Vous pouvez contribuer simplement à Wikibéral. Pour cela, demandez un compte à adminwiki@liberaux.org. N'hésitez pas !


David Landes

De Wikiberal
Aller à la navigation Aller à la recherche

David S. Landes naît à New York en 1924 dans une famille juive d’origine russe. Après des études à Harvard, où il obtient son doctorat en 1953, il enseigne à Columbia, à Berkeley puis, à partir de 1964, à Harvard jusqu’à son éméritat. Ancien cryptanalyste[1] de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, il demeure toute sa vie un esprit curieux des techniques, du temps et des hommes. Il meurt en 2013, laissant une œuvre considérable qui a marqué l’histoire économique mondiale.

L’historien du progrès : la thèse culturelle

David S. Landes appartient à cette génération d’historiens américains qui ont voulu conjuguer l’histoire économique, l’histoire des techniques et l’anthropologie culturelle. Son parcours intellectuel est d’abord celui d’un spécialiste de la révolution industrielle, mais il élargit très vite sa réflexion à une question plus vaste : pourquoi certains peuples sont-ils devenus riches et puissants tandis que d’autres sont restés pauvres ou dominés ? Cette interrogation traverse l’ensemble de ses livres et donne à son œuvre une unité profonde. Contrairement à de nombreux économistes qui privilégient des modèles mathématiques ou des indicateurs macroéconomiques, Landes assume résolument une approche historique et qualitative. Pour lui, les chiffres ne disent pas tout, et les ressorts les plus profonds du développement résident dans des attitudes mentales, des habitudes collectives, des représentations du monde et du travail. Cette conviction le conduit à accorder une place centrale à la culture, qu’il définit non pas comme un ensemble de beaux-arts ou de traditions folkloriques, mais comme un système de valeurs et de comportements qui oriente durablement les choix économiques.

Dès 1958, Landes publie un ouvrage qui révèle déjà sa méthode et ses centres d'intérêt : Bankers and Pashas: International Finance and Economic Imperialism in Egypt[2]. Loin de la fresque globale de "Richesse et pauvreté des nations", ce livre est une plongée minutieuse dans les rouages de la finance internationale au XIXe siècle. Il s'appuie sur la correspondance inédite entre deux banquiers, les Français Alfred André et Edouard Dervieu, banquiers du khédive d'Égypte[3]. À travers leurs échanges, Landes raconte comment les préteurs européens ont profité des dettes de l'Égypte pour y étendre leur influence, un récit qui lui permet d'analyser les mécanismes concrets de l'impérialisme économique[4]. Surtout, il y esquisse déjà sa thèse culturelle : le banquier André est décrit comme un calviniste prudent et méthodique, incarnation vivante du lien entre l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme cher à Max Weber[5]. Ce livre, publié dans la collection Studies in Entrepreneurial History, témoigne de sa volonté de marier l'histoire économique et l'analyse des mentalités, une approche qu'il n'a cessé d'approfondir par la suite.

Cette réflexion, souvent résumée à ses seuls grands livres, trouve en réalité son origine dans des travaux empiriques très précoces. Dès 1949, à l’âge de vingt-cinq ans, Landes publie un article fondateur dans le Journal of Economic History intitulé « French Entrepreneurship and Industrial Growth in the Nineteenth Century »[6]. Il y pose déjà les jalons de sa méthode : loin des généralités sur l’esprit des peuples, il analyse finement le comportement des patrons français, leurs stratégies d’investissement, leur rapport au risque et leur formation technique. Il montre que le retard relatif de la France face à l’Angleterre ou à l’Allemagne ne tient ni à un manque de ressources ni à une infériorité technologique, mais à des structures familiales, à un système éducatif trop centralisé et trop peu tourné vers les sciences appliquées, et à une mentalité patronale prudente, attachée à la stabilité plutôt qu’à l’expansion. Cet article précoce atteste que la thèse culturelle de Landes n’est pas un prêt-à-penser idéologique, mais le fruit d’une enquête historique minutieuse, appliquée d’abord aux différences à l’intérieur même de l’Europe.

Le premier grand livre qui le fait connaître est L'Europe technicienne, publié en 1969 sous le titre original The Unbound Prometheus, et traduit en français en 1975[7]. Dans cet ouvrage, il analyse avec une érudition impressionnante la manière dont les savoir-faire artisanaux et les inventions mécaniques ont circulé en Europe entre le Moyen Âge et la révolution industrielle. Il montre que l'essor occidental ne tient pas à un génie national ni à une supériorité raciale, mais à une conjonction historique de facteurs politiques, sociaux et religieux. La réception de ce livre par ses pairs est éclairante. Dès 1978, l'historien Jacques Néré, dans un compte rendu de la traduction française, souligne l'ampleur et la richesse de l'ouvrage[8]. Néré confirme également l'importance que Landes accorde à la demande dans le décollage anglais, son traitement secondaire du capital, et son insistance sur les freins culturels, comme ce « code des bonnes manières » qui, selon Landes, paralysait la concurrence en France et rendait les cartels superflus[9]. Il insiste notamment sur le rôle du temps, thème qu'il approfondira plus tard dans L'Heure qu'il est (1983), un livre fascinant qui retrace l'histoire des horloges et de la mesure du temps depuis les cadrans solaires antiques jusqu'aux montres de précision modernes. Pour Landes, la capacité à mesurer le temps avec exactitude n'est pas un simple progrès technique : c'est une révolution mentale qui transforme la conception du travail, de la discipline et de la productivité. Les horloges mécaniques, les montres marines et les chronomètres de marine ont permis non seulement la navigation et le commerce mondial, mais aussi une nouvelle relation à l'effort, à l'échéance et à l'efficacité. Cette sensibilité au temps, qui devient une vertu sociale en Europe, est à ses yeux un des clivages fondamentaux entre les sociétés qui ont réussi leur décollage économique et celles qui sont restées en marge.

Mais c'est sans doute Richesse et pauvreté des nations, paru en 1998, qui demeure son ouvrage le plus célèbre et le plus discuté. Ce gros livre, écrit dans un style alerte et volontiers polémique, se présente comme une vaste fresque historique couvrant cinq siècles d'économie mondiale. Landes y reprend à son compte la question lancée par Adam Smith et par bien des penseurs des Lumières : comment expliquer que l'Europe, et singulièrement l'Europe du Nord-Ouest, ait été le berceau de la modernité industrielle ? Sa réponse est multiple, mais elle converge vers une idée-force : le développement économique est d'abord une affaire de culture, c'est-à-dire de valeurs, de croyances, d'attitudes face au risque, à l'innovation et à l'étranger. Il cite abondamment l'exemple des communautés juives, des huguenots français ou des quakers anglais, qui ont tous, à des degrés divers, favorisé l'esprit d'entreprise, la confiance interpersonnelle et la diffusion des connaissances. Il souligne aussi l'importance des universités, des guildes, des réseaux de correspondance scientifique et des académies, qui ont créé en Europe un terreau favorable à l'expérimentation et à la remise en cause des dogmes. À l'inverse, il est sévère pour les civilisations qu'il juge prisonnières de traditions rigides, de hiérarchies immobiles ou de méfiances communautaires qui freinent l'innovation. La Chine impériale, le monde ottoman ou l'Inde moghole sont ainsi présentés comme des sociétés brillantes mais sclérosées, incapables de reproduire la dynamique concurrentielle qui a animé l'Occident.

Cette conviction, qui irrigue toute son œuvre, trouve sa formulation la plus ramassée et la plus célèbre dans un chapitre qu'il publie en 2000, en ouverture d'un ouvrage collectif dirigé par Lawrence E. Harrison et Samuel P. Huntington, intitulé Culture Matters: How Values Shape Human Progress. Le titre même de sa contribution en dit long : « Culture Makes Almost All the Difference » (« La culture fait presque toute la différence »)[10]. En quelques mots, Landes résume l'essentiel de sa thèse, celle-là même qu'il n'a cessé d'approfondir depuis son article de 1949 sur l'entrepreneuriat français. Ce texte, qui le place en dialogue avec des économistes comme Michael Porter ou Jeffrey Sachs, ainsi qu'avec des politologues comme Francis Fukuyama, atteste de la résonance de ses idées bien au-delà du cercle des historiens[11].

Cette approche culturelle n'est pas pour autant un simple plaidoyer pour l'individualisme atomistique. Landes prend soin de rappeler que les institutions comptent aussi : la sécurité des contrats, l'indépendance de la justice, la stabilité monétaire, la liberté de circulation sont des conditions nécessaires à l'épanouissement des initiatives. Mais il insiste sur le fait que ces institutions ne naissent pas du néant ; elles sont elles-mêmes le produit d'une histoire culturelle, de luttes politiques, de compromis sociaux et de conceptions religieuses du monde. Il refuse ainsi le déterminisme géographique qui voudrait que les climats, les ressources naturelles ou la position sur le globe expliquent tout. Il récuse également le matérialisme historique orthodoxe, qui réduirait les idées à un simple reflet des rapports de production. Pour lui, les idées ont une efficacité propre : croire que l'avenir peut être meilleur que le passé, que l'effort individuel est récompensé, que le savoir doit être partagé et que l'étranger peut être une source d'enrichissement, voilà des croyances qui ont eu des conséquences économiques tangibles. Il va même jusqu'à affirmer que la Réforme protestante, avec son accent sur la lecture personnelle de la Bible et la responsabilité individuelle, a joué un rôle clé dans l'émergence de ce qu'il appelle l'« esprit moderne ».

Cette thèse trouve son expression la plus frappante dans son analyse des techniques de précision. Landes montre que les horlogers, les fabricants d'instruments scientifiques, les armuriers et les mécaniciens ont formé en Europe un milieu où la minutie, la reproductibilité et la standardisation étaient valorisées pour elles-mêmes. Cette culture de la précision n'a pas seulement permis de construire de meilleures montres ou de meilleurs canons ; elle a préparé les esprits à l'idée de mesure, de calcul, de planification, qui sont au cœur de l'entreprise industrielle. Il oppose cette mentalité à celle des sociétés où l'approximation est tolérée, où le temps est vécu de manière cyclique plutôt que linéaire, où l'autorité traditionnelle l'emporte sur l'expérience personnelle. Sans caricaturer, Landes dresse ainsi un tableau contrasté qui fait de l'Europe un laboratoire unique de rationalité appliquée. Cette vision a séduit un large public, notamment dans les milieux d'affaires et de l'éducation, parce qu'elle offrait une explication accessible, non technique, mais solidement documentée, des inégalités de développement. Elle a aussi rencontré un écho dans les pays émergents, où certains dirigeants et intellectuels y ont vu une invitation à réformer les mentalités plus encore que les lois.

Toutefois, l'œuvre landesienne ne saurait être résumée à une simple apologie de l'Occident. Landes est un historien exigeant, qui multiplie les sources primaires, les études de cas et les comparaisons minutieuses. Il n'ignore pas les zones d'ombre de la modernisation européenne : les guerres de religion, l'esclavage colonial, la souffrance ouvrière, les inégalités sociales. Mais il estime que ces phénomènes, bien que tragiques, ne remettent pas en cause le caractère singulier de la trajectoire occidentale. Il distingue clairement le progrès technique et économique de la moralité des acteurs. Ce faisant, il assume un parti pris méthodologique : l'historien doit d'abord comprendre pourquoi les faits se sont produits, sans se laisser paralyser par le jugement moral. Cette posture, très anglo-saxonne, lui vaut des admirations mais aussi des critiques vives.

Les débats historiographiques

David S. Landes, professeur à Harvard, a exercé une influence considérable sur plusieurs générations d'étudiants et de chercheurs. Mais son œuvre, précisément parce qu'elle est ambitieuse et provocante, a suscité dès sa parution des réactions contrastées. Aujourd'hui encore, il est à la fois célébré comme un grand érudit et critiqué comme un représentant assumé d'un certain eurocentrisme académique.

Un historien engagé dans les débats de son temps

L'ouvrage de 1958 offre un éclairage précieux sur la genèse de sa pensée. En racontant l'histoire des banquiers André[12] et Dervieu[13], Landes montre comment la finance internationale a pu servir d'instrument d'impérialisme économique, une analyse concrète qui contraste avec les critiques d'"eurocentrisme" parfois adressées à ses travaux ultérieurs[14]. Ce faisant, il applique déjà sa méthode : l'étude des acteurs, de leurs motivations et de leur culture, pour comprendre les grands phénomènes économiques.

En 1972, Landes participe activement aux débats de l'association "Economic History", en publiant, avec Sylvia L. Thrupp et Tom G. Kessinger, des "Comments on Papers by Hohenberg, Mendels, and Mazzaoui"[15]. Ce texte, qui est la retranscription de ses commentaires lors de la réunion annuelle de 1971, porte sur des questions de demande de biens manufacturés, un thème qui éclaire un autre aspect de sa pensée économique. Il y apporte des critiques de détail sur les communications de ses collègues, démontrant sa rigueur et sa familiarité avec les sources, tout en se concentrant sur les périodes qui relèvent de sa compétence[16]. Cette intervention témoigne de son engagement dans la vie scientifique de sa discipline, où il était à la fois un producteur et un critique avisé des travaux de ses pairs.

En 1979, Landes fait paraître un article de synthèse dans The Business History Review qui préfigure son ouvrage majeur à venir. Intitulé "Watchmaking: A Case Study in Enterprise and Change"[17], il y retrace l'histoire de l'industrie horlogère, de l'Allemagne du XVIe siècle aux États-Unis, pour démontrer la primauté des facteurs humains sur les seules contraintes matérielles. Il y soutient que cette industrie, par sa légèreté et sa valeur ajoutée, est un « cas test » idéal pour observer l'impact de la culture, des savoir-faire et de l'organisation sociale sur la réussite industrielle. Cette publication, qui annonce Revolution in Time (1983), confirme que l'histoire du temps et de sa mesure a été une préoccupation constante de Landes, bien avant la consécration de Richesse et pauvreté des nations.

En 1987, Landes participe à nouveau à un débat académique en publiant un compte rendu dans la revue Past & Present. L'article, intitulé "The Ordering of the Urban Environment: Time, Work and the Occurrence of Crowds 1790-1835"[18], est un commentaire sur un article de Mark Harrison paru dans le même numéro. Ce texte s'inscrit dans le prolongement direct de son propre ouvrage Revolution in Time: Clocks and the Making of the Modern World, publié quatre ans plus tôt. Il témoigne de l'importance qu'il accordait à la mesure du temps et à son influence sur les comportements sociaux, une dimension trop souvent négligée dans les analyses économiques classiques. Cette intervention, par son caractère réflexif et critique, confirme son rôle d'acteur engagé dans les débats historiographiques de son temps, capable de dialoguer avec les travaux de ses pairs pour approfondir la compréhension des phénomènes économiques et sociaux.

En 1978, alors qu'il est élu président de la Economic History Association, Landes prononce un discours fondateur intitulé "On Avoiding Babel"[19]. Il y livre ses « réflexions personnelles sur le caractère et la direction » de sa discipline[20]. Il y souligne qu'il est « le premier président de l'Association depuis des années à venir à l'histoire économique du côté de l'histoire »[21], une remarque qui témoigne du basculement de la discipline vers des approches plus économétriques. Ce texte, par son caractère réflexif, fait le pont entre les préoccupations épistémologiques qu'il développera en 1994 sur le rôle de l'accident et sa pratique d'historien du concret. Il révèle un Landes qui, tout en maîtrisant les méthodes quantitatives, revendique l'apport irremplaçable de l'histoire dans la compréhension des phénomènes économiques. Ce discours, prononcé à un moment charnière de sa carrière, confirme son souci constant de la méthode et son rôle d'acteur engagé dans le débat historiographique de son temps.

La reconnaissance et les synthèses d'une carrière

Le regard porté sur l'œuvre de Landes par ses pairs après sa mort confirme et prolonge cette lecture. En 2013, l'historien Peter Temin, du MIT, écrivant pour le compte de la Economic History Association, propose une synthèse de son apport en trois grands thèmes : le progrès technique, le rôle des entrepreneurs et l'influence de la culture[22]. Temin souligne que si Landes est surtout connu pour ses grandes fresques narratives, il n'en a pas moins été un participant actif aux débats de la « New Economic History ». Il rappelle que la préoccupation pour les sociétés et les cultures est présente dès son premier livre, Bankers and Pashas, et qu'elle irrigue toute son œuvre, jusqu'à Richesse et pauvreté des nations. Cette structuration en trois pôles – technologie, entrepreneuriat, culture – offre une grille de lecture commode pour parcourir l'œuvre de Landes, et confirme que sa thèse culturelle n'est pas un à-côté polémique, mais le cœur d'une réflexion cohérente, présente dès ses premières enquêtes.</ref>.

Temin met également en lumière un aspect important de la pensée de Landes : son insistance sur le rôle des femmes dans le développement. Selon lui, Landes soutenait qu'aucune société excluant les femmes de l'activité économique ne pouvait prospérer, car elle se privait de la moitié de son capital humain et entretenait chez les hommes une attitude de domination et de conservatisme qui freinait l'innovation[23]. Cette observation, notée par Temin, ajoute une dimension sociale et politique à la thèse culturelle de Landes, souvent perçue comme plus exclusivement centrée sur l'éthique du travail ou l'esprit d'entreprise. Elle montre que Landes voyait dans l'exclusion des femmes un symptôme et une cause du sous-développement, une idée qui résonne avec les débats contemporains sur les inégalités de genre et le développement.

Par ailleurs, la parution en 2000 du chapitre « Culture Makes Almost All the Difference » dans l'ouvrage collectif Culture Matters place Landes au cœur d'un débat interdisciplinaire de premier plan sur le rôle des valeurs dans le développement économique. En y côtoyant des figures comme Michael Porter, Jeffrey Sachs ou Francis Fukuyama[24], Landes voit sa thèse culturelle reconnue comme une contribution majeure à la réflexion sur les inégalités de développement au tournant du XXIe siècle. Cette reconnaissance dépasse le seul cercle des historiens et inscrit son œuvre dans un dialogue plus large entre économistes, politologues et sociologues.

Ce travail de synthèse sur l'entrepreneuriat, déjà esquissé dans Bankers and Pashas avec son étude des banquiers internationaux, trouve son aboutissement ultime en 2010, lorsqu'il codirige, avec l'économiste William Baumol et l'historien Joel Mokyr, un vaste ouvrage collectif intitulé The Invention of Enterprise: Entrepreneurship from Ancient Mesopotamia to Modern Times[25]. L'ouvrage rassemble des dizaines de spécialistes pour retracer, de la Mésopotamie à nos jours, le rôle de l'innovateur dans la prospérité des nations. Par sa dimension résolument mondiale – incluant des chapitres sur le Moyen-Orient islamique, la Chine et le Japon – et interdisciplinaire, ce livre parachève la fresque qu'il avait entamée avec Richesse et pauvreté des nations. Il témoigne de la capacité de Landes à fédérer la recherche sur un thème qu'il n'a cessé d'approfondir depuis l'article de 1949 : les ressorts culturels, sociaux et institutionnels de l'activité économique. Cette publication, intervenue trois ans avant sa mort, couronne une carrière consacrée à comprendre pourquoi certaines sociétés inventent, entreprennent et prospèrent, tandis que d'autres stagnent.

Le goût du récit incarné : critique et fresque historique

Cette attention portée aux structures d'entreprise et aux dynasties familiales, qui parcourt toute son œuvre, se manifeste aussi dans son activité de critique. En 2001, dans le cadre du projet "Project 2000" de la Economic History Association, il est sollicité pour rédiger un compte rendu approfondi de l'ouvrage majeur d'Alfred D. Chandler, "The Visible Hand: The Managerial Revolution in American Business" (1977)[26]. Landes y qualifie Chandler de « maître mondial de l'histoire de l'entreprise institutionnelle » et salue un travail qui a « réécrit en effet le cours de l'histoire économique américaine et posé les bases d'explorations comparatives internationales »[27]. Il s'attarde sur la thèse centrale de Chandler – la supériorité de la coordination administrative sur les mécanismes de marché – tout en soulignant la persistance et la vigueur des entreprises familiales, dont il mentionne l'existence d'une fraternité internationale, Les Henokiens, qui rassemble des dynasties vieilles de plus de deux cents ans[28]. Cet essai montre un Landes pleinement engagé dans les débats historiographiques de son temps, capable de saluer l'apport d'un confrère tout en lui apportant des nuances, notamment sur la question des entreprises familiales qu'il approfondira dans Dynasties quelques années plus tard. Il confirme aussi sa méthode comparative, qu'il partage avec Chandler, et son intérêt constant pour les acteurs et les structures de l'économie.</ref>

Cette œuvre monumentale, qui lui a valu une reconnaissance publique immense, ne l'a pas fait oublier son goût pour le récit historique incarné. Il le retrouve en 2006, dans son dernier grand livre publié de son vivant, "Dynasties: Fortunes and Misfortunes of the World's Great Family Businesses"[29]. Il y raconte les destins des grandes familles qui ont dominé l'industrie – Ford, Rothschild, Morgan, Rockefeller, Guggenheim, Agnelli, Toyoda, etc. –, une galerie de portraits qui prolonge sa réflexion sur les ressorts culturels de la réussite économique. Il y défend la thèse que les dynasties familiales, par leur confiance et leur loyauté internes, offrent une efficacité que les entreprises managériales peinent à reproduire, une idée qui fait écho à ses travaux sur les « capitaux sociaux » et la culture comme facteur de développement. À travers ces histoires de réussite et de déclin, Landes offre une nouvelle lecture de l'histoire du capitalisme, montrant que l'économie ne saurait se réduire à des lois impersonnelles, mais qu'elle est aussi une affaire de liens, de passions et de transmission. Cette œuvre de la maturité, saluée pour son style et son érudition, constitue un digne couronnement d'une carrière consacrée à comprendre les hommes derrière les chiffres.

Controverses : eurocentrisme, déterminisme culturel et impérialisme

Le regard de ses contemporains, tel celui de Jacques Néré en 1978, confirme cette ambivalence. Néré salue un ouvrage qui se recommande « non seulement par une prodigieuse érudition et une grande clarté d'exposition, mais par l'horreur de toute simplification dogmatique, le sentiment très juste de l'infinie complexité des phénomènes où interviennent les facteurs les plus divers »[30]. Il le qualifie d'ailleurs d'« indispensable à quiconque veut comprendre l'histoire économique des deux derniers siècles »[31]. Mais il relève aussi quelques faiblesses, comme une périodisation discutable ou un traitement inégal des différentes périodes, notamment celle de l'après-1945. Ce compte rendu, publié neuf ans après l'édition originale et trois ans après la traduction française, témoigne de la manière dont l'œuvre de Landes fut reçue par ses pairs : avec admiration pour son érudition et sa complexité, mais aussi avec un œil critique sur ses partis pris et ses lacunes mineures.

Eurocentrisme

La controverse principale autour de l'œuvre de Landes tient à sa manière de traiter les sociétés non occidentales. Dans Richesse et pauvreté des nations, il consacre des chapitres entiers à la Chine, à l'Inde, au monde islamique et à l'Afrique, mais souvent pour souligner leurs retards, leurs blocages et leurs résistances au changement. Il évoque par exemple la « trappe malthusienne » qui aurait maintenu la Chine dans un équilibre de pauvreté, ou la « méfiance des commerçants » qui aurait handicapé l'empire ottoman. Ces analyses, bien que fondées sur une lecture sérieuse de la littérature secondaire, sont perçues par beaucoup comme un regard extérieur, voire condescendant, qui réduit des civilisations complexes à quelques traits supposés négatifs. Les historiens du monde asiatique ou africain lui reprochent de ne pas avoir suffisamment tenu compte des dynamiques internes, des innovations locales, des formes alternatives de rationalité économique. Ils estiment que son comparatisme est asymétrique : il juge l'Orient avec les critères de l'Occident, sans jamais s'interroger sur la validité universelle de ces critères. Ainsi, sa description des « sociétés bloquées » est parfois dénoncée comme une forme de violence symbolique, qui naturalise la domination occidentale en la présentant comme le fruit d'une supériorité culturelle intrinsèque.

Cette critique, pourtant légitime, gagne à être nuancée à la lumière de l'article de 1949. En effet, on y voit que Landes applique d'abord sa grille d'analyse à une nation européenne, la France, et qu'il le fait avec une précision empirique qui interdit de réduire sa démarche à un simple affrontement entre l'Occident triomphant et un Orient figé. Il n'y est pas question de supériorité raciale ou de génie national, mais de comportements économiques concrets, documentés par des archives industrielles, des correspondances d'entrepreneurs et des statistiques régionales. Il montre que les patrons français, loin d'être « paresseux » ou « incapables », agissent de manière rationnelle dans un contexte institutionnel et culturel donné : ils privilégient l'investissement foncier, la sécurité familiale et la rente, parce que le système éducatif ne forme pas assez d'ingénieurs praticiens, parce que le crédit est coûteux, et parce que l'ascension sociale passe davantage par la fonction publique que par l'industrie. Cette analyse, qui intègre déjà des facteurs institutionnels et politiques, rend la critique d'un « déterminisme culturel » sommaire plus difficile à soutenir. Loin d'être un idéologue, Landes est d'abord un historien du terrain, dont la thèse culturelle procède d'une accumulation de cas particuliers avant de devenir une théorie globale.

En 2006, la même année que son livre Dynasties, Landes publie un article dans le Journal of Economic Perspectives qui résume avec une rare clarté sa position sur la « Grande Divergence ». Intitulé "Why Europe and the West? Why Not China?", il y réaffirme que l'avance européenne n'est pas un accident, mais le résultat d'un processus long et complexe. Il y prend position contre les lectures qu'il juge « multiculturelles » ou « politiquement correctes », qui attribueraient la domination européenne à une simple série de contingences heureuses[32]. Pour Landes, la question est trop sérieuse pour être laissée au hasard : c'est la compréhension de l'inversion des destins entre l'Asie et l'Europe qui est en jeu. En ce sens, cet article est un véritable testament intellectuel, qui rassemble en quelques pages les thèses qu'il a défendues pendant plus d'un demi-siècle : le rôle de la culture, l'importance des institutions, et le refus des explications simplistes par le seul accident.

Déterminisme culturel

Le deuxième grand motif de critique est ce qu'on a appelé le déterminisme culturel. Landes insiste tellement sur les valeurs, les croyances et les habitudes qu'il tend à minimiser d'autres facteurs explicatifs pourtant essentiels : les rapports de force internationaux, les effets du colonialisme, les inégalités structurelles, les politiques économiques, les conjonctures démographiques ou encore les accidents historiques. Or, de nombreux travaux récents, en particulier ceux de Daron Acemoglu et James Robinson dans Pourquoi les nations échouent, montrent que les institutions politiques et juridiques jouent un rôle déterminant dans la réussite ou l'échec des pays. Ces auteurs soutiennent que ce ne sont pas les mentalités qui créent les bonnes institutions, mais l'inverse : ce sont les institutions inclusives qui favorisent l'innovation et la confiance, tandis que les institutions extractives engendrent méfiance et stagnation. Ils reprochent à Landes une forme de circularité argumentative : si une société est pauvre, c'est parce qu'elle a une mauvaise culture ; mais comment sait-on qu'elle a une mauvaise culture ? Parce qu'elle est pauvre. Ce raisonnement tautologique, selon eux, empêche de voir les causes profondes, comme l'héritage des systèmes coloniaux, la prédation des élites ou l'instabilité politique. Ils lui opposent des exemples historiques où des changements institutionnels radicaux ont modifié en quelques décennies les comportements économiques, sans qu'une transformation culturelle préalable ait eu lieu.

Pourtant, l'article de 1949 montre que Landes ne néglige pas les institutions : il consacre une part importante de sa démonstration au rôle du système éducatif français, à la structure du crédit, à l'organisation des professions et à l'attitude de l'État face à l'industrie. Le compte rendu de Néré confirme d'ailleurs ce point : il relève que Landes propose un « résumé très complet de la liquidation des entraves juridiques à l'essor du capitalisme »[33]. S'il subordonne ces institutions à la culture, ce n'est pas par négligence, mais par conviction méthodologique : il estime que les institutions sont elles-mêmes des produits historiques de croyances et de rapports de force antérieurs. En ce sens, il ne s'oppose pas frontalement à Acemoglu et Robinson ; il déplace simplement le curseur explicatif d'un cran plus loin dans la chaîne des causalités. Cette position, discutable, n'en est pas moins cohérente et solidement argumentée, comme en témoigne la précision de ses premières enquêtes.

Cette dimension épistémologique de la pensée de Landes trouve son expression la plus claire dans un article de 1994, intitulé « What Room for Accident in History? Explaining Big Changes by Small Events »[34]. Landes y défend avec vigueur une position de principe : les grands changements historiques, comme la révolution industrielle, appellent des causes grandes et complexes. Il s'insurge contre deux thèses qu'il juge erronées et dangereuses : d'une part, l'idée que la domination économique de l'Europe ne serait que le fruit du hasard ou d'une série d'accidents heureux ; d'autre part, l'affirmation selon laquelle la révolution industrielle britannique aurait pu se produire ailleurs, par exemple en France, si quelques circonstances mineures avaient été différentes. Landes qualifie cette approche d'« histoire optative » – une histoire écrite comme l'historien souhaiterait qu'elle se fût déroulée – et y voit une construction intellectuelle qui doit plus à la théorie abstraite qu'à l'examen rigoureux des faits. Il met également en garde contre l'usage abusif de données quantitatives mal construites, qu'il appelle des « chiffres fabriqués » (manufactured numbers) [35]. Ces chiffres, une fois mariés à une théorie abstraite, peuvent produire des illusions de rigueur et masquer la complexité réelle des processus historiques[36].

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Le cryptanalyste est un spécialiste chargé de déchiffrer les messages codés ou chiffrés ennemis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les services de renseignement alliés, notamment américains et britanniques, ont recruté des linguistes, des mathématiciens et des spécialistes en logique pour percer les codes japonais et allemands. Le travail de Landes consistait à analyser les communications japonaises pour en extraire des renseignements militaires, une activité qui exigeait une grande rigueur intellectuelle, une patience méticuleuse et un goût prononcé pour la résolution d'énigmes – des qualités qu'il a ensuite mises au service de ses recherches historiques sur les techniques et les mentalités.
  2. David S. Landes, Bankers and Pashas: International Finance and Economic Imperialism in Egypt, Cambridge, Harvard University Press, 1958.
  3. Le khédive est un titre honorifique d'origine persane signifiant « seigneur » ou « souverain », utilisé par les vice-rois d'Égypte qui gouvernèrent le pays au nom de l'Empire ottoman entre 1867 et 1914. Le titre fut officiellement accordé à Ismaïl Pacha en 1867 par le sultan ottoman Abdülaziz, en échange d'une augmentation du tribut versé à Constantinople. Les khédives, en particulier Ismaïl Pacha (r. 1863-1879), menèrent une politique de modernisation rapide et dispendieuse de l'Égypte, marquée par la construction du canal de Suez, l'extension du réseau ferroviaire et le développement du coton comme culture d'exportation. Cette politique les contraignit à recourir massivement à l'emprunt auprès des banques européennes, endettant l'Égypte au point de provoquer une crise financière internationale qui déboucha sur l'établissement du Contrôle dual (1876) puis sur l'occupation britannique du pays en 1882. L'étude de Landes s'inscrit dans ce contexte : il analyse comment les banquiers André et Dervieu, à travers leurs opérations financières avec le khédive, contribuèrent à cette mainmise européenne sur l'économie égyptienne.
  4. Voir le compte rendu de l'ouvrage dans The Spectator, 21 novembre 1958
  5. Ibid.
  6. David S. Landes, « French Entrepreneurship and Industrial Growth in the Nineteenth Century », The Journal of Economic History, vol. 9, n° 1, 1949, pp45-61.
  7. David S. Landes, L'Europe technicienne. Révolution technique et libre essor industriel en Europe occidentale de 1750 à nos jours, trad. Louis Evrard, Paris, Gallimard, 1975, 779 p.
  8. Jacques Néré, compte rendu de David S. Landes, L'Europe technicienne…, Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 25, n°1, 1978, pp. 157-159.
  9. Néré, ibid., p. 158.
  10. David Landes, « Culture Makes Almost all the Difference », in Lawrence E. Harrison et Samuel P. Huntington (dir.), Culture Matters: How Values Shape Human Progress, New York, Basic Books, 2000, pp. 2-13.
  11. Voir la table des matières de l'ouvrage : Michael E. Porter, « Attitudes, Values, Beliefs, and the Microeconomics of Prosperity » ; Jeffrey Sachs, « Notes on a New Sociology of Economic Development » ; Francis Fukuyama, « Social Capital ».
  12. Alfred-Louis-Édouard André (1827-1896) est un banquier et homme politique français, figure emblématique de la haute finance protestante du XIXe siècle. Issu d'une famille de banquiers nîmois installée à Paris, il entre dans la banque familiale en 1855 et devient associé-gérant de la Banque Marcuard, André et Cie. Sa carrière est marquée par une étroite imbrication entre la sphère privée et les fonctions officielles étatiques. En 1871, après avoir négocié le versement de l'indemnité de guerre à l'Allemagne, il est nommé régent de la Banque de France, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort. Il est également administrateur de la Banque ottomane (dont il est membre du Comité parisien de 1863 à 1896), véritable instrument du capitalisme d'État français en Orient, du transport ferroviaire PLM, des Forges et des Chantiers de la Méditerranée et des Messageries maritimes. Élu député de la Seine en 1871 sur une liste républicaine conservatrice, il défend à la tribune la liberté d'entreprise, la liberté d'enseignement et la liberté religieuse, mais aussi le protectionnisme et l'interventionnisme d'État. Protestant ardent, membre du Consistoire de Paris, il lègue à la Société de l'histoire du protestantisme français une collection exceptionnelle de livres anciens, connue comme le « Fonds André ». Le personnage d'Alfred André, que David S. Landes décrit comme un calviniste prudent et méthodique, incarne le lien entre éthique protestante et esprit du capitalisme cher à Max Weber, mais il est surtout le représentant d'un capitalisme de connivence, où les intérêts privés et la politique d'État se confondent pour étendre l'influence de la France en Égypte et en Méditerranée.
  13. Édouard André Dervieu (1824-1905), né à Marseille, est un homme d'affaires français qui fait carrière en Égypte au milieu du XIXe siècle. Issu d'une famille lyonnaise de négociants, il s'installe en Égypte en 1855 comme directeur des Messageries impériales à Alexandrie, avant de fonder en 1860 une banque privée qui atteint un capital de 10 millions de francs dès 1863. Il devient le banquier personnel du vice-roi d'Égypte, grâce à ses relations avec la famille du pacha, et est député de la colonie française à Alexandrie. Associé dans ses affaires au banquier Émile André (parent d'Alfred André) puis à la banque Oppenheim, il est également président des Chemins de fer de Roumélie et administrateur du PLM, de la Banque commerciale ottomane, du Crédit général français, des Mines d'or de la Guyane française et des Plâtrières du Bassin de Paris. Rentré à Paris au début des années 1870, il y fonde une banque privée (Dervieu, Guillaumeron et Cie) et se fait construire un hôtel particulier boulevard de Courcelles. Protestant comme son associé André, il est membre du conseil presbytéral de la paroisse Saint-Esprit. Le krach de l'Union générale en 1882, dont il est l'un des promoteurs, lui porte un lourd coup. La correspondance entre Dervieu et Alfred André, qui constitue le socle documentaire de l'ouvrage de Landes, offre un aperçu exceptionnel des méthodes et des motivations de la finance internationale au XIXe siècle.
  14. Bankers and Pashas, passim.
  15. David S. Landes, Sylvia L. Thrupp, Tom G. Kessinger, « Comments on Papers by Hohenberg, Mendels, and Mazzaoui », The Journal of Economic History, vol. 32, n° 1, 1972, pp. 287-297.
  16. Ibid., p. 287.
  17. David S. Landes, « Watchmaking: A Case Study in Enterprise and Change », Business History Review, vol. 53, n° 1, 1979, pp. 1-39.
  18. David S. Landes, « The Ordering of the Urban Environment: Time, Work and the Occurrence of Crowds 1790-1835 », Past & Present, n° 116, août 1987, pp. 192-199.
  19. David S. Landes, « On Avoiding Babel », The Journal of Economic History, vol. 38, n° 1, 1978, pp. 3-12.
  20. Ibid., p. 3.
  21. Ibid., p. 3.
  22. Peter Temin, « David S. Landes (1924-2013) », In Memoriam, Economic History Association, 2013
  23. Peter Temin, « David S. Landes (1924-2013) », In Memoriam, Economic History Association, 2013.
  24. Lawrence E. Harrison et Samuel P. Huntington (dir.), Culture Matters: How Values Shape Human Progress, New York, Basic Books, 2000.
  25. David S. Landes, Joel Mokyr, William J. Baumol (dir.), The Invention of Enterprise: Entrepreneurship from Ancient Mesopotamia to Modern Times, Princeton, Princeton University Press, 2010.
  26. David S. Landes, « Alfred Chandler: World Master of Institutional Business History », commentaire de l'ouvrage d'Alfred Chandler, "The Visible Hand", Project 2000, Economic History Association, 2001, Disponible sur le site de l'EHA
  27. Ibid.
  28. Ibid.
  29. David S. Landes, "Dynasties: Fortunes and Misfortunes of the World's Great Family Businesses", New York, Viking, 2006.
  30. Néré, ibid., p. 159.
  31. Néré, ibid., p. 159.
  32. David S. Landes, « Why Europe and the West? Why Not China? », The Journal of Economic Perspectives, vol. 20, n° 2, 2006, pp. 3-22.
  33. Néré, ibid., p. 158.
  34. David S. Landes, « What Room for Accident in History? Explaining Big Changes by Small Events », The Economic History Review, vol. 47, n° 4, 1994, pp. 637-656.
  35. Landes, « What Room for Accident in History? », p. 638.
  36. Landes, ibid., p. 639.

Publications

  • 1949, "French Entrepreneurship and Industrial Growth in the Nineteenth Century", Journal of Economic History, Vol 9, pp45-61
  • 1958, "Bankers and Pashas: International Finance and Economic Imperialism in Egypt", Cambridge, Harvard University Press.
  • 1969, "The Unbound Prometheus", Cambridge University
    • Traduit en français en 1975 par Louis Evrard, "L'Europe technicienne. Révolution technique et libre essor industriel en Europe occidentale de 1750 à nos jours", Paris: Gallimard
  • 1972, avec Sylvia L. Thrupp, Tom G. Kessinger, "Comments on Papers by Hohenberg, Mendels, and Mazzaoui", The Journal of Economic History, Vol 32, n°1, March, pp287-297
  • 1978, "On Avoiding Babel", The Journal of Economic History, Vol 38, n°1, March, pp3-12
  • 1979, "Watchmaking: A Case Study in Enterprise and Change", The Business History Review, Vol 53, n°1, Spring, pp1-39
  • 1983, "Revolution in Time: Clocks and the Making of the Modern World", Cambridge: Harvard University Press
  • 1987, "The Ordering of the Urban Environment: Time, Work and the Occurrence of Crowds 1790-1835", Past & Present, n°116, Aug., pp192-199
  • 1994, "What room for accident in history? Explaining big changes by small events", Economic History Review, Vol 47, pp637-656
  • 1998, "The Wealth and Poverty of Nations: Why Some are so Rich and Some so Poor", New York: Norton
  • 2000, "Culture Makes almost all the Difference", In: Lawrence E. Harrison, Samuel P. Huntington, dir., "Culture Matters: How Values Shape Human Progress", New York: Basic Books, pp2-13
  • 2006,
    • a. "Dynasties: Fortunes and Misfortunes of the World’s Great Family Businesses", New York: Viking
    • b. "Why Europe and the West? Why Not China?", The Journal of Economic Perspectives, Vol 20, n°2, Spring, pp3-22
  • 2010, avec William Baumol, Joel Mokyr, dir., "The Invention of Enterprise: Entrepreneurship from Ancient Mesopotamia to Modern Times", Princeton University Press

Littérature secondaire

  • 1978, Jacques Néré, commentaire de la traduction française du livre de David S. Landes, "L'Europe technicienne. Révolution technique et libre essor industriel en Europe occidentale de 1750 à nos jours", Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, Vol 25, n°1, pp157-159



Chronometre.png Accédez d'un seul coup d’œil au portail sur l'histoire du libéralisme et de la liberté.