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Monétarisme

De Wikiberal

Courant de pensée théorique, le monétarisme accorde à la monnaie un rôle important dans les mouvements économiques.

Tombé pratiquement dans l’oubli devant la poussée keynésienne, le courant monétariste a connu depuis les années 1960 un renouveau certain, dû au développement des tendances inflationnistes, avec des auteurs anglo-saxons et surtout américains (Milton Friedman). Ce courant a redonné vie à l’ancienne théorie quantitative, qui établissait une relation directe entre le niveau de la masse monétaire, celui de l’offre de biens et de services et celui des prix. Plus précisément, selon cette théorie, les variations de la masse monétaire n’avaient d’influence que sur l’évolution du niveau général des prix et sur la valeur nominale des grandeurs économiques les plus importantes.

Dans sa version actuelle, le courant monétariste reprend cette idée de la théorie quantitative, mais il la complète en matière de court terme, aboutissant à la conclusion que les variations de la masse monétaire provoquent, dans un délai assez bref, des variations en volume du niveau d’activité économique qui précèdent de quelques mois des modifications de prix. Ainsi, étudiant l’histoire monétaire des États-Unis, Milton Friedman et Anna Schwarz ont évalué les taux de variation du stock monétaire dans le temps et ont découvert un modèle d’oscillations cycliques ; le taux de progression de la masse monétaire connaît un maximum au moins un an avant le sommet de chaque cycle économique et un minimum bien avant le point le plus bas de chaque cycle, mais il y a des fluctuations considérables dans les décalages entre les variations monétaires et les points de retournement du cycle économique. Il est donc très difficile de mener une politique monétaire souple, et Friedman en conclut que la meilleure politique monétaire serait d’assurer une augmentation continue de la masse monétaire pour tenir compte de la croissance de la production et du déclin séculaire de la vitesse de circulation de la monnaie — en opposition avec l'École autrichienne qui soutient généralement que "la meilleure politique monétaire est de ne pas en avoir" (Pascal Salin).

Cette diminution de la vitesse de circulation de la monnaie tient au fait que, la monnaie étant un bien supérieur, la demande pour les services de la monnaie augmente plus que proportionnellement à l’accroissement du revenu. Cette tendance à la diminution de la vitesse de la circulation n’exclut pas son accroissement lors des phases d’expansion du cycle économique, parce que le revenu perçu est supérieur au revenu permanent. Les formulations du nouveau courant monétariste mettent donc l’accent sur la demande de monnaie et, en analysant les facteurs mieux que les quantitativistes traditionnels, elles mettent en relief l’influence de l’offre de monnaie sur les mouvements de prix sans pour autant retenir une stricte proportionnalité entre leurs variations.

Critique autrichienne

Tout comme les monétaristes, l'École autrichienne d'économie s'intéresse au rôle de la monnaie dans l'économie. Mais les auteurs autrichiens (Friedrich Hayek, Roger Garrison) reprochent aux monétaristes de ne pas prendre en compte la structure de la production. Les monétaristes voient la monnaie s'introduire dans l'économie de façon équitable selon les activités (l'image de l'air déplacé par l'hélicoptère). Au contraire, les autrichiens considèrent que la monnaie s'introduit dans la structure de production de façon disproportionnée selon la production de biens de consommations, de biens intermédiaires ou des biens de production.

Les économistes autrichiens s'opposent également aux monétaristes quant au rôle de la banque centrale :

Quoique leurs évaluations des dangers de l'inflation divergent considérablement, keynésiens et monétaristes s'entendent en effet sur un point crucial : la banque centrale doit, selon le jargon financier, « injecter des liquidités » dans l'économie en période de crise. C'est-à-dire qu'elle doit créer artificiellement de la monnaie de façon à soutenir l'activité économique, à protéger les banques de la faillite et à éviter qu'un réajustement temporaire se transforme en récession ou en dépression prolongée. (Martin Masse)

La critique autrichienne souligne l'échec constant des plans de relance et des politiques d'assouplissement quantitatif inspirées du monétarisme qui ne font que reporter la crise à plus tard et l'aggraver. Elle préconise le retour à l'étalon-or et la privatisation de la monnaie. Elle met en cause l'interventionnisme propre au monétarisme :

Bien qu'associé à la pensée libérale, le monétarisme est une doctrine fondamentalement interventionniste. Plutôt que de mettre en cause les papiers-monnaies et les banques centrales modernes, il leur fournit des justifications et des modèles d'action. En matière théorique, il se fonde sur une synthèse entre l'approche classique et celle keynésienne, ne s'opposant à cette dernière qu'en matière politique. (Nikolay Gertchev, article "monétarisme" du Dictionnaire du libéralisme)

Chartalisme et métallisme

L'opposition entre monétaristes et "autrichiens" est ancienne, et reflète une opposition historique quant au rôle de la monnaie entre "chartalistes" et "métallistes".

Pour les chartalistes et néochartalistes (Modern Monetary Theory), la monnaie est une monnaie fiduciaire, créée par l’État ou sous contrôle de l’État, et considérée comme une avance pour des taxes à payer (ce sont les impôts qui lui donnent sa valeur d'échange[1]) ; le but de l'impôt n'est pas de financer les dépenses publiques mais de détruire la monnaie créée ; les déficits n'ont pas d'importance[2] puisque l’État peut créer autant de monnaie qu'il veut. Ce point de vue a influencé tant les keynésiens que les monétaristes.

Pour les "métallistes" au contraire, la monnaie représente un bien recherché par tous, comme les métaux historiquement, et le chartalisme conduit nécessairement à la faillite, à l'hyperinflation ou à l'hypertaxation :

D'après la perspective étatiste de cette école, la puissance, le pouvoir (Macht), constitue le facteur décisif de la vie sociale. Que même le plus puissant gouvernement ne soit pas libre de tout faire, qu'il existe certaines conditions inaltérables de l'existence humaine, non susceptibles d'être influencées par la plus puissante intervention, voilà des propositions qu'elle n'admit jamais. L'étude de la théorie économique était inutile selon elle, car les diverses constructions de l'économie théorique passaient toutes à côté du fait que le gouvernement aurait le pouvoir de changer toutes les conditions. (Ludwig von Mises, Monnaie, méthode et marché)
Ce sont des gens qui considèrent que la monnaie n’est qu’un intermédiaire pour faciliter les échanges, ils pensent que la monnaie ne constitue pas et ne doit pas constituer une richesse en elle-même. (Bruno Bertez, L'AGEFI, 05/10/2015)
Tout le tour de passe-passe repose sur une sorte de schizophrénie, de clivage. Les Banques Centrales et les Gouvernements ne seraient pas des agents économiques comme les autres, ils seraient tout puissants, auraient la connaissance universelle. Bref, ils ne sont pas de ce monde. Hélas, les Banques Centrales sont des banques comme les autres, les gouvernements des prestataires de services comme les autres, tout ce beau monde est soumis à la Loi de la Valeur et la Loi de la rareté. (Bruno Bertez, L'AGEFI, 15/09/2014)

Monétaristes célèbres

Notes et références

  1. On peut même imaginer un système de paiement court-circuitant le système bancaire classique et reposant uniquement sur les "comptes fiscaux" des entités économiques. Un tel système avait été prévu comme "plan B" en Grèce en 2015 (voir Conférence téléphonique entre Yanis Varoufakis, Norman Lamont et David Marsh le 16 Juillet 2015).
  2. "Deficits don't matter. Budget deficits are not the major problem, since fiat money means that governments can always make more of them."

Sources

  • 1971, Karl Brunner et Allan Meltzer, "The Use of Money : Money in the Theory of Exchange Economy", American Economic Review, Dec., pp784-805
  • 1974, Karl Brunner, Monetary Management, Domestic Inflation, and Imported Inflation, In: Robert Z. Aliber, Dir., National Monetary Policies and the International Financial System. Chicago: University of Chicago Press, pp179-208
  • 1975, David Laidler, Essays on Money and Inflation. Chicago: University of Chicago Press, 1975
  • 1977, David Laidler, The Demand For Money: Theories and Evidence. New York: Harper and Row, 1977
  • 1981, David Laidler, "Monetarism: An Interpretation and an Assessment." Economic Journal 91 (March 1981): 1-28
  • 1983, Axel Leijonhufvud, Keynesianism, Monetarism, and Rational Expectations: Some Reflections and Conjectures, In: R. Frydman et E. S. Phelps, dir., Individual Forecasting and Aggregate Outcomes, Cambridge: Cambridge University Press, pp203-222
  • 2000, Bradford J. DeLong, The Triumph of Monetarism?, Journal of Economic Perspectives, 14 (1)

Citations

  • L’objectif friedmanien est de dépolitiser la gestion de la monnaie en adoptant une fois pour toutes une règle de croissance monétaire optimale. Friedman a même lancé le pourcentage de 3 % par an, comme chiffre permettant une expansion économique sans inflation. Un tel chiffre est d’une apparence bénigne, mais il n’en correspond pas moins à un doublement des prix en moins de vingt-quatre ans. Il en dit long sur ce que l’on appelle la stabilité de nos jours. (Philippe Simonnot)
  • Les monétaristes, bornant leur réflexion à la quantité de monnaie comme seul facteur déterminant les prix, soulèvent plus de questions qu’ils ne fournissent de réponses. [Pour résoudre le problème des cycles économiques], le monétarisme ne nous est d’aucune aide, puisqu’il refuse l’idée de la monnaie-marchandise et rejette la théorie subjective de la valeur. (Ludwig von Mises, Critique of Interventionnism)

Liens externes

En français

En anglais



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