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Mirabeau

De Wikiberal
(Redirigé depuis Comte de Mirabeau)
Mirabeau
homme politique

Dates 1749-1791
Honoré Gabriel Riqueti de Mirabeau.jpg
Tendance
Origine France France
Articles internes Liste de tous les articles

Citation Quand on se mêle de diriger une révolution, la difficulté n'est pas de la faire aller, mais de la retenir
inter lib.org sur Comte de Mirabeau

Honoré Gabriel Riquetti comte de Mirabeau né au Bignon, Loiret, le 9 mars 1749 et mort à Paris le 2 avril 1791, fils de Victor Riquetti de Mirabeau, est le plus grand orateur de la Révolution française. Il a tenté vainement de réconcilier la révolution et la royauté.

Biographie

Comme le souligne François Furet, du rejeton le plus méprisé de l'ancienne noblesse, la Révolution fait le personnage le plus brillant de l'Assemblée constituante. Fils de l'Ami des hommes qui est tout sauf un père tendre, il mène une vie de débauches et d'excès, se retrouve au château d'If puis à Vincennes, plaide contre son père et contre sa femme, et cherche vainement à s'imposer comme philosophe. Comme les jeunes roturiers de sa génération, il veut se faire un nom par ses livres. En attendant, il vend sa plume. Le grand tournant date de 1788, les ministres du roi souhaitent disposer de son talent contre les parlements qui ont donné le signal de la révolte. Il refuse et dans une lettre au ministre Montmorin, le 18 avril 1788, se justifie ainsi : je ne ferai jamais la guerre aux parlements qu'en présence de la nation. Il va être l'homme des temps nouveaux.

Rejeté par son ordre, il est élu député du Tiers d'Aix-en-Provence le 6 avril 1789. Il s'impose rapidement par ses talents oratoires. Qui est à la fois assez démocrate et assez aristocrate pour incliner le drapeau de la tradition devant celui de la Révolution ? Mirabeau est le seul noble assez déclassé, et le seul déclassé assez noble, pour unir le passé à cet avènement (Furet). Il va être la voix de la Révolution mais il en comprend vite les dangers : Quand on se mêle de diriger une révolution, la difficulté n'est pas de la faire aller, mais de la retenir. Ses adversaires jaloux de son influence repoussent son projet de faire choisir les ministres parmi les Constituants.

Dès 1790, il signe un accord secret avec la Cour pour conseiller la famille royale : ses dettes sont payées et il reçoit 6000 livres par mois. Très vite l'accusation de corruption est portée contre lui : il agit pourtant dans la tradition d'Ancien Régime où le service du roi se monnaye en argent et récompense. A défaut d'être le premier ministre, il sera le ministre secret. Ayant accès directement à Louis XVI et Marie-Antoinette, il nourrit l'espoir de conforter mutuellement la monarchie et la Révolution. Un pouvoir royal fort dans la nouvelle société d'individus égaux est une nécessité pour éviter que le régime d'assemblée représentative n'aliène la souveraineté nationale à une nouvelle aristocratie. Un roi fort est une garantie de la nation en face de l'assemblée. Il veut par là donner à la démocratie moderne l'ancrage de l'autorité traditionnelle. Il tente de séparer la famille royale de la Contre-Révolution et d'autre part d'influencer la Constituante dans le sens d'un équilibre des pouvoirs. A sa mort, hélas, le roi est moins que jamais réconcilié avec la Révolution, et la Révolution moins que jamais décidée à partager avec le roi (François Furet).

Sources

  • François Furet, "Mirabeau" in Furet et Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution française, Champs Flammarion 1992.


La séance du 23 juin 1789

M. le comte de Mirabeau se lève avec le ton et les gestes de l’indignation, et répond ainsi :

« Oui, Monsieur, nous avons entendu les intentions qu’on a suggérées au roi ; et vous, qui ne sauriez être son organe auprès des États généraux, vous, qui n’avez ici ni place, ni droit de parler, vous n’êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter tout équivoque et tout délai, je déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes. D'une voix unanime, les députés se sont écriés : « Tel est le vœu de l'Assemblée. »

Le grand-maître des cérémonies se retire.

Un morne silence règne dans l'Assemblée.

[…]

M. le comte de Mirabeau. C’est aujourd’hui que je bénis la liberté de ce qu’elle mûrit de si beaux fruits dans l’Assemblée nationale. Assurons notre ouvrage, en déclarant inviolable la personne des députés aux États généraux. Ce n’est pas manifester une crainte : c’est agir avec prudence ; c’est un frein contre les conseils violents qui assiègent le trône.

Après un court débat, cette motion est adoptée à la pluralité de 493 voix contre 34 ; et l’Assemblée se sépare après avoir pris l’arrêté suivant :

« L’Assemblée nationale déclare que la personne de chaque député est inviolable ; que tous particuliers, toutes corporations, tribunal, cour ou commission qui oseraient, pendant ou après la présente session, poursuivre, rechercher arrêter ou faire arrêter, détenir ou faire détenir un député, pour raisons d’aucunes propositions, avis, opinions, ou discours par lui faits aux États généraux ; de même que toutes personnes qui prêteraient leur ministère à aucun desdits attentats, de quelque part qu’ils fussent ordonnés, sont infâmes et traîtres envers la Nation, et coupables de crime capital. L’Assemblée nationale arrête que dans les cas susdits, elle prendra toutes les mesures nécessaires pour rechercher, poursuivre et punir ceux qui en seront les auteurs, instigateurs ou exécuteurs.  »
    — Le Moniteur Universel, 25 juin 1789, p. 48

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