Communisme

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Le communisme est un système théorique d'organisation sociale reposant sur la propriété commune des moyens de production. C'est également un mouvement politique qui prétend renverser le capitalisme pour instaurer une société sans classe.

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Manifeste politique

Le communisme désigne également le système politique proposé par Karl Marx dont voici les 10 points-clés du Manifeste du Parti Communiste[1] :

  1. Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État
  2. Impôt fortement progressif
  3. Abolition de l'héritage
  4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles
  5. Centralisation du crédit entre les mains de l'État, au moyen d'une banque nationale, dont le capital appartiendra à l'État et qui jouira d'un monopole exclusif
  6. Centralisation entre les mains de l'État de tous les moyens de transport
  7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production ; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées d'après un plan d'ensemble
  8. Travail obligatoire pour tous ; organisation d'armées industrielles, particulièrement pour l'agriculture
  9. Combinaison du travail agricole et du travail industriel ; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne
  10. Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle, etc.

On peut remarquer que la social-démocratie a réalisé au XXe siècle tous ces objectifs, en partie et à des degrés divers.

Un système inéluctablement totalitaire

De nombreux auteurs ont montré que le communisme impliquait le totalitarisme. Les résultats des expériences communistes confirment toutes cette analyse.

Friedrich Hayek dans La Route de la servitude (1944) souligna que l'interventionnisme étatique était une pente glissante vers le totalitarisme, sur une « route de la servitude ». La planification économique est le contrôle des moyens par lesquels les hommes peuvent réaliser les fins qu'ils se fixent ainsi que le contrôle de ces fins. Un contrôle total de la vie économique signifie que les moyens et les fins humaines sont décidées par l'État et qu'ainsi la liberté est abolie. John Jewkes développa une thèse proche dans Ordeal by planning (1946)

Karl Popper dans La Société ouverte et ses ennemis range Karl Marx avec Friedrich Hegel et Platon dans la lignée des intellectuels responsables de la genèse des idées totalitaires.

Un système économique qui ne peut pas fonctionner

La théorie communiste, dans sa version marxiste, se fonde sur un certain nombre de concepts dont la validité a été mise en pièces depuis bien longtemps. Ces points sont développés dans les articles concernés.

Michael Polanyi dans La Logique de la liberté montre que la planification voulue par le communisme ne peut pas fonctionner car les ordres monocentriques (dirigés d'en haut) sont incapables de gérer la masse d'information utilisée dans les sociétés polycentriques.

Le débat sur le calcul économique dans une économie socialiste avait dès les années 1920-1930 établi l'impossibilité d'une économie socialiste, en se fondant cette fois là sur l'impossibilité d'une économie sans prix.

"De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins"

L'utopie communiste "de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins", apparemment généreuse, ne pourrait se réaliser que dans un monde idéal où la rareté serait éliminée. Cette idée fausse a laissé d'importantes traces dans les social-démocraties : ainsi, les dirigeants de la Sécurité sociale française ne cachent pas que leur seule règle de gestion est "chacun cotise selon ses moyens, et reçoit selon ses besoins"[2]. En pratique, on obtient des déficits continuels et un accroissement ininterrompu de la dette publique.

Les dirigeants socialistes étant amenés très vite à constater que les besoins sont illimités alors que les moyens sont restreints, deux stratégies leur sont ouvertes :

Le communisme volontaire ?

Au plan politique, les libéraux sont opposés au communisme d'une part parce que celui-ci ne peut exister qu'avec la coercition et la violence, et d'autre part parce que l'idéal communiste est total et collectif et ne laisse aucune place à la liberté individuelle.

Si des communautés veulent mettre en œuvre une espèce de communisme en leur sein par mise en commun de tous les biens de leurs membres, rien ne s'y oppose dans un régime libéral - tant que les droits de chacun sont respectés et que chacun a exprimé son consentement, comme c'est le cas pour certaines formes de coopération comme le mutualisme, ou dans certaines communautés religieuses monastiques ou laïques, adeptes d'une pauvreté volontaire (par exemple les huttérites).

Christian Michel résume ces remarques :

« Le communisme est un bel idéal. Que les communistes s'organisent dans leurs communes et phalanstères, qu'ils affichent leur bonheur d'y vivre, et ils seront rejoints par des millions et des milliards de gens. […] Ce qu'il faut combattre n'est pas le communisme, ni aucune autre idéologie, mais la traduction politique de cette idéologie. »

Il y a eu au moins une expérience de communisme volontaire : celle du kibboutz en Israël après l’indépendance de 1947. Elle s'est soldée par un échec et la disparition de quasiment tous les kibboutzim, transformés en entreprises privées[3].

La raison de l'échec de toute idéologie collectiviste telle que le communisme est que, dans un tel type d'organisation sociale, les personnes les plus capables ne voient pas leurs mérites reconnus et récompensés, et finissent par rejeter un collectif qui les exploite ; un système où la responsabilité est collective pousse chacun à vivre aux dépens des autres, comme l'ont montré dès le départ les premières expériences de "socialisme utopique" telles que celle du philanthrope Robert Owen au XIXe siècle. La pauvreté (faute de motivation à produire des biens et services) est ainsi le résultat inéluctable du communisme politique. L'autoritarisme, l'oppression et la dictature en constituent l'autre aspect : dans l'optique d'un Lénine, le prolétariat ignore ce qui est bon pour lui et doit donc être contraint par le parti.

Une idéologie mortifère

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Au socialisme proprement dit, qui est un collectivisme coercitif, le communisme, religion séculière selon Aron[4], rajoute une eschatologie. Pour l'idéologie marxiste, un État libre et abondant, dans lequel sera terminée la lutte des classes, s'établira plus tard, après la dictature du prolétariat et la phase présumée transitoire de capitalisme d'État. Cet État utopique, le communisme, constituera une sorte de paradis terrestre, l'adage "à chacun selon ses besoins" sera réalisé. On conçoit aisément qu'au pays de Cocagne, où tous nos besoins sont satisfaits magiquement, le communisme soit facile à instaurer (n'importe qui est disposé à partager la surabondance), mais au nom de ce paradis terrestre sont morts au XXe siècle des dizaines de millions d'êtres humains.

De nombreux rapprochements sont effectués entre le communisme soviétique et le nazisme, les deux grands totalitarismes qui signèrent le Pacte Germano-Soviétique le 23 août 1939.

"Renouveau" du communisme

Certains philosophes du début du XXIe siècle, encore dans le sillage du marxisme, cultivent une sorte de nostalgie à l'égard du communisme, ou le voient toujours comme une utopie acceptable. Pour Alain Badiou, le communisme est "le nom générique d’une alternative au capitalisme"[5]. Slavoj Žižek critique le "manque de radicalisme" des dirigeants communistes du XXe siècle (qu'il s'agisse des maoïstes ou des Khmers Rouges) et affirme la valeur intrinsèque de la violence révolutionnaire ; proche d'un nihilisme subjectiviste, il évite soigneusement de décrire sa vision de ce que pourrait être un monde communiste[6]. De même, le philosophe et économiste souverainiste Frédéric Lordon prône un « soulèvement » contre les tenants du système, et dit publiquement qu' « il faut mettre les jetons » aux gens de la finance, sans expliquer quel type de société il envisage pour remplacer le "système"[7].

Citations

  • « Faire intervenir l'État, lui donner pour mission de pondérer les profits et d'équilibrer les fortunes, en prenant aux uns, sans consentement, pour donner aux autres, sans rétribution, le charger de réaliser l'œuvre du nivellement par voie de spoliation, assurément c'est bien là du Communisme. » (Frédéric Bastiat)
  • « On ne peut bien vivre là où tout est en commun. Comment l'abondance de produits peut-elle se réaliser là où chacun essaye de se soustraire au travail, étant donné qu'il n'est point stimulé par la pensée de son propre profit et que la confiance dans le travail de l'autre le rend indolent ? » (Thomas More, Utopia, 1516)
  • « Communisme : rêve de quelques-uns, cauchemar de tous. » (Victor Hugo, Choses vues)
  • « Communistes : Votre ennemi c'est le mur mitoyen. Le mien, c'est le despotisme. J'aime mieux escalader les trônes que la haie du voisin. » (Victor Hugo, Choses vues)
  • « Tous les révolutionnaires proclament à leur tour que les révolutions précédentes ont fini par tromper le peuple ; c'est leur révolution seule qui est la vraie révolution. « Tous les mouvements historiques précédents », déclarait le Manifeste communiste de 1848, « étaient des mouvements de minorités ou dans l'intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement conscient et indépendant de l'immense majorité, dans l'intérêt de l'immense majorité ». Malheureusement cette vraie révolution, qui doit apporter aux hommes un bonheur sans mélange, n'est qu'un mirage trompeur qui ne devient jamais une réalité. Elle est apparentée à l'âge d'or des millénaristes : toujours attendue, elle est toujours perdue dans les brumes du futur, échappant toujours à ses adeptes au moment où ils pensent la tenir. » (Vilfredo Pareto)
  • « Les fruits ne comptent pour rien, l’arbre capitaliste est toujours coupable. Par contre les fruits du communisme sous toutes ses formes sont toujours empoisonnés mais l’arbre n’est jamais à blâmer, seul son jardinier le serait ! » (Xavier Prégentil)
  • « En abolissant la propriété personnelle, le communisme ne fait que me rejeter plus profondément sous la dépendance d'autrui, autrui s'appelant désormais la généralité ou la communauté. Bien qu'il soit toujours en lutte ouverte contre l'État, le but que poursuit le communisme est un nouvel « État », un status, un ordre de choses destiné à paralyser la liberté de mes mouvements, un pouvoir souverain supérieur à moi. (...) Désormais toute distinction s'efface, tous étant des gueux, et la société communiste se résume dans ce qu'on peut appeler la « gueuserie » générale. » (Max Stirner)
  • « Si on n'est pas communiste à 20 ans, c'est qu'on a pas de cœur. Si on l'est toujours à 40 ans, c'est qu'on a pas de tête. » (Attribuée à George Bernard Shaw (hautement improbable), Clemenceau, Winston Churchill)
  • « Le Parti n'a pas raison parce que la doctrine est vraie, la doctrine est vraie parce que le Parti a toujours raison. » (Étienne Gilson)
  • « Le communisme est synonyme de nihilisme, d'indivision, d'immobilité, de nuit, de silence. » (Pierre-Joseph Proudhon, Système des contradictions économiques)
  • « Si les régimes communistes se sont effondrés, c'est parce qu'ils ont perdu leurs deux piliers : la foi et la peur. » (Václav Klaus, président tchèque)
  • « L’une des plus amères ironies du XXe siècle fut que le communisme, qui se voulait une doctrine égalitaire et accusait le capitalisme d’égoïsme et de sacrifier cruellement les autres pour son bonheur, est devenu une fois au pouvoir un système d’un égoïsme et d’une cruauté telle qu’elle rendait les péchés du capitalisme pâles en comparaison. » (Thomas Sowell)
  • « Le communisme n'est ni un système économique, ni un système politique. C'est une forme de folie, une aberration temporaire qui disparaîtra un jour de la surface de la terre parce qu'elle est contraire à la nature humaine. » (Ronald Reagan)
  • « Le communisme, c'est une des seules maladies graves qu'on n'a pas expérimentée d'abord sur les animaux. » (Coluche) (humour)
  • « Le communisme disparaîtrait demain, comme a disparu l’hitlérisme, que le monde moderne n’en poursuivrait pas moins son évolution vers ce régime de dirigisme universel auquel semblent aspirer les démocraties elles-mêmes. » (Georges Bernanos)
  • « Communisme : système généreux, qui enrichit la population en l'appauvrissant, et rend l'homme plus libre en l'enfermant. » (Christian Millau, Dictionnaire d'un peu tout et n'importe quoi)
  • « La plupart des gens qui ont lu le Manifeste du Parti Communiste ne réalisent probablement pas qu’il a été écrit par deux jeunes hommes qui n'avaient jamais travaillé un jour de leurs vies, et qui néanmoins parlaient hardiment au nom des "travailleurs". » (Thomas Sowell)
  • « On peut définir le communisme comme un altruisme sans empathie. Ou plus péjorativement, comme un altruisme sans cœur. » (Mencius Moldbug)
  • « Le communisme possède une langue que chacun peut comprendre : ses éléments sont la faim, l'envie, et la mort. » (Heinrich Heine)
  • « Le communisme, pour s'implanter dans les institutions, avait besoin de la statolâtrie, c'est-à-dire de l'absolutisme monarchico-constitutionnel, qui dit : l’État ne cesse pas d'être tout-puissant, mais ce n'est plus un homme, c'est la nation affranchie, se gouvernant elle-même de concert avec son chef, le roi. Et ceux qui parlèrent ainsi eurent l'art de confisquer l’État et d'exclure du gouvernement et le roi et la nation. » (abbé Antoine Martinet, Statolâtrie, ou le Communisme légal, 1848)
  • « Le communisme est une maladie de l'esprit. Il promet la fraternité universelle, la paix et la prospérité pour inciter les humanistes et les idéalistes à participer à un complot qui vise à conquérir le pouvoir par la tromperie et à y rester par la force brute. » (John Stormer, None Dare Call It Treason)

Notes et références

  1. Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, 1848, [lire en ligne]
  2. Déclaration de Gérard Quevillon, président du RSI, sur RMC le 14 juillet 2014 (émission d'Éric Brunet).
  3. The Transformation of the Kibbutz and the Rejection of Socialism (Gary Becker).
  4. Qualifier le communisme de religion est pour Hannah Arendt un usage déplorable qui réduit le sens des choses en assimilant l'objet à sa fonction. Appliquer le terme religion à l'idéologie revient selon cette auteur à appeler marteau la chaussure dont on s'est servi pour planter un clou
  5. Alain Badiou :« Le communisme est le nom de l’alternative »
  6. The Violent Visions of Slavoj Žižek (John Gray)
  7. Frédéric Lordon, l’intransigeant colérique (Libération, 29/02/2016)

Voir aussi

Bibliographie

  • 2002, 2006, Marc Lazar, Le Communisme, une passion française, Perrin

Liens externes

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Le Communisme Est-il Un Humanisme? (for)
Le communisme n'aurait jamais été *véritablement* appliqué (for)



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