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Contre-économie

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La contre-économie est une approche des militants et théoriciens libertariens américains Samuel Edward Konkin III et J. Neil Schulman. Selon eux, il est d'un principe moral d'accepter l'existence du marché noir, du marché informel ou du marché gris à la condition qu'il ne soit pas un marché rouge (marché où se présente une agression d'un individu contre un autre).

Il est essentiel de faire la distinction entre la contre-économie et d'autres concepts apparentés. La contre-économie se concentre sur des actions pacifiques mais interdites par l'État. En revanche, le marché libre vise à promouvoir des échanges volontaires et légaux. Le marché noir implique des transactions illégales, tandis que la désobéissance civile concerne la protestation contre des lois injustes. La contre-économie se situe à la croisée de ces concepts, en englobant un large éventail d'actions pacifiques, mais illégales à ce jour, visant à affaiblir la prévalence autoritaire de l'État.

La théorie de la contre-économie

En 1974, lors d'une conférence à Cheshire, dans le Massachusetts, Samuel Edward Konkin III a présenté pour la première fois la théorie de la contre-économie. Il a posé les fondements de cette idée en définissant la contre-économie comme l'étude ou la pratique de "toutes les actions humaines pacifiques qui sont interdites par l'État". Cette présentation initiale a jeté les bases de ce concept qui visait à contourner les restrictions imposées par l'État en engageant des actions pacifiques mais jugées illégales par l'État.

Le roman "Alongside Night" de J. Neil Schulman, publié en 1979, a joué un rôle crucial dans la diffusion de la théorie de la contre-économie. Ce roman de science-fiction a mis en scène un monde où la contre-économie joue un rôle central dans la lutte pour la liberté individuelle. Il a fourni une vision concrète et romancée de la manière dont la contre-économie pourrait être utilisée comme une stratégie pour atteindre une société libertarienne. Le livre a contribué à populariser la contre-économie et à la rendre plus accessible au grand public.

L'agorisme, développé par Samuel Edward Konkin III, est une philosophie sociale qui a intégré la contre-économie comme un élément clé de sa stratégie. Selon l'agorisme, la croissance de l'économie souterraine, souvent qualifiée de "marché noir", est le moyen le plus efficace pour affaiblir l'autorité morale et le pouvoir de l'État. L'idée est de développer un réseau parallèle d'échanges basé sur la volonté individuelle, échappant ainsi aux contrôles et aux réglementations de l'État.

Selon Samuel Konkin, la contre-économie comprend toutes les activités entrepreneuriales pacifiques qui sont interdites par l'État. L'existence de ce secteur est inévitable et sain, selon cette vision, car elle prépare le monde en cas de désaffection momentanée ou longue de l'État. Pratiquer la contre-économie signifie donc, dans la mesure du possible, contourner les restrictions que l'État impose à ses activités pacifiques. En trouvant des moyens de le faire, le contre-économiste crée le cadre d'une nouvelle société dans la coquille de l'ancienne. Il est certain, par exemple, qu'en France, la présence de nombreux chasseurs et contrebandiers sans permis de chasse ont permis la formation rapide de jeunes gens qui se sont rapidement enrôlés dans la résistance pour relever la France du désastre de la défaite de 1940. Sans la présence de ces acteurs de la zone grise, nul ne sait si la France ou l'Europe aurait pu se sortir du national socialisme (nazisme). Récemment, les Cypherpunks ont créé des technologies qui se rapprochent de l'idéal du crypto-anarchisme de la contre-économie avec des outils et des techniques de communication et de commerce qui se maintiennent hors de la portée de l'État (par exemple, la cryptomonnaie dont le Bitcoin avec ses attributs de décentralisation, d'anonymat, internationalement mobile, de faible coût de production ; ou de Bitmessage).

La contre-économie englobe un large éventail d'actions humaines pacifiques qui sont interdites par l'État. Cela inclut le marché noir, la désobéissance civile, le troc, l'évasion fiscale, et bien d'autres. L'idée fondamentale est de permettre aux individus de s'engager dans des activités qui, bien que pacifiques, sont considérées comme illégales par l'État. Cela vise à affaiblir la prévalence autoritaire de l'État en montrant qu'un grand nombre de personnes sont prêtes à enfreindre ses règles.

Exemples de pratiques volontaires de la contre-économie

1. Troc et utilisation de devises alternatives

Le troc et l'utilisation de devises alternatives sont des pratiques courantes de la contre-économie. Le troc implique l'échange direct de biens ou de services sans passer par une monnaie officielle. Cette méthode échappe au contrôle de l'État sur la monnaie et les taxes. De plus, l'utilisation de devises alternatives, telles que les crypto-monnaies, les monnaies locales ou les systèmes d'échange en marge du système financier traditionnel, permet aux individus de mener des transactions financières en contournant le système bancaire traditionnel et les réglementations monétaires.

2. Immigration illégale ou l'embauche d'immigrants illégaux

L'immigration illégale et l'embauche d'immigrants illégaux sont des actions de la contre-économie qui impliquent la mobilité des travailleurs à travers les frontières nationales sans respecter les lois sur l'immigration. Les employeurs qui embauchent des immigrants illégaux ou les individus qui entrent illégalement dans un pays contournent les réglementations étatiques en matière d'immigration. Cette pratique permet aux travailleurs de trouver des opportunités d'emploi en dehors du cadre légal, tout en offrant aux employeurs une main-d'œuvre souvent moins coûteuse.

3. Échange de bons alimentaires

L'échange de bons alimentaires, ou coupons alimentaires, sur le marché noir est une autre pratique de la contre-économie. Les individus qui participent à cette activité vendent ou échangent des bons alimentaires pour obtenir de l'argent comptant ou d'autres biens et services. Cela peut constituer une source de revenus non déclarée, permettant de contourner les restrictions liées à l'utilisation des bons alimentaires.

4. Crédit pair à pair

Le crédit pair à pair est une pratique qui repose sur des accords informels entre individus ou groupes pour fournir des services financiers sans passer par des institutions financières traditionnelles. Il s'agit d'une forme d'économie informelle où les participants accordent leur confiance les uns aux autres pour des prêts, des investissements ou d'autres transactions financières.

5. Énergie autonome et énergie alternative auto-produite et distribuée

L'utilisation de sources d'énergie autonome, notamment l'énergie solaire, est une pratique de la contre-économie visant à réduire la dépendance envers les fournisseurs d'énergie contrôlés par l'État. Les individus ou les communautés peuvent installer des systèmes d'énergie solaire hors réseau, échappant ainsi aux réglementations et aux taxes imposées par les services publics traditionnels.

6. Contrebande

La contrebande implique l'importation ou l'exportation illégale de biens, souvent en contournant les droits de douane et autres réglementations douanières. Les contrebandiers cherchent à échapper aux contrôles gouvernementaux et aux taxes en important ou exportant des produits de manière non autorisée.

7. Évasion fiscale

L'évasion fiscale est une pratique courante dans la contre-économie. Elle consiste à minimiser ou à éluder le paiement des impôts en utilisant diverses méthodes, y compris la sous-déclaration de revenus, l'utilisation de paradis fiscaux, ou d'autres moyens pour échapper aux obligations fiscales légales.

8. Prostitution

La prostitution est une activité qui, dans de nombreuses juridictions, est illégale ou fortement réglementée. Les travailleurs du sexe qui exercent cette profession contournent souvent les lois pour gagner leur vie en offrant des services sexuels en échange d'argent.

9. Trafic de drogues

Le trafic de drogues est l'une des pratiques les plus notoires de la contre-économie. Les personnes impliquées dans le trafic de drogues contournent les lois interdisant la production, la vente et la consommation de substances illégales. Cette activité a un marché considérable, principalement en raison de la prohibition des drogues dans de nombreuses juridictions. Les acteurs de la contre-économie vendent des drogues sur le marché noir, échappant ainsi aux réglementations et aux taxes gouvernementales.

Ces pratiques volontaires de la contre-économie montrent comment les individus cherchent à échapper aux contrôles de l'État en s'engageant dans des activités illégales ou en contournant les réglementations pour promouvoir leur indépendance économique.

Les stratégies de la contre-économie

Stratégie verticale ou introvertie

La stratégie verticale, également appelée stratégie introvertie, se concentre sur le développement d'infrastructures locales décentralisées pour favoriser l'autosuffisance et réduire la dépendance envers l'État. Cette approche met l'accent sur la construction de réseaux communautaires robustes et la création de systèmes de production et de distribution indépendants.

1. Concentration sur l'infrastructure locale décentralisée. La stratégie verticale consiste à développer des infrastructures locales qui ne dépendent pas de la centralisation gouvernementale. Cela peut inclure la création de réseaux de production, de services, et de distribution au niveau communautaire.

2. Création de réseaux locaux pour l'autosuffisance. Les partisans de cette stratégie encouragent les individus et les communautés à établir des réseaux locaux visant à devenir autosuffisants. Cela peut impliquer la production de biens de première nécessité, la fourniture de services, ou même la création de monnaies locales pour stimuler l'économie locale.

3. Établissement de lieux de production et de marchés locaux sans régulations étatiques. Une partie essentielle de cette approche est la mise en place de lieux de production et de marchés locaux où les régulations étatiques sont absentes ou minimales. Cela permet aux participants de mener des activités économiques sans entraves gouvernementales.

4. Importance de l'association volontaire au sein de la communauté. L'association volontaire et la coopération au sein de la communauté sont des éléments clés de la stratégie verticale. Les individus travaillent ensemble pour atteindre des objectifs d'autosuffisance et de réduction de la dépendance envers l'État.

5. Exemple de la technologie communautaire. La technologie communautaire, telle que l'utilisation de ressources locales pour produire de l'énergie, des aliments ou d'autres biens, est un exemple de mise en œuvre de cette stratégie. Elle vise à utiliser les ressources locales de manière efficace pour répondre aux besoins de la communauté.

6. L'exemple de Karl Hess à Washington, D.C. Karl Hess est souvent cité comme un exemple de la stratégie verticale. Il a travaillé à transformer un quartier de Washington, D.C. en utilisant des méthodes d'agriculture urbaine, de production d'énergie solaire, et d'autres initiatives locales pour promouvoir l'autosuffisance communautaire. Son approche a montré comment la construction d'infrastructures locales décentralisées peut contribuer à réduire la dépendance envers l'État.

Stratégie horizontale ou extravertie

La stratégie horizontale, également appelée stratégie extravertie, se caractérise par la création active de réseaux et de structures de marché noir qui peuvent s'étendre au-delà des communautés locales. Cette approche favorise les échanges entre individus et groupes sans se conformer aux réglementations étatiques.

1. Création active de réseaux et de structures de marché noir. Les partisans de cette stratégie s'efforcent de créer des réseaux et des structures de marché noir, encourageant ainsi les échanges informels et illégaux.

2. Possibilité d'extension au-delà des communautés locales. Contrairement à la stratégie verticale, la stratégie horizontale vise à élargir son influence au-delà des communautés locales. Elle encourage la connectivité entre des individus et des groupes situés à des endroits divers.

3. Insistance sur le commerce avec des personnes connues ou recommandées. Cette approche met l'accent sur la confiance et la familiarité avec les partenaires commerciaux. Les individus sont encouragés à faire affaire avec des personnes qu'ils connaissent ou qui leur sont recommandées.

4. Utilisation de la technologie, y compris Internet et eBay, pour les transactions. Les nouvelles technologies jouent un rôle important dans la stratégie horizontale. Internet et des plateformes de commerce en ligne, comme eBay, sont utilisés pour faciliter les transactions entre individus, échappant ainsi aux réglementations gouvernementales.

5. Encouragement à commencer avec des échanges simples et non sophistiqués. Cette stratégie encourage les individus à commencer par des échanges simples, tels que l'embauche de voisins pour effectuer des tâches, sans se soucier de la complexité des transactions.

6. L'importance de mener des transactions sans se conformer aux réglementations de l'État. L'aspect clé de la stratégie horizontale est de mener des transactions en évitant de se conformer aux réglementations de l'État. Cela peut inclure des transactions en espèces non déclarées et d'autres moyens de contourner les obligations fiscales et les réglementations.

7. Possibilité d'expansion des activités de marché noir à grande échelle. Une caractéristique intéressante de cette stratégie est sa capacité à évoluer et à s'étendre à une plus grande échelle. Les échanges informels peuvent éventuellement devenir des activités de marché noir à grande échelle, contournant ainsi davantage les réglementations gouvernementales.

Ces stratégies de la contre-économie démontrent comment les individus peuvent agir de manière indépendante pour réduire leur dépendance envers l'État et promouvoir la liberté économique, que ce soit au niveau local ou à travers des réseaux plus étendus.