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Jean-Denis Cochin

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Jean-Denis Cochin, né en 1789 à Paris et mort en 1841 dans la même ville, est un avocat, philanthrope et réformateur social français. Ancien maire du XIIe arrondissement de Paris, il est surtout connu pour avoir fondé en 1826 la première salle d'asile (crèche) modèle à Paris, destinée à accueillir les jeunes enfants des classes laborieuses. Auteur d'un rapport sur L'extinction de la mendicité (1829) et d'un Manuel des fondateurs et des directeurs des premières écoles de l'enfance (1834), il est une figure majeure du catholicisme social et un précurseur des institutions privées de protection de l'enfance.

L'innovateur social par l'initiative privée, sans attendre l'État

En 1826, Jean-Denis-Marie Cochin fonde à Paris la première salle d'asile modèle. Ce geste est fondateur non par son ampleur, mais par sa méthode : Cochin n'attend ni décret, ni subvention, ni autorisation administrative. Il agit seul, avec ses propres moyens et ceux de mécènes privés. Il est l'archétype de l'entrepreneur schumpétérien : il innove, prend des risques, crée une institution nouvelle sur un territoire que l'État ignore. La France jacobine et centralisée héritée de Napoléon n'a pas de politique d'accueil des jeunes enfants. Cochin ne la réclame pas ; il la fabrique. C'est le libéralisme en actes : résoudre un problème concret par l'initiative personnelle, non par les pétitions à l'administration publique.

Le manuel comme outil d'essaimage, non de la centralisation

En 1834, Jean-Denis Cochin publie son Manuel des fondateurs et des directeurs des premières écoles de l'enfance. Ce n'est pas un règlement étatique. C'est un guide pratique, un mode d'emploi destiné à encourager d'autres initiatives locales. Cochin ne veut pas que l'État prenne le contrôle ; il veut que des entrepreneurs sociaux (religieux, notables, bourgeois éclairés) se lancent partout en France sur le modèle qu'il a expérimenté. La standardisation qu'il propose est celle de la bonne pratique librement adoptée, non celle de la norme contraignante. C'est le "libre essaimage" d'une innovation vertueuse, exactement ce que les théoriciens du tiers secteur appellent aujourd'hui le passage à l'échelle par la société civile.

L'extinction de la mendicité par l'autonomie, non par l'assistanat

Son rapport sur L'extinction de la mendicité (1829) est mal compris si on y voit une préfiguration de l'État-providence. Cochin ne propose pas une prise en charge généralisée par l'État. Il suggère des solutions locales, personnalisées, fondées sur le travail et l'éducation. La salle d'asile elle-même a un objectif profondément libéral : permettre aux mères pauvres de travailler (en laissant leurs enfants en sécurité), brisant ainsi le cycle de la mendicité par l'autonomie économique, non par l'aumône. Loin de l'assistanat qui enferme, Cochin veut donner aux pauvres les moyens de se passer de la charité publique. C'est la logique du travail contre l'assistance, que revendiquaient aussi bien les libéraux que les républicains méritocratiques.

Cochin, précurseur du subsidiarité et du social business

Cochin n'est pas un fonctionnaire déguisé. Il est avocat et ancien maire, certes, mais son œuvre marquante est celle d'un acteur de la société civile. Il crée un réseau de salles d'asile privées, financées par des dons, gérées par des associations locales, animées par des religieuses bénévoles. L'État n'intervient pas. Cochin prouve que la société peut se prendre en charge elle-même. On peut le rapprocher de Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank (microcrédit) : un entrepreneur social qui résout par l'initiative privée un problème que l'État ne résolvait pas. Si le mot existait, on dirait que Cochin est un social businessman avant la lettre : une entreprise non lucrative, tournée vers l'intérêt général, mais indépendante de l'État. À une époque où l'État français veut tout régenter, Cochin ouvre une troisième voie : celle de la société civile organisée, plus agile, plus proche, plus innovante que l'administration. C'est une leçon de libéralisme pratique dont nous avons encore besoin aujourd'hui.

Informations complémentaires

Publications

  • 1829, "De l’extinction de la mendicité. Rapports faits les 27 mars et 29 novembre 1829(, Paris: Mesnier
  • 1834, "Manuel des fondateurs et des directeurs des premières écoles de l’enfance connues sous le nom de salles d’asile", Paris: Hachette
    • 3ème édition en 1845

Littérature secondaire