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Étienne Bonnot de Condillac

De Wikiberal
Étienne Bonnot de Condillac
philosophe

Dates 1715 - 1780
Étienne Bonnot de Condillac
Tendance libéral classique
Origine France France
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Citation
inter lib.org sur Étienne Bonnot de Condillac
Catallaxia

Étienne Bonnot de Condillac (30 septembre 1715 - 3 août 1780), est un philosophe français.

Sommaire

Présentation

C'est le frère du pré-socialiste Gabriel Bonnot de Mably‎.

Condillac est le premier à penser explicitement les rapports entre l’économie et la politique. Murray Rothbard et l’école de Chicago sont les héritiers directs de notre abbé (car il était abbé). Plus fort que Richard Cantillon, Condillac explicite des notions jusque-là floues et incomplètes. Il fonde la valeur sur l’utilité. La valeur est donc subjective, et même deux fois subjective : elle répond aux besoins du sujet, et elle ne devient valeur que par une estimation subjective. Ce sont donc nos besoins qui déterminent la valeur des choses. Évidemment, on sent moins les besoins dans l’abondance que dans la rareté, mais le fond du nœud est bien là. Comme le dit Condillac dans un éclair de génie,

Une chose n’a pas une valeur parce qu’elle coûte, comme on le suppose ; mais elle coûte, parce qu’elle a une valeur.

On passe de la valeur au prix par l’échange. C’est là où Condillac est vraiment génial. Il dit :

Il est faux que dans les échanges on donne valeur égale pour valeur égale.

en se référant implicitement à Thomas d'Aquin. Condillac ajoute, à l'inverse de celui-ci, que

Chacun des contractants en donne toujours une moindre pour une plus grande.

L’inégalité des valeurs subjectives est le moteur de l’échange. Et cet échange, s’il est librement consenti, améliore forcément le bien-être des deux parties, qui, sinon, n’échangeraient rien du tout !

Le seul déplacement d’un objet de la personne A à la personne B augmente le bien-être de l’ensemble des deux personnes si B accorde plus de valeur que A à cet objet ! C’est l’échange qui révèle les prix, car aucun prix n’est absolu, tous sont relatifs. Ils n’apparaissent absolus que parce qu’ils sont exprimés en monnaie, mais même dans ce cas, ils sont relatifs au prix de la monnaie.

Chez Condillac, la liberté humaine est fondée sur l’efficience économique, pas sur la morale ou sur la religion. L’échange profite aux parties parce qu’il est libre. La plus petite contrainte exercée sur l’une ou l’autre aboutirait à un moindre bien-être. Il propose de restaurer la liberté des échanges pour réduire les disettes et stabiliser les prix, ce qui, comme le rappelle justement Philippe Simonnot, est aussi scandaleux au XVIIIe siècle, que de vouloir aujourd’hui libérer de ses règlementations (SMIC, 35 heures, etc.) le marché du travail pour réduire le chômage.

Dans son grand tableau, l’État a une place : celle de l’État gendarme, dont l’impôt constitue le salaire de protection des propriétaires. Mais le souverain ne peut être protecteur que s’il n’a pas de préférences propres. C’est là le trou noir du raisonnement de Condillac : comment empêcher l’État d’avoir ses propres préférences, et à partir de là comment l’empêcher d’interférer sur les préférences des particuliers ? Condillac ne le dira pas.

Citation

  • « Une chose n'a pas une valeur, parce qu'elle coûte, comme on le suppose ; mais elle coûte, parce qu'elle a une valeur. Je dis donc que, même sur les bords d'un fleuve, l'eau a une valeur, mais la plus petite possible, parce qu'elle y est infiniment surabondante à nos besoins. Dans un lieu aride, au contraire, elle a une grande valeur ; et on l'estime en raison de l'éloignement et de la difficulté de s'en procurer. En pareil cas un voyageur altéré donnerait cent louis d'un verre d'eau, et ce verre d'eau vaudrait cent louis. Car la valeur est moins dans la chose que dans l'estime que nous en faisons, et cette estime est relative à notre besoin : elle croît et diminue comme notre besoin croît et diminue lui-même. »

Œuvres

  • 1746, Essai sur l’origine des connaissances humaines - reprise des idées de John Locke.
  • 1749, Traité des systèmes.
  • 1754, Traité des sensations — ouvrage majeur.
  • 1755, Traité des animaux — critique de l’Histoire naturelle de Buffon de 1749.
  • 1775, Cours d’études — 13 volumes, écrit pour le jeune Duc Ferdinand de Parme, fils de Louis XV.
  • 1776, Le Commerce et le gouvernement considéré relativement l’un à l’autre
    • Nouvelle édition en 1997, Commerce et government, Cheltenham, U.K.: Edward Elgar
  • 1780, La Logique ou l’art de penser — commande du gouvernement de Pologne pour les écoles palatines.
  • 1798, La Langue des calculs — posthume.

Littérature secondaire

  • 1903, Auguste Lebeau, "Condillac: Économiste", Paris: Guillaumin
  • 1911, Jean Lefort, "Condillac, économiste", Revue Générale du Droit, de la Legislation et de la Jurisprudence en France et à l'Étranger, Vol 34, pp256-261
  • 1937, Georges Le Roy, La psychologie de Condillac. Boivin: Paris
  • 1968, Isabel F. Knight, The geometric spirit: the Abbe de Condillac and the French Enlightenment, Yale University Press: New Haven
  • 1979, Ellen McNiven Hine, A critical study of Condillac's Traité des systèmes, Nijhoff: The Hague
  • 1981, Jean Sgard, dir., Corpus Condillac, Slatkine: Genève
  • 1982,
    • Roberto Salvucci, Sviluppi della problematica del linguaggio nel XVIII secolo: Condillac, Rousseau, Smith. Maggioli: Rimini
    • Jean Sgard, dir., "Condillac et les problèmes du langage", Slatkine: Geneve (Travaux présentés au colloque de Grenoble, 9-11 octobre 1980, pour le bi-centenaire de la mort de Condillac)
  • 1999, Walter et Shelagh M. Eltis, "The Abbé de Condillac's Critique of French Dirigism", Journal of the History of Economic Thought, Vol 21, n°3, pp237-256

Liens externes

Voir aussi

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