire) pour réconcilier l'Église de France avec les libertés modernes. Pour accentuer la différence avec l’Angleterre, le libéralisme en France sépare très vite l'Église de l'État au lieu d’installer un chef de l'État comme chef spirituel (anglicanisme). Mais le grand problème pour les libéraux français est que, comme ils le disent eux-mêmes (Tocqueville par exemple), la Révolution française « continue » tout au long du XIXe siècle : ce qui signifie le conflit entre la bourgeoisie libérale et la noblesse fidèle à l’Ancien Régime (« ultras » de la Restauration, monarchistes de 1871), entre les « principes de 1789 » et la société organique (corps, privilèges, inégalité juridique, particularismes). Cette guerre prolongée rend presque impossible, pour le libéralisme au pouvoir, de faire sa place au pluralisme : crainte du privilège, crainte de l’esprit provincial, crainte du déchirement de l’unité nationale.

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