France

Un article de Wikiberal.

Jacques Lesourne parlait de la France comme « d’une Union soviétique qui aurait réussi ». On pourrait rectifier la comparaison, en parlant d’une Union soviétique « qui n'aurait pas encore disparu ».

Bien que la France soit un pays qui a vu naître un grand nombre d'auteurs libéraux (Benjamin Constant, Tocqueville, Turgot, Condorcet, Montesquieu, Say, Bastiat, Molinari, et au XXe siècle Jacques Rueff et Raymond Aron), c'est également un pays où les idéologies antilibérales sont très présentes et majoritaires dans l'enseignement, la fonction publique, les syndicats, la représentation politique (les hommes politiques étant en majorité des fonctionnaires, et tous enclins au dirigisme technocratique).

Il n'y a jamais eu de politique libérale mise en oeuvre de façon significative en France[1], même si on peut citer Turgot comme le premier homme d’état français entreprenant des réformes libérales, et même si l'influence libérale reste importante au XIXe siècle, pour devenir mineure au XXe siècle, avec les exceptions notables d'un Jacques Rueff oeuvrant pour assainir les finances publiques sous Charles de Gaulle, ou d'un Alain Madelin plusieurs fois ministre, mais davantage "témoin" qu'acteur réellement efficace.

Le point de vue libéral en économie reste minoritaire, l'École autrichienne compte certes d'éminents représentants dans les facultés de Dauphine ou d'Aix-en-Provence, mais l'École de Paris reste seulement un souvenir du XIXe siècle, car ce qu'on appelle aujourd'hui l'Ecole Economique de Paris est le parfait exemple de l'antilibéralisme français en économie, grassement subventionné par l'Etat.

Voir aussi :

  1. ^  Les prix, le crédit ou le marché du travail resteront très longtemps étroitement encadrés. A titre d'exemple, le prix du pain ne sera totalement libéré qu'en 1978 par le gouvernement de Raymond Barre (pour la première fois depuis 1791). Les loyers des habitations sont toujours contrôlés par l'Etat (décret de blocage des loyers de renouvellement des baux).

Points de vue libéraux

Pour Jacques Marseille, le "modèle social" français se caractérise historiquement par :

  • un protectionnisme qui remonte au XIXe siècle ;
  • une confiance illimitée en l'Etat - un Etat qui transcende les individus et reçoit d'eux comme une sorte d'onction laïque ;
  • une allergie au risque qu'incarne l'économie dite libérale ;
  • un système scolaire dont la vocation première est de donner à l'Etat les "serviteurs" dont il a besoin.

D’après Marseille, ce modèle, pimenté d’inflation et de protectionnisme, « ressemble étrangement à celui de l’Union soviétique – sans les horreurs du goulag ».

Pour Claude Reichman, la France est bel et bien devenue ce qu'il convient d'appeler une démocratie totalitaire, c'est à dire un pays où l'on peut encore voter, mais où n'existe plus aucune liberté. Le pouvoir a été confisqué par la technocratie et les énarques, qui ont investi non seulement la fonction publique, mais l'économie tout entière du pays :

Leur pouvoir ne repose sur aucun support historique, sur aucun soubassement économique ou culturel, sur aucun service rendu au pays par leurs ascendants au fil des siècles. C'est un pouvoir arbitraire et cupide, artificiellement plaqué sur le pays et qu'il conduit à sa perte. Sans aucun scrupule, il adopte pour seuls moyens de gouvernement ceux qui ne visent qu'à abaisser le peuple, à le priver de sa liberté et de sa dignité.

Dans le même ordre d'idées, Michel de Poncins parle de République Fromagère pour évoquer la France des privilèges, des passe-droits et de la spoliation qui est le fait de la haute fonction publique (les "Hifis"). De même, pour Jacques Garello, la France souffre de l'étouffement du secteur privé par l'Etat, de la démotivation des Français les plus dynamiques.

Pour Jean-François Revel, il y a en France, pays "sur-étatisé mais sous-gouverné", un manque d'éducation démocratique. Alors qu'un Américain considère qu'un dirigeant politique est toujours son employé, puisque c'est lui qui le paie, un Français ne se reconnaît pas dans les institutions, mais pense qu'à partir du moment où les dirigeants sont en place, ils deviennent presque des dictateurs d'un pays totalitaire. La mentalité française actuelle conduit à une société bloquée, où la logique de la subvention prévaut toujours, où les privilégiés restent cramponnés à leurs avantages acquis, les contribuables du secteur libre continuant à payer les déficits du secteur protégé. Comme en Union soviétique, les réformes n'interviendront qu'avec la faillite.

Pour le libertarien Bertrand Lemennicier, la France est l'une des régions parmi les plus taxées et bureaucratisées en Europe, et l'un des pays au monde où les idées libérales sont le plus férocement combattues par une petite élite marxisante qui résiste encore et toujours à la soi-disant « dictature du marché », en jouant sur l'inculture absolue des Français en économie.

Pierre Rosanvallon considère que c'est le bonapartisme qui est "la quintessence de la culture politique française", "la clef de compréhension de l’illibéralisme français" qui marque durablement même la culture politique républicaine.

Citations

  • Les " principes " de la République Fromagère ou R.F. sont immuables et ne souffrent pas d’exception depuis au moins 60 ans. Rappelons que la R.F. est l’exploitation du peuple (les " moujiks ") par une caste réduite (Les " Hifis "), toute la vie publique étant orientée non vers le bien commun mais vers l’enrichissement personnel des Hifis. Les économistes depuis longtemps désignent généralement l’opération par d’autres noms comme " socialisme " ou " constructivisme " ou " dirigisme. " Le terme de R.F. est plus pertinent car il désigne le cœur du phénomène, le moteur infernal qui commande tout son fonctionnement intime. (Michel de Poncins)
  • Les Français veulent l'égalité, et quand ils ne le trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l'esclavage. (Alexis de Tocqueville)
  • Ce que les Français détestent, ce ne sont pas les inégalités, ce sont les inégalités autres que celles qui sont octroyées par l'État. (Jean-François Revel)
  • (En France) la simple expression des idées de liberté vaut à ceux qui tentent de les faire valoir des qualificatifs infamants, dont les plus aimables sont "ultralibéral" ou "libéral sauvage", tandis que "fasciste" n'est jamais très loin. (Claude Reichman)
  • Il y a un paradoxe : un pays peut être énormément étatisé sans être gouverné. La France est un pays sur-étatisé mais sous-gouverné. Comme l'était l'Union soviétique, où l'Etat était partout, mais où aucune décision n'était jamais appliquée. Au contraire, les pays qui fonctionnent sont des pays où l'Etat est mince, et où le gouvernement est efficace. (Jean-François Revel)
  • Une société dans laquelle les dépenses publiques représentent plus de 50% du P.I.B. et où aucun domaine de la vie n'échappe à une réglementation dirigiste n'est pas un modèle de capitalisme. Les problèmes de la société française ne peuvent donc pas lui être automatiquement imputés. Les politiques libérales n'ont pas échoué en France. Elles n'ont pas été essayées. (Institut Économique Molinari)
  • La France est un pays soumis à une étrange religion qui s'appelle l'étatisme, et dont les grands prêtres sont les fonctionnaires. La fonction publique y est la première famille du pays, avec ses 5,2 millions d'actifs et ses 3,6 millions de retraités. Tout le monde en est, de près ou de loin. Et c'est peut-être pour cela que le terme de fonctionnaire, injurieux de l'autre côté de l'Atlantique, n'a pas une connotation péjorative en français. (Ted Stanger, Sacrés Français)
  • (...) un pays comme la France, où le pouvoir exécutif dispose d'une armée de fonctionnaires de plus d'un demi-million de personnes et tient, par conséquent, constamment sous sa dépendance la plus absolue une quantité énorme d'intérêts et d'existences, où l'Etat enserre, contrôle, réglemente, surveille et tient en tutelle la société civile, depuis ses manifestations d'existence les plus vastes jusqu'à ses mouvements les plus infimes, de ses modes d'existence les plus généraux jusqu'à la vie privée des individus, où ce corps parasite, grâce à la centralisation la plus extraordinaire, acquiert une omniprésence, une omniscience, une capacité de mouvement et un ressort accru, qui n'a d'analogue que l'état de dépendance absolue, la difformité incohérente du corps social... (Karl Marx)
  • Il me semble qu'à la suite d'une rotation des cadres à tous les échelons du pouvoir, sensiblement plus rapide qu'en Russie ou en URSS, il existe aujourd'hui sur les rives de la Seine une société bureaucratique qui emploie presque un Français sur quatre. Comme Soviétique, je m'étonne en permanence de voir à quel point toute la société française est contaminée de haut en bas par l'esprit bureaucratique. ("Un soviet au pays de Tonton" [et si l'URSS nous avait transmis son mal bureaucratique?], Kirill Privalov, éd. Robert Laffont, 1991)
  • Depuis toujours, la France s’identifie à son Etat et la remise en cause de cet Etat - en dehors de ses fonctions régaliennes que personne ne discute chez les libéraux, bien au contraire - est vécue comme une sorte de mutilation de l’identité française. Si vous évoquez l’Allemagne, vous pensez à un peuple, les Etats-Unis à la liberté, l’Angleterre à une démocratie..., la France à un Etat. Toute réforme de l’Etat est vécue comme une atteinte à notre identité nationale et, bien sûr, la secte des adorateurs de l’Etat ne manque pas de s’appuyer sur ce sentiment populaire. (Alain Madelin, Psychanalyse de l’antilibéralisme, "La démocratie redevient libérale")
  • Je crois bien qu’il n’y a pas de libéraux en France. On croit qu’il y a plusieurs partis en France ; c’est une erreur. Il n’y en a qu’un : c’est l’Etatisme. Tous les Français sont étatistes. A ce compte là, la fameuse unité morale devrait exister ; seulement, si tous les Français sont étatistes, chacun veut l’Etat pour lui et au service de ses intérêts et de ses passions ; et cela ne fait qu’un seul parti en théorie, mais en fait beaucoup en pratique. (Emile Faguet, Le libéralisme)
  • La France est sans doute parmi les pays développés le pays le plus éloigné du libéralisme, dans son fonctionnement institutionnel comme dans sa conception de l'économie. Tout est fait pour étendre le pouvoir et les champs de compétence de l'État alors que la Constitution a précisément pour objectif l'inverse : limiter et délimiter de manière précise les prérogatives de l'État pour protéger la sphère privée. (Jean-Louis Caccomo)
  • Nous ne proposons pas de substituer le libéralisme au socialisme. (Jacques Toubon, Le Monde, 1/12/84)
  • - Ils ne disent rien ? - Que voulez-vous qu'ils disent ! Ils ont l'essence, ils sont nourris, ils sont contents ! (Raymond Devos)
  • Jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation allemande. (Jean-Paul Sartre, pétainiste méconnu)

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