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État de nature

De Wikiberal

L'État de nature est une construction théorique en philosophie politique utilisée notamment dans les théories du contrat social pour décrire la condition hypothétique de l'humanité avant la fondation politique de l'État et de son monopole sur l'utilisation de la force et violence dans un territoire donné. Dans un sens général, l'état de nature est la condition des hommes avant l'instauration de la règle de loi positive, et peut être assimilé à l'état d'anarchie.

Dans certaines versions de la théorie du contrat social, il n'existe aucune règle dans l'état de nature, seules existent les libertés, c'est le contrat qui instaure les règles et obligations. Dans d'autres versions, c'est l'inverse : le contrat impose des restrictions sur les individus qui restreignent alors leurs droits naturels.


L'état de nature selon Hobbes

Pour Thomas Hobbes, les hommes ont une inclination naturelle de se nuire les uns aux autres, par conséquent, l'état de nature est un état de guerre perpétuelle de tout homme contre tout homme (Bellum omnium contra omnes). Or dans cet état, toutes choses sont permises à tous, il n'existe aucun pouvoir coercitif pour brider les passions de l'homme. C'est un état où tous les hommes sont naturellement égaux, où tout homme est juge, où il n'y a pas de place pour l'accusation. C'est un état où il n'y a pas de lois ni de conventions civiles instaurées.

Pour Hobbes, dans l'état de nature, même le plus fort ne peut s'assurer de sa sûreté car tous les hommes ont droit à tout, aucune possession réelle n'est possible, tout est abandonné à la fraude et à la force.

L'état de nature selon Locke

Tout comme Hobbes, John Locke élabore sa propre conception de l’état de nature, toutefois, d'une manière différente.

L'état de nature est un état de liberté incontestable où nul ne doit nuire à un autre. D'une autre part le droit de propriété, en tant que loi naturelle, est essentiellement antérieur à l'institution de la société, il ne dépend pas du consentement d'autrui ou de la loi politique : la propriété est naturelle, nullement conventionnelle. D'autre part, les hommes ayant les mêmes facultés dans la communauté de nature, chacun obéit à la loi de la nature qui a pour but la conservation du genre humain, de sorte qu'envahir les droits d'autrui et/ou faire tort à son prochain est une violation de cette loi.

Locke rajoute que « Lorsque quelqu'un viole la loi de la nature, et s'éloigne des droites règles de la raison, fait voir qu'il renonce aux principes de la nature humaine ». Ce droit de conserver le genre humain, permets de pouvoir punir le crime, et la moindre infraction des lois de la nature.

C'est généralement la théorie de Locke qui prévaut dans le libéralisme : La liberté, dans la société civile, consiste à n'être soumis à aucun pouvoir législatif, ce dernier sert strictement et uniquement à régler les différends ou réprimer les crimes.

L'état de nature selon Rousseau

« La plus ancienne de toutes les sociétés, et la seule naturelle, est celle de la famille : encore les enfants ne restent-ils liés au père qu'aussi longtemps qu'ils ont besoin de lui pour se conserver ». - Jean-Jacques Rousseau (1762), Du contrat social

Pour Rousseau l'état de nature est un « paradoxe fort embarrassant à défendre, et tout à fait impossible à prouver »[1]. Pour lui il ne s'agit pas d'une condition avec valeur historique, mais seulement d'un raisonnement hypothétique et conditionnel.

Voir aussi

Citations

  • « Lorsque quelqu'un viole la loi de la nature, qu'il s'éloigne des droites règles de la raison, et fait voir qu'il renonce aux principes de la nature humaine, et qu'il est une créature nuisible et dangereuse, chacun est en droit de le punir ». (John Locke, Traité du gouvernement civil)
  • « Nous parlons d’un état de nature de l’homme, non du fait qu’il découlerait des principes physiques de l’essence de l’homme hors de toute imposition ; mais parce qu’il procède de l’imposition divine, qui accompagne l’homme depuis sa naissance ». (Samuel von Pufendorf, De jure naturae et gentium)

Notes et références

  1. Rousseau, sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

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