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Entreprise

De Wikiberal

L'entreprise désigne aussi bien l’activité de l’entrepreneur que l'organisation humaine et technique qui sous-tend cette activité.

Du point de vue du droit (naturel), une entreprise n'est qu'un ensemble de contrats construits autour de l'activité de l'entreprise (contrats de travail, contrats avec les fournisseurs ou les clients, etc.). En fait l'entreprise n'est pas un objet de droit (positif), c'est une notion économique et sociale. Il y a souvent confusion dans les textes de droit entre entreprise et société (il en va de même en anglais avec corporation et company) : l'entreprise produit des biens ou des services tandis que la société finance l'entreprise. En droit, on identifie donc l'entreprise au sujet de droit qui l'exploite.

Du point de vue économique, et dans l'optique capitaliste, l'entreprise est une organisation à but lucratif, constituée ou non en société, qui sert le marché dans l'espoir de dégager un profit au bénéfice de son ou ses propriétaire(s) (les actionnaires, l'entrepreneur).

Sommaire

Théories de l'entreprise

Il existe plusieurs types d'approches scientifiques visant à théoriser la nature de l'entreprise (ou firme), ses buts, etc. De la "firme point" de la théorie néoclassique, la théorie a, petit à petit, évolué tout au long du XXe siècle vers une conception bien plus complexe, prenant en compte les différents types d'acteurs impliqués (« stakeholder » ou « partie prenante »), les interactions dans le cadre du marché, etc. Les théories et travaux récents (énumérés ci-dessous) conduisent de plus en plus à abandonner une à une toutes les hypothèses du modèle néo-classique (maximisation du profit, firme-point, firme automate, etc.). Ces différentes approches peuvent être regroupées comme suit :

Les approches contractuelles

  • Les approches contractuelles de la firme (voir Théorie des contrats) ; c'est actuellement le courant dominant des théories de la firme, on y retrouve notamment :

L'approche évolutionniste

- Nelson, Richard R. and S.G. Winter 1982, An Evolutionary Theory of Economic Change, Cambridge, Mass.: Harvard University Press.

L'approche régulationniste

  • L'approche régulationniste, courant de pensée français (d'obédience marxienne et keynésienne entre autres) apparu dans les années 1970 (dont les principaux représentants sont Michel Aglietta et Robert Boyer). Cette approche s'emploie notamment à analyser la dynamique des régimes d'accumulation et des modes de régulation des économies, en mettant clairement en avant les aspects politiques et conflictuels de l'entreprise. Elle est très clairement étatiste et fait la part belle à l'interventionnisme étatique.

L'approche de l'école autrichienne d'économie

La division du travail était au centre de l'approche classique d'Adam Smith. Elle inspire le fondement de l'entreprise avec ses corollaires : la circulation des capitaux et des ressources productives. Plus que la division du travail, Friedrich Hayek insiste sur la dispersion de la connaissance dans la société. Grâce à lui, un nouveau mouvement en stratégie est né, la théorie de la firme.

Suivant l'approche classique, les économistes néo-classiques conçoivent l'entreprise sans entrepreneur. L'entreprise est un lieu quasi mécanique d'optimisation des ressources. Pour l'école autrichienne d'économie, et Ludwig von Mises, l'action humaine doit être prise en considération. L'entrepreneurship ou l’art d’entreprendre, comme l'indique Israel Kirzner consiste à être vigilant aux indications du marché. Tous les individus déterminent quels sont les buts et les moyens qui leur conviennent. Le danger est de voir apparaître une autorité supérieure et dirigiste leur imposer leur choix par la règlementation, l'harmonisation ou l'incitation (fiscale, par exemple). Ceci signifie aussi que la limite de l'entreprise ne s'arrête pas à la porte de l'usine. Ce sont les individus qui constituent les entreprises en fonction de leur potentiel à se situer en état de vigilance, en fonction de leur talent pour lancer des affaires et en fonction de leur connaissance pour prendre des initiatives créatives.

Quelques erreurs fréquentes au sujet des entreprises

Pourquoi une entreprise n'est-elle pas gérée démocratiquement

C'est une erreur courante que commettent les collectivistes, renforcée d'ailleurs, en social-démocratie, par une législation qui s'immisce toujours plus dans la marche des entreprises. L'erreur est d'autant plus répandue que beaucoup confondent démocratie et liberté, et parce qu'ils ne se sentent pas libres dans une entreprise, réclament « plus de démocratie ».

Une entreprise, quelle que soit sa taille, est la propriété d'une personne, d'un groupe de personnes, d'une autre entreprise ou de plusieurs autres entreprises. Nul n'a le droit d'imposer quoi que ce soit au propriétaire légitime, de la même façon que personne ne peut venir chez vous pour disposer à son gré de vos biens ou pour vous dicter un comportement. Ce qu'on a le droit de faire dans une entreprise découle en dernier ressort du droit de propriété qu'exerce le propriétaire de l'entreprise (qui a pu déléguer divers pouvoirs à divers échelons, ce qui dans les grandes entreprises se traduit par une hiérarchie interne). Le modèle de l'entreprise est celui de la copropriété : les décisions se prennent bien démocratiquement, mais uniquement entre copropriétaires, et les votes comptent proportionnellement aux parts détenues (si les parts donnent un droit de vote, ce qui n'est pas forcément le cas). Les décisions prises aux échelons inférieurs par délégation sont présumées avoir été avalisées par les propriétaires, qui sont les responsables ultimes (pas de propriété sans responsabilité).

Un salarié qui exigerait la démocratie dans l'entreprise se trouverait dans la même situation qu'un invité sans-gêne qui se comporterait chez vous comme s'il était chez lui, et réclamait le même droit que vous à votre réfrigérateur, votre voiture, votre conjoint(e), etc.

Cela ne signifie évidemment pas que le salarié ne doit pas exprimer son point de vue sur les sujets qui le concernent et tenter d'en convaincre ses responsables : l'intérêt de l'entreprise n'est normalement pas contradictoire avec celui du salarié (puisqu’ils se sont associés librement, et peuvent se séparer à tout moment. Le salarié peut par exemple changer d'employeur ou s'établir à son propre compte s’il s’estime lésé).

Le seul but d'une entreprise, c'est bien le profit ?

Le profit est souvent présenté par les anti-capitalistes de tout poil comme l'alpha et l’oméga de l'entrepreneuriat.

À la suite de travaux majeurs à partir des années 1950, notamment de l'école évolutionniste, les multiples acteurs de l'entreprise, les stakeholders, et leurs motivations respectives ont été considérés avec de plus en plus de précision : salariés, fournisseurs, dirigeants, propriétaires, etc.

Plusieurs auteurs ont successivement proposé durant les 50 dernières années un ou plusieurs objectifs que l'on pourrait par hypothèse affecter à l'entreprise (liste non exhaustive) :

  • Adolph Berle et Gardiner Means, 1933 : maximisation des intérêts de l'équipe dirigeante
  • William J. Baumol, 1959 : maximisation des ventes de la firme, puis du taux de croissance de celle-ci
  • Marris, 1964 : maximisation du taux de croissance annuel, par le chiffre d'affaires, le nombre d'employés, la capitalisation boursière, etc.
  • et enfin Herbert A. Simon, 1959, puis Armen Alchian et Ruben Kessel, 1962 : la firme poursuit des objectifs pécuniaires (profit, trésorerie, chiffre d'affaires, etc..) et non pécuniaires (prestige des dirigeants, carrière des salariés, etc.) et effectue pour cela des arbitrages visant à "satisfaire" tout ou partie de ces intérêts.

On voit donc clairement que la maximisation du profit ne peut raisonnablement être une hypothèse à adopter pour l'analyse du comportement des firmes ; bien souvent les tenants de telles théories ont une vision simpliste et obsolète de l'entreprise. Les objectifs poursuivis par celle-ci ne peuvent être réductibles à un seul quel qu'il soit, tant les buts des stakeholders d'une firme sont divers.

L'entreprise, une abstraction vivante

Il est à noter qu'en plus, assigner un but à l'entreprise, entité désincarnée, relève quelque peu de l'anthropomorphisme. Une telle entité désincarnée, nœud de contrat, n'est ni un être agissant, ni une institution, comme l'explique Pascal Salin, dans son ouvrage Libéralisme :

« Il faut bien se garder de voir en elle une institution, l'une de ces abstractions flottantes, à l'instar de l'État, mystérieusement dotées de pensée et de vouloir. Pour éviter ce danger, on pourrait même se demander s'il ne serait pas plus sain d'éviter de parler d'entreprise, pour essayer de découvrir les véritables acteurs qui la constituent. »
    — Pascal Salin, Libéralisme

Au delà de cette prudence intellectuelle, il est à noter que les approches économiques obsolètes consistant à considérer l'entreprise comme une institution ne résistent pas bien longtemps à l'analyse, et on leur préfèrera notamment les travaux des auteurs cités au paragraphe ci-dessus, ou ceux de l'école autrichienne.

Citations

  • « Dans l'entreprise s'accomplit le même miracle que réalise tout échange : des hommes et des femmes dont les buts sont différents et même initialement incompatibles, se rencontrent et se mettent d'accord. Personne n'abdique ses propres buts dans l'entreprise. Les buts sont multiples, mais ils deviennent compatibles par l'accord contractuel entre des personnes libres qui s'approprient des ressources, fruits de leur activité. C'est pourquoi il est erroné de dire que le but de l'entreprise est le profit et de critiquer le capitalisme pour le prétendu caractère matérialiste de son activité, la prédominance qu'il donnerait à l'argent et à la recherche du profit au dépens de toute valeur humaine. Il est parfaitement légitime que le salarié n'ait pas pour objectif la maximisation du profit de l'entreprise, mais la maximisation de son salaire, son propre accomplissement dans les tâches qu'il doit effectuer ou la chaleur des relations humaines. Il se trouve simplement que, grâce au contrat de travail qui est l'un des éléments constitutifs de l'entreprise, ces objectifs peuvent être rendus compatibles avec ceux du propriétaire de l'entreprise qui poursuit peut-être la maximisation de son profit, ou de son prestige, ou tout autre objectif que nous ne pouvons pas connaître : la personnalité de chaque être humain est incommunicable et nous n'avons d'ailleurs pas le droit de nous mettre à la place d'autrui et de préjuger de la valeur de ses actes et de ses intentions. Mais ce sera le rôle spécifique de l'entrepreneur, en tant que titulaire des revenus résiduels, de concevoir tous ces contrats qui rendront compatibles les objectifs si variés de tous les partenaires. »
        — Pascal Salin, Libéralisme
  • « Une entreprise, c'est une libre association de personnes qui produisent des biens et des services que les gens apprécient suffisamment pour les acheter. C'est ce qui la distingue de l'État, lequel nous fournit des services que nous sommes forcés de payer sans toujours les apprécier. Contrairement aux États, les entreprises ne survivent que dans la mesure ou elles satisfont leur clientèle, et comme les goûts et les produits changent constamment sous l'effet du progrès et de la concurrence, elles sont soumises à un effort constant d'adaptation. Les chantres du Tout-État répandent le sophisme de la puissance des grandes entreprises, sous le prétexte que certaines ont un chiffre d'affaire qui dépasse le PNB de petits États. C'est du vent. Lorsque dans les années 80, les Japonais ont réussi à faire des voitures moins chères et de meilleure qualité, la Général Motors, alors la première entreprise du monde, ou PSA, l'un des plus grands constructeurs automobiles européens, ont tout simplement failli disparaître. IBM, considérée comme invulnérable il y a vingt ans, a failli plonger il y a quelques années sous la concurrence des ordinateurs portables. Beaucoup plongent effectivement. […] Chaque année, le magazine l'Expansion donne le classement des plus grandes entreprises mondiales. Il faut voir comme il évolue au cours des ans. Il n'est pas rare de voir des entreprises prospères disparaître complètement du classement en quelques années. »
        — Jacques de Guenin, ATTAC ou l'intoxication des personnes de bonne volonté
  • « L'entreprise est élue tous les jours par ses clients. »
        — François Michelin
  • « Ce n'est pas la vie des entreprises qui rythme la vie du marché, mais l'inverse. »
        — Bernard Maître
  • « À entendre les journalistes et ce petit monde bien-pensant, une entreprise est une association à but non lucratif dont la noble mission serait de « créer des emplois ». Quelle hypocrisie ! Une entreprise doit gagner de l’argent et quand elle gagne de l’argent, elle embauche. Pour gagner de l’argent, il faut qu’elle fasse le plus possible avec le moins de monde possible. Les impôts vus comme un instrument de « justice sociale » sont une monstruosité. On se trompe de débat, on trompe les électeurs. »
        — Simone Wapler

Bibliographie

Voir aussi

Liens externes

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