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Chandran Kukathas

De Wikiberal
Chandran Kukathas
Théoricien en science politique

Dates Né en 1957
Chandran-Kukathas.jpg
Tendance libéral classique
Origine Australie Australie
Articles internes Liste de tous les articles

Citation
inter lib.org sur Chandran Kukathas

Chandran Kukathas, né 12 septembre 1957 à Kuala Lumpur, en Malaisie tient actuellement la chaire de théorie politique à la London School of Economics and Political Science (LSE).

Il fut diplômé de l'Université nationale d'Australie (BA) et de l'Université du New South Wales (Master), respectivement en histoire et sciences politiques. Il s'est ensuite rendu à l'université d'Oxford pour obtenir un doctorat en science politique.

Il a enseigné à l'Université du New South Wales (Australie), à l'université d'Oxford, à l'université nationale d'Australie et fut professeur invité à l'Université George Mason, à l'Université de l'Utah, et à l'Australian Defence Force Academy.

Chandran Kukathas est un éminent théoricien de science politique qui s'est rendu célèbre pour ses contributions sur le débat de l'identité, du multiculturalisme et du libéralisme.

Une critique favorable de Friedrich Hayek

Dans son ouvrage en 1989, consacré à Friedrich Hayek, Chandran Kukathas, estime que l'œuvre de l'auteur autrichien se distingue parmi les contributions les plus importantes, dans l'histoire de la pensée libérale moderne, depuis celle de John Stuart Mill. Dans son livre, il examine de façon critique la nature et la cohérence de la défense de Hayek sur les principes libéraux, en essayant à la fois d'identifier ses faiblesses et de montrer pourquoi il apporte une contribution importante à la théorie politique contemporaine. Il fait valoir que la défense du libéralisme par Hayek a échoué parce qu'elle repose sur des présupposés qui sont philosophiquement incompatibles. À son avis, le dilemme non résolu de la philosophie politique de Hayek est de savoir comment monter une défense systématique du libéralisme si l'on met l'accent sur la capacité limitée de la raison humaine. La philosophie sociale de Hayek, soutient-il, offre une théorie importante sur la nature des processus sociaux, et il est donc important de savoir comment cela doit orienter notre choix politique.

Le concept de diversité dans la théorie des droits des minorités

Dans son livre paru en 2003, L'archipel libéral: Une théorie de la diversité et de la liberté, Chandran Kukathas traite en longueur de la théorie controversée des droits des minorités. La question générale, à laquelle tente de répondre l'auteur est de connaître la base des principes d'une société libre marquée par la diversité culturelle et par la loyauté au groupe. Plus particulièrement, il explique que si une telle société a besoin d'institutions politiques qui reconnaissent les minorités, dans quelle mesure on devrait tolérer les injustices vis à vis de ces minorités lorsque leurs moyens diffèrent de ceux de la communauté majoritaire. Les institutions politiques doivent-elles répondre aux préjudices subis par les minorités ?

Un papier de l'auteur, en 2003, aborde la question de la responsabilité des générations présentes pour les injustices commises par les précédentes. Il demande si les descendants des victimes d'une injustice passée ont le droit de revendiquer contre les descendants des auteurs de l'injustice. L'approche de la responsabilité collective est rejetée. Par contre, l'approche de la responsabilité individuelle, selon laquelle les descendants peuvent avoir des créances sur d'autres descendants est amendée. Son point de vue soutient que certaines personnes peuvent supporter la responsabilité de l'injustice du passé si les lignes de responsabilité sont clairement établies au fil des générations. Et si l'équité ne peut pas être établie, quelles sont les valeurs fondamentales qui devraient guider notre réflexion sur cette question ?

En 2002, dans un texte éclaircissant les oppositions entre inégalité et diversité, il précise qu'une société libre est une société de la diversité. Cependant, les fondements de l'inégalité humaine se trouvent dans la diversité humaine, ou dans la tendance humaine à se différencier de certains tout en s'associant avec d'autres pour former des groupes. La diversité qui résulte de l'association et de la différenciation rend l'égalité inaccessible. La diversité et l'égalité sont donc incompatibles, et tenter de promouvoir l'une ne peut se faire qu'au détriment de l'autre. Dans ces circonstances, nous devrions abandonner l'idéal d'égalité comme se révélant incapables de nous offrir une bonne compréhension de la nature de la société juste. Mais, l'Etat doit-il jouer un rôle dans la formation d'une identité sociétale (nationale) ?

Le principal argument de Chandran Kukathas est qu'une société libre est une société ouverte dont le principe fondamental est le principe de la liberté d'association. Une société est libre dans la mesure où elle est prête à tolérer en son sein des associations qui se distinguent ou qui refusent certaines normes ou pratiques. Une conséquence de ces principes est que la société politique n'est pas une «association d'associations». Elle n'est pas la seule association et elle n'englobe pas toutes les autres associations. Les principes d'une société libre ne décrivent pas une hiérarchie de liens de supériorité ou de subordination, mais un archipel de concurrence et un chevauchement de compétences. L'idée d'un archipel libéral est défendue comme étant celle qui nous fournit une meilleure métaphore de la société libre comparée aux vieilles notions de "corps politique", ou de "navire de l'Etat".

Pour une politique de multi-culturalisme faible

Le multiculturalisme donne lieu à la question de la mesure dans laquelle la diversité culturelle doit être acceptée ou tolérée, ainsi que de la question de savoir comment la diversité culturelle devrait être "gérée". Quand des gens de diverses traditions doivent co-exister au sein d'une unique société, un certain nombre de questions doivent être réglées de telle sorte que les règles de base régissant leur vie commune soient claires et généralement acceptées. Il doit y avoir une compréhension claire non seulement de ce type de comportement acceptable ou nécessaire en public, mais aussi sur d'autres questions. Cela signifie qu'il doit y avoir une certaine forme de transparence sur des fondamentaux communs. Par exemple, quelle est la langue du discours public, quels types de vacances sont reconnues en tenant compte des usages laïcs et religieux, quels sont les standards de comportement et d'apparence en public qui sont attendus et quels sont les droits et les obligations des individus vis à vis de comportements liés à des communautés.

Chandran Kukathas identifie cinq formes de réponse à ces questions : l'isolationnisme, l'assimilation, le multiculturalisme faible, le multiculturalisme fort et l'apartheid. Parmi ces réponses, certaines semblent plus proches des principes du libéralisme que d'autres.

  • Une politique isolationniste dont l'objectif est de préserver l'homogénéité culturelle en restreignant la politique d'immigration est vouée à l'échec. Car, pour qu'une telle politique réussisse, il faudrait que toute communication avec l'extérieur soit interdite (commerce, tourisme, littérature, arts, évènements sportifs internationaux etc.). Aucune société ne peut échapper aux forces de transformation culturelle.
  • Une politique d'assimilation montre aussi des points de faiblesse. Dans la tendance de l'isolationnisme mais aux conséquences économiques plus coûteuses, la politique d'assimilation repose sur un programme d'éducation standardisé (monopolistique). Premièrement, les nouveaux arrivants peuvent autant influencer les pratiques culturelles sur certains autres membres de la société qu'ils ne reçoivent un programme d'assimilation de la part du pays hôte. Deuxièmement, des mouvements de résistance à l'assimilation sont variés en fonction des communautés. L'Australie a connu un échec de sa politique d'assimilation dans les années 1960 lorsque certaines communautés sont retournées en Europe parce que leurs croyances et leurs traditions n'étaient pas les bienvenues en Australie. Troisièmement, une telle politique d'assimilation, même si elle a connu une certaine prestance dans certains pays démocratiques au cours du XXème siècle, est de moins en moins valide car elle implique à la fois des restrictions sur les nouveaux arrivants mais aussi sur les gens nés dans le pays. Élément que tous les habitants, imprégnés par l'évolution du principe de respect de la liberté individuelle, ont de moins en moins de facilité à abandonner.
  • Dans le multiculturalisme faible, la société ouvre ses portes à quiconque désire y entrer et la force de l'assimilation est déterminée par le désir et la capacité de chaque individu de le faire.
  • La position du multiculturalisme fort est que la société doit prendre des mesures positives non seulement pour aider les gens à participer à la société en tant que membres à part entière mais elle doit également améliorer ou maintenir leur identité et leurs traditions séparées. La diversité n'est pas seulement tolérée mais elle est soutenue financièrement et dotée de droits spéciaux pour les minorités culturelles.
  • La politique d'apartheid est indissocible d'une politique de répression car il est très difficile de maintenir un tel régime sans créer une politique dans laquelle les citoyens ont des droits et des devoirs différents et inégaux.

Le chercheur australien soulève le problème de la reconnaissance de la dignité de l'individu dans ses rapports avec sa reconnaissance à la fois dans les communautés culturelles et au sein de la société démocratique libérale. Dans un article en 1992, sur l'existence de Droits culturels, il présente la thèse que s'il existe des droits moraux, alors il y a au moins un droit naturel, celui de l'égalité des droits entre chaque être humain à naître et à demeurer libre. Dans ses écrits sur le multiculturalisme, il affirme que celui-ci ne pose pas de difficulté particulière au libéralisme, dès lors que la question est considérée dans un cadre de réflexion philosophique et non pas dans un cadre de programme politique. Chandran Kukathas soutient que l'idéal libéral n'est pas la reconnaissance multiculturelle, mais sa neutralité.

Annexes

Publications

  • 1989,
    • a. Hayek and Modern Liberalism, Oxford
    • b. Welfare, Contract, and the Language of Charity, Philosophical Quarterly, 39 (154), pp75-80
  • 1990, avec Philip Pettit, Rawls: A Theory of Justice and Its Critics [Rawls: Théorie de la justice et ses détracteurs], Polity Press et Stanford
  • 1991, The Transition from Socialism, Longman Cheshire
  • 1992,
    • a. Are there any Cultural Rights?, Political Theory, Vol 20, n°1, pp105-139
    • b. Cultural Rights Again: A Rejoinder to Kymlicka, Political Theory, Vol 20, n°4, pp674-680
    • c. Freedom versus Autonomy, commentaire et imprimé avec le livre de John Gray, "The Moral Foundations of Market Institutions", London: Institute of Economic Affairs
  • 1996, What’s the Big Idea?, Reason, November, pp66–70
  • 1997,
    • a. Liberalism, Multiculturalism and Oppression, In: Andrew Vincent, dir., Political Theory: Tradition and Diversity, Cambridge: Cambridge University Press, pp132-153
    • b. Survey Article: Multiculturalism as Fairness: Will Kymlicka's Multicultural Citizenship, Journal of Political Philosophy, 5 (4):406–427
  • 1998, Liberalism and multiculturalism : The politics of indifference, Political theory, vol 26, n°5, pp686-699
  • 2002,
    • a. avec Susan Cave, dir., John Rawls Critical Assessments of Leading Political Philosophers, Taylor and Francis
    • b. commentaire du livre de Terry Nardin, The Philosophy of Michael Oakeshott, Notre Dame Philosophical Reviews, 12
    • c. Equality and Diversity, Politics, Philosophy and Economics, 1 (2)
  • 2003,
    • a. The Liberal Archipelago: A Theory of Diversity and Freedom [L'archipel libéral: Une théorie de la diversité et de la liberté], Oxford
    • b. The Cultural Contradictions of Socialism, Social Philosophy and Policy, 20 (1), pp18-37
    • c. Responsibility for Past Injustice: How to Shift the Burden, Politics, Philosophy and Economics, 2 (2)
    • d. Islam, Democracy and Civil Society, Journal des économistes et des études humaines, Jun/Sept, Vol. XIII, n°2/3
  • 2004,
    • a. avec Gerald F. Gaus, dir., The Handbook of Political Theory, Sage
    • b. Nationalism and Multiculturalism, In: Gerald F. Gaus et Chandran Kukathas, dir., Handbook of Political Theory, Sage
    • c. Contextualism Reconsidered: Some Skeptical Reflections, Ethical Theory and Moral Practice, 7 (2)
  • 2006,
    • a. Hayek and liberalism, In: Edward Feser, dir., The Cambridge Companion to Hayek, Series: Cambridge Companions to Philosophy, Cambridge, UK ; New York : Cambridge University press, Ch 10, pp182-207
    • b. Who? Whom? Reparations and the Problem of Agency, Journal of Social Philosophy 37 (3), pp330-341
    • c. The Mirage of Global Justice, Social Philosophy and Policy, 23(1), pp1-25
    • d. Rights of Culture, Rights of Conscience, In: Ronald Tinnevelt et Gert Verschraegen, dir., Between Cosmopolitan Ideals and State Sovereignty: Studies in Global Justice, Palgrave Macmillan, pp109-119
  • 2008,
    • a. Dilemma of a Dutiful Daughter: Liberty and Friendship in the thought of Kartini, In: Robert Reich et Debra Satz, dir., Toward a Humanist Justice: Essays in Honor of Susan Okin, OUP
    • b. Anarcho-multiculturalism: the pure theory of liberalism, In: Political Theory and Australian Multiculturalism, Berghahn Books

Littérature secondaire

  • 1991, Edward J. Harpham, "The Humean and Kantian Hayek", commentaire du livre de Chandran Kukathas, "Hayek and Modern Liberalism", The Review of Politics, vol 53, n°3, juin, pp571-573
  • 1992, Leif Wenar, commentaire du livre de Chandran Kukathas, "Hayek and Modern Liberalism", Ethics, Vol 102, n°3, Avril, pp663-664

Liens externes

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