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Autorité

De Wikiberal

L'autorité vient du latin auctoritas (droit de possession, garantie).

La notion d’auctoritas, essentielle en droit privé et en droit public romains, se rattache, par sa racine, au même groupe que augere (augmenter), augure (celui qui accroît l’autorité d’un acte par l’examen favorable des oiseaux), augustus (celui qui renforce par son charisme celui qui est porteur de l'auctoritas). L’auctoritas exprime à son tour l'idée d'augmenter l'efficacité d'un acte juridique ou d'un droit. De même le Sénat, grâce à son incomparable prestige, a la vertu d'augmenter la portée de tout acte pour lequel il a donné son accord (son auctoritas). Aucune de ces décisions ne sera prise directement par le Sénat (il n'en a pas le pouvoir). Mais tous ces projets, enrichis de l’auctoritas du Sénat, sont assurés du succès. Aucun acte politiquement significatif n'est mis à exécution par un magistrat sans l'accord (et la délibération) du Sénat. Au point que tout se passe comme si l'inspirateur de la décision était le Sénat, et l'exécutant, le magistrat. Telle est la force de l’auctoritas : sans elle, pas d'action ; devant elle, pas d'inaction.

La notion d'autorité vient d'être définie dans un sens plutôt juridique et social. C'est son caractère nécessaire, voire indispensable à la structure de toute société qui la rend légitime pour le plus grand nombre et qui permet de l'opposer erga omnes (à condition bien sûr, qu'elle soit régulière juridiquement). On ne doit pas oublier, non plus, ce qu'on appelle l’autorité naturelle pouvant se dégager d'une personne (et là encore l'aspect bénéfique est sous-jacent). Il convient de signaler enfin, que la notion de d'autorité a été traitée en philosophie et en sociologie, notamment par Max Weber et Alexandre Kojeve. Pour Hannah Arendt, l'autorité n'est pas nécessairement un rapport de domination, puisque c'est la capacité d'obtenir l'obéissance « sans recourir à la contrainte par la force ou à la persuasion par arguments » et que « l'autorité implique une obéissance dans laquelle les hommes gardent leur liberté » (« Qu'est-ce que l'autorité ? », La crise de la culture, 1958).

Dans une perspective libérale, John Locke précise que le pouvoir politique trouve son origine dans le consentement de ceux sur lesquels s'exerce l'autorité ; et qu'il a sa fin dans la garantie du respect des droits naturels de tout homme, qu'il doit arbitrer les conflits et exercer un droit de punir.

Sommaire

Classification des systèmes d'autorité

Max Weber fut le premier à analyser le rôle du leader en proposant une classification objective des systèmes d'autorité :

  • l'autorité charismatique : elle repose sur la soumission d'une personne. Cette domination est fondée sur les caractères extérieurs mais aussi sur le phénomène psychologique du "leadership". C'est un double processus de reconnaissance des qualités réelles et d'idéalisation.
  • l'autorité traditionnelle : elle est fondée sur la croyance et le respect de l'ordre établi. C'est le modèle des monarchies de droit divin. La croyance est la raison de soumission à l'autorité.
  • l'autorité rationnelle légale : on reconnait la capacité de quelqu'un dans un certain domaine et l'on exige des preuves d'efficacité. La compétence est le fondement de l'autorité.

L'autorité dans les organisations

Un certain nombre de chercheurs ont tenté de comprendre le principe d'autorité dans les organisations, particulièrement dans les entreprises, à partir d'études expérimentales relatives à l'obéissance et à l'autorité. Le livre de Stanley Milgram, en 1974 suite à ses études de 1965, en fournit un fameux exemple. Les travaux de Theodore Adorno (1950)[1], aux États-Unis, sur la personnalité autoritaire ont montré, à travers des expériences alarmantes, non seulement que les dirigeants se comportent comme des leaders autoritaires, mais que les gens cèdent facilement leur libre-arbitre face à l'autorité. L'invention de l'échelle F (ou échelle fasciste) par Adorno, après la Seconde Guerre mondiale, fait découvrir comment un personnage comme Adolf Hitler fut en mesure d'exercer un pouvoir et une telle influence autoritaire. L'excès d'autorité devient de l'autoritarisme, qui encourage la soumission et la projection de frustration d'agressivité sur d'autres personnes perçues comme étant plus faibles[2].

Les théoriciens béhavioristes de la firme (James G. March, Herbert Simon) rectifient l'analyse. En effet, ils développent l'argument qu'il est plus facile d'influer sur les prémisses cognitives que d'essayer d'influencer directement les facteurs de motivation. Dans les organisations, les motivations sont le résultat complexe de processus psycho-affectifs et sociaux qui sont moins flexibles que la plasticité des processus cognitifs. Donc, le manager peut influer sur les motivations en agissant sur le cadre organisationnel, en favorisant l'orientation de l'attention des salariés dans certaines directions.

Notes et références

  1. * T. W. Adorno, 1950, The Authoritarian Personality, New York: Harper
  2. * 1964, T. Adorno, E. Frenkel-Brunswik, J. Levinson, R. N. Sanford, "The Authoritarian Personality", John Wiley & Sons, New York

Bibliographie

  • 1958, Bennett E Kline et Norman H. Martin, "Freedom, authority and decentralisation", Harvard Business Review, May-June, Vol 36, n°3, pp69-75
  • 1956, Reinhard Bendlx, Work and authority in industry: ideologies of management in the course of thdustrialization, New York: Wiley
  • 1962, Yves R. Simon, "A General Theory of Authority", Notre Dame, Indiana: University of Notre Dame Press
  • 1972, M. Banton, "Authority", New Society, 22 (512), pp86-88
  • 1980, Edgar Z. Friedenberg, "Deference to Authority: The Case of Canada", White Plains, N.Y.: M. E. Sharpe
  • 1994, Philippe Bernoux, "Systèmes autorité et relations de pouvoir au sein une organisation", In: de Coster et Pichault, dir., "Traité de sociologie du travail", Bruxelles: De Boeck, pp337-354
  • 1997, Phillippe Aghion et Jean Tirole, “Formal and Real Authority in Organizations”, Journal of Political Economy, vol 105, n°1, pp1-29
  • 2002, Wouter Dessein, “Authority and Communication in Organizations”, Review of Economic Studies, Vol 69, n°4. pp811-838
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