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Agrégat

De Wikiberal

Un agrégat est une grandeur statistique synthétique et macroéconomique mesurant l'activité économique. Il existe trois grandes familles d'agrégats:

  1. agrégats de produit (ex. PIB)
  2. agrégats de revenu (ex. revenu national)
  3. agrégats de dépense (ex. consommation finale des ménages)

En comptabilité nationale, le PIB est le principal agrégat, car tous les autres se calculent en cascade à partir de lui. Des agrégats sont également calculés dans le domaine monétaire, notamment pour faciliter l'élaboration et la conduite de la politique monétaire.

Critiques autrichiennes des agrégats

Par nature, les économistes autrichiens sont sceptiques vis à vis de l'utilisation malencontreuse des agrégats. Comme le note Jean-Louis Caccomo : « les grands agrégats macroéconomiques sont des créations statistiques au service de l'interventionnisme économique »[1]. Les agrégats sont constitués de divers indices : taux de croissance, taux d'inflation, masse monétaire M3 ou des mesures globales et des conventions arbitraires comme les catégories socio-professionnelles et les secteurs d'activité de l'économie. Ils rendent plus services aux économistes de l'administration qu'aux économistes d'entreprise.

Le défaut majeur de l'agrégat est de masquer le décideur. Car il n'existe pas d'économie sans décideur qui, en fonction de ses préférences et de ses contraintes va choisir au mieux de ses capacités, c'est-à-dire rationnellement. L'agrégat occulte la liberté et la responsabilité du décideur face à une concurrence ou à une alternative de choix.

Pour les agrégats, la structure n'a pas une grande importance. Un tas d'objets en vrac sur le sol ne cesse pas d'être un tas si ses constituants changent d'emplacement. Or, dans l'analyse autrichienne, la structure de ces objets est très importante car ceux-ci ont des relations entre elles très complexes. C'est la compréhension de cette structure qui anime l'économiste à préconiser l'abstention de l’interventionnisme politique agissant "de bonne foi" sur les agrégats car ceux-ci ne permettent pas de comprendre les changements des propriétés existantes et émergentes dues à des modifications.

Le reproche de l'école autrichienne d'économie face au théoricien keynésien ou monétariste est d'imposer la pensée du modèle agrégateur à l'individu agissant. Cette prise d'otage du théoricien oriente les résultats qu'il veut bien obtenir. Mais, soulignent les économistes autrichiens, nous nous éloignons de la réalité. Les acteurs économiques ne partagent pas la même connaissance que le théoricien veut bien qu'ils aient de l'économie de sorte que son modèle puisse effectivement fonctionner.

Il ne faut pas confondre l'abstraction d'une entité avec les êtres humains qui font évoluer les institutions, comme le souligne si bien Jean-Louis Caccomo : « Les entreprises n’existent pas en tant que telles : il n’y a que des contrats qui lient des êtres humains, les incitant ou pas à produire, à épargner et à investir »[2]

Enfin, les agrégats, étant les instruments des politiques économiques, engendrent des effets pernicieux sur l'économie car une synthèse de la vie économique réduit ou biaise la réalité économique. L'effet de seuil sur la règlementation sociale en entreprise en est un exemple.

L'utilisation d'entités comme agrégats

Les économistes de l'école autrichienne utilisent toutefois des entités qui ont l'aspect d'agrégats globaux comme l'offre, la demande, le bien économique, l'équilibre, le marché, le capital, la productivité. Cependant, il convient de préciser le cadre dans lequel ces notions sont utilisées.

Premièrement, les économistes autrichiens, bien qu'étant minoritaires parmi l'ensemble des économistes dans le monde, font partie d'une des rares écoles sinon l'unique qui s'efforce de se relier aux autres courants (le courant dominant néo-classique, les monétaristes, les keynésiens, les institutionnalistes, les évolutionnistes, les économistes de la convention, les économistes marxistes, marxiens et régulationnistes). Alors que la plupart de ces écoles ne communiquent pas entre elles, l'école autrichienne a des relations avec chacune d'entre elle, ce qui, paradoxalement, peut la faire paraître comme une place centrale sur le marché des économistes. L'école autrichienne utilise donc des concepts communs avec chacune de ces écoles afin de communiquer.

Deuxièmement, l'utilisation de concepts globaux ou de métaphores comme la loi de l'offre et de la demande, de productivité du capital ou de biens de production est sans cesse reliée à l'individualisme méthodologique et praxéologique. Derrière chacun de ces concepts, il existe des hommes et des femmes qui prennent des décisions et qui agissent.

Troisièmement, l'utilisation de ces concepts a une valeur pédagogique. L'explication de la productivité marginale n'est pas la même pour un autrichien que pour un néo-classique. L'économiste autrichien explique la loi de l'offre et de la demande sur une base déductive et théorique et non pas empirique et inductive. Pour l'économiste néo-classique, l'offre et la demande sont deux entités distinctes physiquement alors que pour l'économiste autrichien, elles le sont théoriquement mais pas aussi nettement sur le terrain.

Il existe une grande littérature qui traite des problèmes d'agrégation en économie. Cette littérature considère les difficultés d'agrégation d'un ensemble donné de valeurs ou de relations qui sont sans cesse grandissant. L'utilisation de tels agrégats comme le "capital", la "production", le "travail" ou "l'investissement" comme si l'économie pouvait être traitée comme une seule entreprise ne repose pas sur une base méthodologique solide. Cependant, cela ne décourage pas les macroéconomistes de continuer à travailler avec tels termes.

Notes et références

  1. Article du Québécois Libre
  2. Billet sur Auvergne Libéral, janvier 2005

Bibliographie

  • 1987, F. Fisher, "Aggregation Problem", In: J. Eatwell, M. Milgate, P. Newman, dir., "The New Palgrave: A Dictionary of Economics", vol 1, London: The Macmillan Press Limited, pp53–55
  • 2003, J. Felipe, F. M. Fisher, "Aggregation in Production Functions: What Applied Economists should Know", Metroeconomica, Vol 54, n°2/3, pp208–262
  • 2005, R. Blundell, T. M. Stoker, "Heterogeneity and Aggregation", Journal of Economic Literature, Vol 43, pp347–391
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