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G. F. W. F. de Cœlln
G. F. W. F. de Cœlln (1766-1820) est un haut fonctionnaire et économiste prussien, conseiller à la cour des comptes de Berlin puis collaborateur du réformateur Hardenberg. Figure du libéralisme caméraliste allemand, il a œuvré pour la modernisation agraire et financière de la Prusse après les défaites napoléoniennes.
La formation et l'engagement d'un caméraliste libéral
G. F. W. F. de Cœlln (Gottfried Friedrich Wilhelm Ferdinand von Coelln) naît en 1766 à Œrlinghausen (principauté de Lippe) et reçoit une formation de caméraliste, cette science allemande de l'administration publique qui enseigne la gestion des finances, de l'agriculture et de l'industrie d'un État. Cette tradition n'est pas hostile à l'État ; elle veut le perfectionner de l'intérieur. En [[1806}}, il est conseiller à la cour des comptes de Berlin, un poste de technicien de la dépense publique, soucieux de rigueur et de transparence. Lorsque les Français occupent Berlin la même année, Cœlln refuse de prêter serment à Napoléon, un acte de résistance patriotique qui est aussi un acte libéral : il défend la souveraineté prussienne contre l'arbitraire impérial. Destitué, il profite de son exil forcé pour écrire des ouvrages critiques sur l'administration financière. Il dévoile les défauts du système, ce qui lui vaut des persécutions et le contraint à fuir en Autriche. Être persécuté pour ses écrits, c'est porter la posture du libéral dissident qui paie de sa liberté son courage intellectuel.
La "nouvelle science de l'État" et le ralliement aux réformateurs
En exil, il publie Die neue Staatsweisheit (La nouvelle science de l'État, 1812). Le titre est programmatique : il ne rejette pas l'État, mais veut le refonder sur des bases plus rationnelles et plus libres. Le climat politique a changé : la Prusse, humiliée par Napoléon, comprend qu'elle doit se réformer ou mourir. Rappelé à Berlin, Cœlln travaille dans le cabinet du prince de Hardenberg, le grand réformateur prussien. Hardenberg est un libéral, mais un libéral qui agit par décret royal, non par débat parlementaire. Cœlln participe ainsi, comme expert, au vaste mouvement de réformes qui transforme la Prusse : abolition du servage (1807), liberté de l'industrie (1810), réforme municipale (1808), réforme de l'armée. Ce libéralisme est top-down : c'est l'État absolutiste éclairé qui se réforme lui-même.
Les "Matériaux" pour une législation économique libérale
En 1817, Cœlln publie son ouvrage le plus important : Materialien für die preussische staats-wirthschaftliche Gesetzgebung (Matériaux pour la nouvelle législation économique de la Prusse). Cette compilation « estimée » fournit des renseignements utiles sur la législation agraire promulguée à cette époque. La question agraire est en effet centrale pour les libéraux prussiens : abolir les droits seigneuriaux, libérer la terre, créer une paysannerie propriétaire. Cœlln est au cœur de cette révolution agricole libérale. Comme les libéraux classiques, il soutient la liberté d'industrie (suppression des corporations), mais en Prusse cette liberté est octroyée par l'État, non conquise par la révolution. Cœlln est ainsi un caméraliste libéral : il maîtrise la science de l'administration mais la met au service de la liberté économique. Pour lui, un bon État est celui qui s'efface devant l'initiative privée... tout en restant fort. Il ne réclame ni suffrage universel, ni république : son libéralisme est d'abord économique et administratif (transparence des comptes, liberté du sol, liberté du travail).
Un libéral pragmatique, sans doctrine universelle
Contrairement à Frédéric Bastiat ou Jean-Baptiste Say, Cœlln n'a pas de système universel. Il n'écrit pas de traité d'économie politique générale. Il produit des matériaux, des avis, des expertises pour la Prusse. Ce libéralisme prussien est avant tout pragmatique : on réforme pour que l'État fonctionne mieux, pas pour obéir à un dogme. Cœlln est un ingénieur du social, non un métaphysicien de la liberté. Il associe le libéralisme et le patriotisme national : la lutte contre l'occupant français est une lutte pour la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes. Il meurt le 13 janvier 1820, au moment où la Prusse entre dans une période de réaction conservatrice. Son libéralisme, celui des réformes de Stein et Hardenberg, est déjà menacé par le retour de l'absolutisme. Cœlln reste dans l'ombre du grand Hardenberg, conseiller technique plus que nom célèbre. Son héritage influencera pourtant des penseurs comme Friedrich List (protectionnisme éducateur) ou les "Kathedersozialisten". En conclusion : G. F. W. F. de Cœlln est un libéral, mais d'une espèce particulière, un libéral caméraliste, serviteur de l'État réformateur, patriotique, pragmatique, sans doctrine universelle. Le mot "libéral" n'avait pas le même sens à Berlin en 1817 et à Paris en 1848. C'est là toute son originalité.
Informations complémentaires
Publications
- 1812, "Die neue Staatsweisheit", (La nouvelle science de l’État), Berlin
- 1817, "Materialien für die preussische staats-wirthschaftliche Gesetzgebung", (Matériaux pour servir à la nouvelle législation économique de la Prusse), Leipzig
Littérature secondaire
- 1864, très courte notice biographique anonyme, vraisemblablement écrite par Maurice Block, CŒLLN (G. Fréd. W. Ferd. de), In: Charles Coquelin, Gilbert Guillaumin, dir., "Dictionnaire de l'économie politique", Paris: Editions Guillaumin, 3ème édition, Vol 1, p390