Pouvoir

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Le pouvoir est la capacité d'imposer sa volonté sur les autres, qu'ils soient consentants ou non. Max Weber définit ainsi le pouvoir :

Le pouvoir désigne la possibilité, dans une relation sociale, de mettre en œuvre sa volonté en dépit de la résistance qu'elle peut rencontrer, et ceci indépendamment de la base sur laquelle repose cette possibilité.

Le pouvoir peut impliquer l'emploi de la coercition. Au plan politique, le pouvoir s'exerce le plus souvent au travers d'un appareil coercitif, l'État.

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Pouvoir et libéralisme

Les libéraux et libertariens (à la différence des libertaires) ne rejettent ABSOLUMENT PAS le pouvoir en tant que tel (ce serait à peu près aussi intelligent que de rejeter la pluie ou le soleil), mais sa monopolisation, ce qui n'est pas tout à fait pareil.

La différence entre les libertariens et les étatistes, c'est que les libertariens, fidèles en cela à la tradition libérale, investissent le droit plutôt que l'État de tous pouvoirs, ou en des termes plus classiques, estiment que "seul le droit est souverain".

Cela signifie qu'un pouvoir n'est acceptable que pourvu qu'il respecte le droit, par ailleurs défini d'une manière "pré-moderne", c'est-à-dire comme une donnée qu'on découvre et qui est essentiellement invariable : le droit naturel.

Bertrand de Jouvenel (Du Pouvoir) a été l'un des meilleurs historiens de la genèse et de la croissance continue du pouvoir Léviathan, le pouvoir étatique.

Michel Foucault s'est intéressé aux techniques de domination du pouvoir à l'égard des individus par l'intermédiaire des institutions.

Voir le pouvoir là où il n'est pas: le "pouvoir économique"

Les idéologies antilibérales voient en général le pouvoir là où il n'est pas. Ce n'est pas le pouvoir politique qu'elles redoutent, mais un prétendu "pouvoir économique" (terme collectif qu'elles ne savent d'ailleurs pas trop expliciter : s'agit-il des banques ? des banques centrales ? des entreprises ? des "riches" ?). Elles reprennent l'exigence libérale de "limitation du pouvoir" pour l'appliquer au domaine économique, sans comprendre que pour les libéraux, le seul pouvoir à limiter est celui qui tend à devenir absolu, le pouvoir politique, le seul pouvoir qui découle de la loi du plus fort dont l'État est l'instrument.

Tout le monde possède un "pouvoir économique" : l'entrepreneur qui peut licencier aussi bien que le salarié qui peut démissionner pour trouver un meilleur emploi ; le banquier qui peut refuser un prêt comme le client qui peut changer de banque, etc. Ce qui n'existe pas, c'est un "pouvoir économique" en soi qui rivaliserait avec le pouvoir exécutif, législatif ou judiciaire, car les intérêts des différents acteurs économiques sont tous différents.

Il faudrait, selon les antilibéraux ou anticapitalistes de droite et de gauche, restreindre la liberté économique car "trop de liberté donne trop de pouvoir" (le fameux renard libre dans le poulailler libre) ; aussi les antilibéraux proposent des mesures coercitives arbitraires et incohérentes entre elles (la seule mesure cohérente, si le "pouvoir économique" était une menace réelle, serait de tout collectiviser et de supprimer toute liberté économique[1]).

C'est ignorer que l'économie libérale repose sur l'échange consenti, et non sur la coercition, et que le prétendu pouvoir des riches trouve sa limite naturelle dans la liberté même des acteurs économiques, libres d'entrer ou non dans l'échange. La seule coercition qu'on peut trouver dans le domaine économique (outre évidemment la délinquance de droit commun) résulte précisément de l'action de l’État : protectionnisme, patriotisme économique, monopoles publics, taxation, interventionnisme économique, capitalisme de connivence, répression financière, etc.

Pouvoir social et leadership

Selon J. R. P. French et B. Raven (1959) qui ont établi une taxonomie du pouvoir social rejoignant l'idée de leadership, il existe cinq principales sources de pouvoir : le pouvoir de récompense, le pouvoir coercitif, le pouvoir légitime, le pouvoir des experts, et le pouvoir référent.

  • Le pouvoir de récompense est caractérisé comme un pouvoir fondé sur la capacité de contrôler les récompenses souhaitées. L'utilisation de ce pouvoir nécessite qu'un individu possède cette autorité dérivée de la capacité de « médiation de la récompense ».
  • Tout comme le pouvoir de récompense, le pouvoir coercitif requiert qu'une personne possède la capacité de façonner les résultats des subordonnés. Avec le pouvoir coercitif, cependant, l'accent est mis sur les conséquences négatives et sur les punitions qui peuvent être associées. Bien que l'utilisation de ce pouvoir semble parfois nécessaire à des faux pouvoirs pour établir leur crédibilité, son utilisation est contraire au principe de leadership et de liberté.
  • Le pouvoir légitime est caractérisé comme un pouvoir fondé sur la conviction des "subordonnés" du droit d'autorité d'un leader. Les membres de l'organisation sont plus fidèles à l'organisation qu'en la personne, elle-même.
  • Le pouvoir expert repose sur la perception du suiveur que le leader a une véritable compréhension et des connaissances sur une probl"matique concrète des subordonnés. Le leader apparaît comme fiable dans ses réponses assertives, fermes, directes aux demandes des subordonnés avec des déclarations claires, logiques et cohérentes. Cette forme de pouvoir demeure pertinente tant que les membres du groupe ont besoin de l'expertise du leader.
  • Le pouvoir référent est symbolisé par la puissance fondée sur une identification personnelle avec le leader et par le respect personnel pour cette personne. Souvent basé sur la perception de l'intégrité du leader, le pouvoir référent est acquis par l'encouragement, le comportement de soutien, le sacrifice de soi, la sincérité, le dévouement auprès des personnes et des promesses.

L'auteur en leadership, Gary Yukl (2006) nota que ces cinq pouvoirs peuvent être classés en deux catégories principales : le pouvoir de position (légitime, récompense, coercitif) et le pouvoir personnel (référent et expert).

Bibliographie

  • 1959, J. R. P. French et B. Raven, "The Bases of Social Power", In: Ira Asherman, Pike Bob & Johnson Randal, dir., "The Negotiation Source Book", Amherst MA: HRD Press, 2nd ed., pp61-70
  • 1966, J. W. Fulbright, "The arrogance of power", New York: Random House Bantam
  • 1972, D. Kipnis, "Does power corrupt?", Journal of Personality and Social Psychology, Vol 24, pp33-41
  • 1975, S. R. Clegg, "Power, Rule and Domination", London: Routledge and Kegan Paul
  • 1976,
    • D. Kipnis, "The powerholders", Chicago: University of Chicago Press
    • D. Kipnis, P. J. Castell, M. gergen, D. Mauch, "Metamorphic effects of power", Journal of Applied Psychology, Vol 61, pp127-135
  • 1989,
    • S. R. Clegg, "Frameworks of Power", London: Sage
    • T. R. Hinkin, C. A. Schriesheim, "Development and application of new scales to measure the French and Raven bases of power", Journal of Applied Psychology, Vol 74, pp561-567
  • 1993, B. Raven, "Bases of power: Origins and recent developments", Journal of Social Issues, 49(4)
  • 1996, S. R. Clegg et Cynthia Hardy, "Some Dare Call it Power", In: S. R. Clegg, Cynthia Hardy et W. R. Nord, dir., "Handbook of Orgunization Studies", London: Sage Publications
  • 1997, M. Haugaard, "The Constitution of Power: A Theoretical Analysis of Power, Knowledge and Structure", Manchester: Manchester University Press
  • 2006, J. Clawson, "Power and leadership: leading others", In: J. Clawson, dir., "Level three leadership: getting below the surface", Saddle River, NJ: Pearson Prentice Hall
  • 2008, S. Elias, "Fifty years of influence in the workplace. The evolution of the French and Raven power taxonomy", Journal of Management History, 14(3), pp267-283

Notes et références

  1. Ce qui recréerait en réalité un pouvoir économique central aux mains d'une oligarchie politique.

Voir aussi

Citations

  • « Toutes les fois que le pouvoir parle au peuple, on peut être sûr qu’il demande de l’argent ou des soldats. » (Talleyrand)
  • « Tout pouvoir est une violence exercée sur les gens. » (Mikhaïl Boulgakov)
  • « Le pouvoir n’est pas un moyen, il est une fin. On n’établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture. Le pouvoir a pour objet le pouvoir.  » (George Orwell, 1984)

Liens externes

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