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Jukka Kaisla

De Wikiberal

Jukka Kaisla est un économiste finlandais qui a obtenu un doctorat en économie et qui a travaillé aux côtés de Martti Vihanto, économiste de l'université de Turku et porte-parole de l'école autrichienne d'économie en Finlande.

Parmi ses domaines de recherche, Jukka Kaisla s'intéresse à la théorie de l'entrepreneur, à la théorie de la firme et particulièrement à la théorie constitutionnelle de la firme. Il s'attache à comprendre pourquoi les entrepreneurs font des erreurs à partir des outils méthodologiques de la rationalité et de la psychologie.

Une épistémologie réaliste et intersubjective de la théorie de l'entrepreneur

Puisque chacun de nous est affecté, dans le domaine socio-économique, par un changement continu des connaissances, nous prévient Jukka Kaisla, cela revient à conclure que la façon dont nous percevons la réalité amplifie l'influence de celle-ci sur les changements continus de nos attentes et sur nos interprétations du passé. Il est donc plus important de s'attarder sur le changement dans les connaissances que de trouver une définition de "la connaissance". Car, pour être plus précis dans l'expression métonymique[1], la connaissance est un processus continu de rétroaction et d'interprétation.

L'entrepreneur est confronté à la réalité qui lui renvoie les résultats positifs (gains) ou négatifs (pertes) de ces actions. Dans ce cas, la réalité sert de concept de travail et de mesure pour le traitement de la connaissance à un niveau général et supérieur. Si l'attente d'un entrepreneur d'un événement futur ne réussit pas, c'est parce que ses anticipations ne sont pas cohérentes avec la réalité telle qu'elle s'est déroulée. Cependant, Jukka Kaisla nous montre que cette analyse est incomplète.

Conformément à la théorie d'Israel Kirzner, l'esprit d'entreprise est un talent pour découvrir des erreurs sur le marché. Les entrepreneurs tentent d'acheter au plus bas et de vendre au plus haut, en déplaçant des ressources inter-temporellement ou inter-spatialement. Ils essaient de créer de nouveaux services ou de nouveaux produits qui peuvent se révéler rentables. Le fait que les erreurs se propagent durant une certaine période n'est pas contradictoire avec la sanction de la réalité. Car l'échec ou le succès doivent être considérés au regard du partage des interprétations. Par exemple, l'inflation crée des illusions de profit ce qui incite les entrepreneurs à investir. Ces anticipations sont renforcées par les interprétations des autres entrepreneurs, jusqu'au moment où la réalité arrive à son évidence et les investissements ne peuvent plus être complétés. Cependant, il serait faux de croire que tous les entrepreneurs seraient en échec. il y a parmi eux, des acteurs qui ont compris qu'il ne fallait pas suivre les fausses interprétations partagées, et qui, eux, réussissent.

Pour comprendre la réalité, Jukka Kaisla utilise le concept d'intersubjectivité cher à Alfred Schutz et de l'ordre sensoriel de Friedrich Hayek. L'intersubjectivité signifie qu'il existe une dynamique mise en mouvement par des individus aux connaissances dispersées qui interprètent les événements réels au moyen de leur sens. Ceci constitue la partie subjective de la réalité. Mais ces événements sont réels car ils sont déclenchés par les actions des individus qui interprètent les actions des autres (ceci est la partie interactive). Toutefois, la réalité existe. Elle est externe et séparée de nos interprétations. Même sans entrepreneur, cette réalité est présente, elle ne dépend donc pas de la perception d'un individu et encore moins d'un collectif. La réalité se différencie donc de la connaissance objective, puisque même sans connaissance, la réalité est toujours là.

Désirant s'appuyer sur Karl Popper, il déclare que les individus créent la connaissance objective par le partage des significations et des actions intersubjectives. Dans le phénomène de la prophétie auto-réalisatrice, par exemple, le processus est réflexif car les interprétations intersubjectives affectent la forme de la connaissance objective, qui se répercute à son tour sur les interprétations de la réalité intersubjective (cas des marchés financiers). Ainsi, la réalité s'établit par un processus de réflexivité et se confronte aux anticipations partagées. Faisant face à leurs échecs, les participants interprètent la connaissance intersubjective comme faillible, ce qui donne la qualité nécessaire aux connaissances d'être modifiées de leur état initial.

En résumé, le succès d'un entrepreneur ne se mesure pas seulement par la cohérence entre ses attentes et la réalité telle qu'elle se déroule dans le temps. Le succès dépend de la capacité de l'entrepreneur à comprendre comment les connaissances sont créées par un processus réflexif dans lequel les participants interprètent le sens des autres et par sa participation à la création de la connaissance objective.

Notes et références

  1. La métonymie est une figure de style qui consiste à exprimer la partie pour le tout ou l'inverse

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