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Girondins

De Wikiberal
Philippoteaux, Le Dernier banquet des Girondins, vers 1850

Les Girondins est le nom donné à un groupe politique qui a joué un rôle important à la législative et à la Convention pendant la Révolution française.

Problème de dénomination

Le terme ne s’est imposé que tardivement. À la Convention, il est question de « brissotins », de « rolandistes » de « buzotins » ou de « girondistes ». Leurs adversaires jacobins les qualifient de « meneurs du côté droit » (Billaud-Varenne) de « faction girondine » (Amar) ou plus simplement comme étant « la faction » (Robespierre). En réalité, les deux partis opposés de la Convention, Montagnards et Girondins, avaient combattu ensemble au temps de la Législative contre les Feuillants et l’autorité royale. Brissot et Robespierre siégeaient ensemble au club des Jacobins. Les Girondins ont souvent été représentés comme appartenant à la haute bourgeoisie par opposition aux Jacobins, plus inspirés par Voltaire que par Rousseau, défenseurs de la liberté contre les amis de l'égalité.

Une identité problématique

En réalité, le groupe girondin est fabriqué par la journée du 2 juin 1793 où les sans-culottes obtiennent de l’Assemblée l’expulsion de 22 députés « factieux », groupe qui ne va cesser de grossir jusqu’à 46 « factieux » avec la mise en place d’un procès. Si l’on ajoute les protestataires du 2 juin, on obtient 140 Girondins. Les historiens ont depuis établi des listes qui rassemblent de 137 à 200 noms, le répertoire le plus précis, celui d’Alison Patrick comptant 178 personnes. Si l’on interprète la Gironde au sens étroit, on ne dépasse pas la soixantaine de personnes.

Les cinq députés de la Gironde (Ducos, Gensonné, Grangeneuve, Guadet, Vergniaud) sont liés personnellement à Dumouriez, Roland et Brissot puis Barbaroux et ses Marseillais viennent renforcer le petit groupe. Ces hommes se regroupent dans des salons, celui de Mme Dodun et de Mme Roland, le club de la Réunion et le comité Valazé, donnant un parfum d’Ancien régime qui ne pouvait qu’être opposé à l’austérité jacobine. Dans les faits, il n’y a aucune cohérence du groupe dans les votes à la Convention, où les discordances sont marquées.

Ils sont issus de départements parfois très pauvres (Morbihan, Hautes-Alpes) ou très prospères (Seine-Inférieure, Gironde, Bouches-du-Rhône) et représentent surtout une France du sud et de l’ouest, celle des grandes villes portuaires. Ils sont plus âgés que leurs adversaires dans une assemblée très jeune. En revanche, les différences sociales avec la gauche jacobine ne sont guère marquées et relèvent des « nuances » et il est donc difficile d’attribuer à des « intérêts de classe » une politique d’ailleurs très fluctuante et contradictoire. Et comment expliquer que des Girondins qui ont des intérêts à Saint-Domingue militent pour l’émancipation des esclaves ?

Le procès des Girondins

Lors du procès, l’accusation porte essentiellement sur deux accusations : le royalisme et le fédéralisme. Les historiens ont ajouté d’autres griefs : l’usage irréfléchi de la violence révolutionnaire le 20 juin 1792 (Quinet) ; le bellicisme étourdi qui entraîne la France dans la guerre avec l’Europe (Jean Jaurès, Albert Sorel) ; l’égoïsme social de défenseurs du grand négoce et de la manufacture (Albert Mathiez).

Brissot voulait la guerre, espérant qu’elle permettrait de débusquer les Feuillants et confondre le roi. D’un conflit modeste avec les évêques-électeurs de Trêves et de Mayence, il fait une croisade de liberté universelle, la guerre des peuples contre les rois. Mais ce bellicisme est commun à toute la gauche patriote, Robespierre étant très isolé. Cependant, associés au gouvernement en avril 1792 avec Clavière et Roland, ils sont atteints par les revers militaires. Les ministres « girondins » renvoyés, ils renouent avec la politique d’intimidation, la journée du 20 juin et le discours de Vergniaud du 3 juillet mais même si le 10 août les ramène au ministère, les soupçons demeurent en raison de leurs négociations passées avec la cour. Partisans de l’appel au peuple lors du procès du roi, ils sont dénoncés par les jacobins comme le parti royaliste.

Ces champions du droit sont tout aussi ambigus : Madame Roland était convaincue de la nécessité d’une « régénération par le sang » après Varennes et Brissot appelle de ses vœux les « grandes trahisons » en avril 1792. Ils ont su utiliser le 20 juin et préparer le 10 août. Le légalisme ne se développe qu’à partir de l’hiver 1792 avec la peur des sans-culottes. Ils s’en prennent à Marat en avril 1793, pourtant député et, revenus dans les assemblées après Thermidor, ils approuveront le 18 fructidor.

Leur libéralisme économique est lui-même relatif : l’hostilité à la taxation du prix des grains au nom des mécanismes du marché, cohabitait avec un fort protectionnisme. Et leur « fédéralisme » s’explique par leur haine de Paris contrôlé par leurs adversaires.

Ils n’ont désormais plus qu’une idée : celle de terminer la Révolution, qui leur donne une certaine influence à l’assemblée.

Si leur politique a été inconsistante, ils ont mis leurs talents de publicistes au service d’une politique antijacobine dans leurs journaux (La Feuille villageoise, La Sentinelle, La Chronique du mois), leurs brochures, leurs pamphlets et leurs libelles.

Chronologie

  • 15 mars 1792 : ministère « girondin » avec Roland ministre de l’Intérieur et Dumouriez, ministre des Affaires étrangères
  • 20 avril 1792 : déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie
  • 13 juin 1792 : renvoi des ministres « girondins »
  • 20 juin 1792 : tentative d’intimidation de Louis XVI
  • 10 août 1792 : chute de la monarchie
  • 17 septembre 1792 : Vergniaud dénonce la tyrannie de la Commune parisienne
  • décembre 1792-janvier 1793 : procès de Louis XVI
  • 18 mars 1793 : défaite de Neerwinden et défection de Dumouriez
  • 13 avril 1793: arrestation de Marat
  • 18 mai 1793 : commission des Douze chargée d’enquêter sur les exactions de la Commune
  • 31 mai et 2 juin 1793 : journées d’émeute. Sous la pression des sans-culottes, l’Assemblée vote l’arrestation de députés girondins.
  • 31 octobre 1793 : exécution de Brissot, Vergniaud et d'autres Girondins

Principaux Girondins

sources

  • Mona Ozouf « Girondins » in François Furet, Mona Ozouf (dir.), Dictionnaire critique de la Révolution française volume Acteurs, Champs Flammarion 1992, p. 355-373
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