Autocritique

De Wikiberal

Dans les régimes totalitaires communistes, les membres éminents du parti qui perdaient la faveur du pouvoir étaient souvent contraints à faire leur « autocritique » publique ; ils devaient faire des déclarations publiques, écrites ou orales, dans lesquelles ils reconnaissaient plus ou moins spontanément avoir été des « ennemis du peuple » et affirmaient leur foi renouvelée dans le dirigeant. Ces autocritiques, obtenues souvent par la violence (lavages de cerveau, tortures, menaces, etc.) ne valaient pas pardon et n'empêchèrent pas nombre de ceux qui s'y livrèrent contre la promesse de la vie sauve de finir exécutés.

A une échelle plus large, les militants du parti devaient périodiquement se livrer à ces autocritiques.

Cette pratique a été particulièrement importante dans l'URSS stalinienne ou en Chine maoïste. Dans ce dernier cas, on parlait de jiǎntǎo (检讨) en chinois. Par exemple, le bureau politique du parti communisme indonésien, qui est sous influence chinoise, fait son autocritique dans une déclaration du 23 mai 1967, reconnaissant ses torts et s'engageant à ne plus dévier de la voie officielle[1] :

[We made] opportunist and revisionist errors. [..] The Indonesian Marxist-Leninists unhesitatingly recognize Mao Tse-tung's thought as the peak of Marxism-Leninism in the present era, and are determined to study and use it as an effective weapon in the struggle for the liberation of Indonesia, which inevitably will have to follow the road of people's war as shown by Comrade Mao Tse-tung [..]. We must more assiduously study, master and practise Marxism-Leninism, Mao Tse-tung's thought » Et le parti d'ajouter dans une déclaration : « Long live Chairman Mao Tse-tung, the greatest Marxist-Leninist of our time and the most respected and beloved great leader of the revolutionary people of the world!

En URSS, on pensera par exemple aux Procès de Moscou des années 1930. Staline s'y débarrasse de ses ennemis en leur faisant « avouer » leur participation à des complots fantaisistes dans des séances d'autocritique sous le regard de la presse internationale. Par aveuglement ou par sympathie pour le régime, la ligue française des droits de l'homme ira jusqu'à soutenir la vérité de cette autocritique...

Ces processus visaient à intimider pour préserver la pureté idéologique du régime et supprimer, souvent physiquement, toute voix contestataire. Ainsi, le XIXe congrès du parti communiste soviétique (PCUS), adopta en octobre 1952 de nouvelles règles qui faisaient de l'autocritique régulière un devoir de chaque militant et une des fonctions essentielles des organisations du Parti[2].

Ces sessions d'autocritique, à l'échelle des procès de Moscou mais surtout à l'échelle de la vie de tous les jours de chaque individu, ont eu pour conséquence de développer une société fondée sur le mensonge et la défiance. Pour se protéger et attester de sa loyauté au régime, l'individu doit se livrer au mensonge permanent. Cela a été tout particulièrement le cas lors de la révolution culturelle chinoise. Selon l’universitaire Xing Lu, les conséquences de cette politique sont encore extrêmement présentes dans la société chinoise dans « la très grande difficulté avec laquelle les survivants de la révolution culturelle acceptent de faire confiance à quelqu'un »[3].

Notes et références

  1. (en)Self-criticism of the communist party of Indonesia
  2. Louis Francis Budenz, The Techniques of Communism, 1977, p.106
  3. Xing Lu, Rhetoric of the Chinese Cultural Revolution, 2004, p.51

Citations

  • Donnez-moi un homme, j’en ferai un dossier d’abord, un procès ensuite. (Andreï Vychinski, procureur stalinien)

Bibliographie

  • 1972, Annie Kriegel, Les Grands Procès dans les systèmes communistes, Gallimard
  • 1977, Louis Francis Budenz, The Techniques of Communism, Ayer Publishing, 342 p., ISBN 0405099428
  • 2002, Claude Pennetier, Bernard Pudal (dir.), Autobiographies, autocritiques, aveux dans le monde communiste, Paris : Belin, 367 p. (Collection Socio-histoires).
  • 2004, Xing Lu, Rhetoric of the Chinese Cultural Revolution, University of South Carolina Press, ISBN 1570035431

Voir aussi

Liens externes

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