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Rémunération des dirigeants

De Wikiberal

Par rémunération des dirigeants on entend la rémunération globale (fixe ou variable, en espèces ou en nature) des cadres dirigeants (top executives) des entreprises, dont les patrons. Le débat se concentre généralement sur la rémunération des quelques dirigeants de très grandes entreprises.

Sommaire

Explications des rémunérations

Taille croissante des entreprises

Les économistes français Xavier Gabaix et Augustin Landier ont étudié la question de la rémunération des CEOs (terme américain qu'on pourrait traduire, approximativement, par PDG) dans un article de 2006, paru en 2008 dans le Quarterly Journal of Economics.

Les deux auteurs y soulignent que l'évolution à la hausse des salaires des dirigeants de très grandes entreprises (+500% aux États-Unis entre 1980 et 2003) est dû à la multiplication par le même facteur de la taille des grandes entreprises américaines sur la même période. Un chef d'entreprise très légèrement plus talentueux qu'un autre pourra légitiment toucher beaucoup plus car l'effet multiplicateur de la taille de l'entreprise sur la richesse créée sera énorme[1].

Partant, l'évolution de cette rémunération n'est pas « injuste » ou immorale comme le disent certains, en réfléchissant en terme d'inégalités.

Des postes de plus en plus exposés

Les postes à très haute responsabilité au sein des grandes entreprises mondialisées sont aussi ceux qui sont le plus exposés. Jusqu'au années 1970, ceux qui occupaient les postes de direction les utilisaient généralement sans risque d'être débarqués par des conseils d'administration ou des assemblées générales peu regardants. Avec l'implication croissante des actionnaires dans le suivi de l'action des dirigeants, le risque d'être licencié rapidement est désormais beaucoup plus élevé. Selon Steven Kaplan et Bernadette Minton, un chef d'entreprise restait en poste en moyenne huit ans entre 1992 et 1997. Entre 1998 et 2005, cette durée était tombée à six ans[2].

Des rémunérations semblables à celles des artistes ou des sportifs

Les dérives sont elles plus fréquentes qu'auparavant ?

Il est de bon ton dans les milieux altermondialistes de critiquer une « dérive ultralibérale » avec une multiplication des « patrons-voyous », etc. Pourtant, la réalité est toute autre et, à l'inverse de ces critiques plus ou moins fantasmées, l'encadrement des dépenses des dirigeants par les actionnaires a nettement progressé. Ainsi, les chefs d'entreprises cotées au CAC 40 ont vu leur rémunération diminuer fortement en 2007 et en 2008, années de crise. Pour la première, ce fut -17% et, pour la seconde, -20%[3].

Plusieurs phénomènes permettent de l'expliquer ; d'une part la multiplication des opérations de private equity, dans lesquelles des fonds de capital-investissement prennent le contrôle des entreprises aux dérives les plus criantes pour en améliorer la gestion et, partant, limiter les abus des dirigeants. Cas emblématique, Ross Johnson, président de RJR Nabisco dans les années 1980 utilisait l'avion de la société pour son chien comme le rapporte le journal The Economist[4]. Des dérives de ce genre sont beaucoup moins fréquentes.

D'autre part, le rôle accru des « actionnaires activistes » (activist shareholders) qui, sans prendre le contrôle de la société, font pression pour faire entendre leurs revendications, qui sont bien souvent une meilleure gestion de l'entreprise.

Enfin, les composantes de la rémunération des dirigeants ont évolué pour tenter de réduire les coûts d'agence, à savoir aligner les intérêts des dirigeants sur ceux des actionnaires et donc limiter les abus, avec un succès variable selon les principales études académiques.

Quelles sont les victimes en cas de dérives ?

Si il y a des dérives dans la rémunération des dirigeants, ce sont les actionnaires qui en souffrent avec des bénéfices réduits, et non les salariés. En effet, ce sont les actionnaires qui possèdent l'entreprise, et non les salariés. À ce titre, la critique par les syndicats, les pouvoirs publics ou des personnes complètement extérieures s'apparente souvent à de l'envie plus qu'à un raisonnement cohérent économiquement.

Ce sont les actionnaires qui ont généralement permis de mieux encadrer la rémunération des dirigeants. Les rémunérations des dirigeants peuvent par exemple être rejetées par les actionnaires dans les sociétés où ce point est soumis à l'assemblée générale. Ainsi, en 2009, les actionnaires de Shell ont rejeté les propositions de rémunération des dirigeants, jugées trop élevées[5]. Plus généralement, des mécanismes de say on pay qui donnent la parole aux assemblées générales sur la rémunération des dirigeants sont de plus en plus fréquents et efficaces : Paul Hodgson, chercheur en gestion, souligne que « tous les conseils d'administration qui ont essuyé désaveu au Royaume-Uni ont bel et bien été contraits de revoir la rémunération de leurs dirigeants »[6].

Pour les libéraux, l'État n'a pas à se mêler de ces questions de rémunération. Elles sont fixées librement par contrat et ne sont nullement du ressort de la loi. Dans une perspective utilitariste, on peut souligner que vouloir limiter la rémunération de certains, c'est s'exposer au risque de faire fuir les plus talentueux et, par conséquent, agir au détriment des plus faibles. La régulation par le mécanisme de la propriété (les actionnaires ou le conseil d'administration surveillant les rémunérations) est plus efficace pour la bonne gestion de l'entreprise.

Le débat politique contemporain

La question de la rémunération des dirigeants a rencontré un certain écho chez les politiciens de tout bord, prompts à présenter des boucs émissaires à la vindicte populaire. Droite et gauche y succombent, comme l'illustrent les diatribes de Nicolas Sarkozy. Si les études académiques infirment la théorie des « patrons rapaces » exploitant leurs salariés, pourquoi un tel lynchage récurrent?

Cela tient probablement à ce que l'envie a toujours été un ressort non négligeable de l'action humaine. En désignant un bouc émissaire facile, il y a peu à perdre pour un politicien et beaucoup à gagner.

Notes et références

  1. Xavier Gabaix et Augustin Landier, “Why Has CEO Pay Increased So Much?”, Quaterly Journal of Economics, 2008, vol. 123(1), p. 49-100, [lire en ligne]
  2. Steven Kaplan et Bernadette Minton, “How has CEO Turnover Changed? Increasingly Performance Sensitive Boards and Increasingly Uneasy CEOs”, juillet 2006, [lire en ligne]
  3. « Les patrons du Cac ont été payés 20% de moins en 2008 », lefigaro.fr, 9 décembre 2009, [lire en ligne]
  4. "A survey of executive pay: The stockpot", The Economist, 18 janvier 2007, [lire en ligne]
  5. « SHELL - Les rémunérations des dirigeants rejetées par les actionnaires », Le Point, 19 mai 2009, [lire en ligne]
  6. « Les premiers opposants aux "packages" de rémunération sont les entreprises », entretien avec Paul Hodgson, Les Echos, 12 novembre 2009, p.32

Bibliographie

  • 2008,
    • a. Xavier Gabaix et Augustin Landier, “Why Has CEO Pay Increased So Much?”, Quaterly Journal of Economics, vol. 123(1), p. 49-100, [lire en ligne]
    • b. Patrick Bonazza, Les patrons sont-ils trop payés ?, Larousse, collection à dire vrai
  • 2006, Steven Kaplan et Bernadette Minton, “How has CEO Turnover Changed? Increasingly Performance Sensitive Boards and Increasingly Uneasy CEOs”, juillet, [lire en ligne]

Voir aussi

Liens externes


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