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John Law

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John Law de Lauriston (né en 1671 à Édimbourg – décédé en 1729 à Naples en Italie), est le parangon même du gouverneur d'une banque centrale dont les libéraux et les libertariens, défenseurs d'une monnaie saine, exècrent l'éthique non vertueuse. Il est un des précurseurs keynésiens de la technique de l'assouplissement quantitatif (quantitative easing) en matière monétaire et à l'origine de la bulle spéculative du Mississippi au début du XVIIIe siècle, c'est-à-dire le créateur de la première crise financière internationale suite à son schéma de relance de l'économie avec des errements de politique monétaire peu orthodoxes.

John Law : fripon et meurtrier avant de devenir un escroc

Il était le fils de James Law, un riche orfèvre et banquier écossais d'Édimbourg[1]. Adepte des jeux de hasard et apprenti mathématicien, il utilise sa compréhension limitée des probabilités pour parier. Une fois qu'il a dilapidé la fortune de son père, il se querella avec un rival qui était amoureux de la même femme que lui. Il est alors officiellement reconnu coupable de l'avoir tué[2] lors d'un duel à Londres en 1694. Il est condamné à être pendu. Pourtant, il réussit à obtenir une commutation de peine. Il a ensuite soudoyé sa sortie de prison auprès d'un garde et s'est enfui sur le continent européen.

Il est retourné en 1703 en Écosse et se concentra sur son schéma monétaire, qu'il a présenté au Parlement écossais en 1705, en publiant sa théorie dans son célèbre tract, "Money and Trade Considered, with a Proposal for Supplying the Nation with Money" ("Considérations sur la monnaie et le commerce, avec une proposition pour fournir de l'argent à la nation"). Il s'attaqua à la théorie mercantiliste, alors en vogue, selon laquelle la richesse d'une nation consiste en son stock de métaux précieux. Alors, il démontra que la valeur de l'or et de l'argent fluctuait comme le prix du poivre ou du maïs. La terre, en revanche, indiquait-il, est de valeur constante, intrinsèquement utile et toujours recherchée alors que l'or et l'argent n'ont de valeur surtout que dans les échanges.

Sans trop le savoir, il plaida pour une banque centrale inflationniste qui pourrait émettre à volonté du papier-monnaie[3] adossé mystiquement, comme le formule Murray Rothbard[4], à la terre de la nation. Naturellement, le Parlement a rejeté son plan. En effet, l'augmentation de la monnaie était censée vivifier le commerce et accroître l'utilisation des facteurs de production. Dans cette conception, la monnaie est une création purement gouvernementale qui n'a aucune valeur intrinsèque. L'erreur de cette vision restrictive de la monnaie est de la considérer uniquement comme un moyen d'échange, et non comme une réserve de valeur pour l'avenir.

La rencontre de John Law avec le coucher de soleil français

L'année suivante, l'union de l'Écosse avec l'Angleterre l'oblige à fuir vers le continent, car il était toujours recherché par la loi anglaise sous l'ancienne accusation de meurtre. Durant sa fuite en France, il se lie d'amitié avec le duc Philippe d'Orléans, le régent du jeune roi Louis XV[5]. Et, comme Jean de La Fontaine (1621-1695), ou Ésope (VIIᵉ av. J.-C. – VIᵉ siècle av. J.-C.) avant lui, l'avait formulé dans leur fable, "Le corbeau et le renard", tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute, surtout si ce dernier est naïf, sans connaissance éclairée des sciences économiques encore balbutiante, et cupide pour son propre intérêt et celui de sa famille. Cette fable écrite pour les sots n'a eu aucun effet sur le régent de France. Alors, John Law fut nommé avec empressement gouverneur de la banque royale[6] en 1716, l'équivalent du poste de gouverneur de la banque centrale européenne d'aujourd'hui. Et, comme il était malheureusement d'usage dans les relations entre l'État et les entrepreneurs de l'époque, le duc d'Orléans, lui octroya le monopole de l'émission des billets de banque en France.

Les finances de l'État étaient dans une situation précaire car Louis XIV avait passé une partie de son long règne à mener des guerres de conquête coûteuses. Le Grand Monarque au bout de soixante-douze années de règne avait réduit ses sujets à la pauvreté et l'État à la faillite. La dette colossale atteignait près de 3 milliards de livres tournois soit l’équivalent d’une vingtaine d’années de recettes fiscales[7]. Durant les 30 dernières années de sa vie, le Roi soleil a terni l'éclat de la France en multipliant par 20 le niveau de la dette. Non seulement, la monarchie ne pouvait plus rembourser le capital qu'elle avait emprunté mais elle avait aussi du mal à payer les intérêts de sa dette. De plus, les pièces d'or et d'argent nécessaires pour financer l'activité économique étaient en forte pénurie. Entre 1689 et 1715, la valeur de la monnaie a été changée 43 fois. L'administration financière, par des modifications de l'unité monétaire, a tenté d'influencer les phénomènes économiques de la même manière que les banques centrales et les gouvernements manipulent aujourd'hui les devises étrangères. Les manipulations monétaires bénéficiaient à l'État pour préparer ses émissions d'emprunts, pour contrôler la circulation des bons du Trésor, pour réguler le taux de change, pour modifier les balances commerciales et comptables, pour effectuer une redistribution des richesses, pour influencer le niveau des prix des marchandises. Au final, cette politique monétaire fut catastrophique. En effet, les manipulations monétaires coïncident avec les crises économiques et les famines de 1693 à 1709. Le peu de gens qui détenaient de l'or ou de l'argent le thésaurisaient ou l'emportaient à l'étranger.

La mise en place du système de Law

Faire croire à la population que le papier qu'elle détient a de la valeur nécessite d'établir une confiance absolue dans le nouveau système monétaire. John Law réussit ce tour de passe-passe grâce à la pratique de la monarchie absolue qui a endormi durant des décennies tout esprit critique en France. Par conséquent, le régent fit décréter que les impôts devaient être payés sous forme de billets émis par la nouvelle banque créée par John Law, la Banque Générale. Le billet de banque a alors obtenu de fait un pouvoir libératoire, c'est à dire le pouvoir d'utiliser ce support monétaire pour tout paiement.

John Law observa ensuite le succès commercial des Hollandais dans l'exploitation du commerce des épices aux Indes orientales. Il expliqua alors au régent que la France pouvait utiliser le papier-monnaie pour développer ses possessions coloniales. C'est ainsi qu'est né le schéma de la bulle du Mississippi. John Law créa son entreprise, la Compagnie d'Occident pour exploiter les opportunités commerciales et foncières des territoires français qui s'étendaient depuis la Louisiane jusqu'à ceux de l'Amérique du nord.

Il leva des émissions d'actions auprès du public français qu'il utilisa pour rembourser les dettes de l'État. Afin d'accélérer le processus que John Law trouvait trop lent, la banque générale prêtait aux emprunteurs l'argent nécessaire pour acheter les actions de la Compagnie d'Occident. En 1719, il se fit aussi céder, encore par le régent, les droits de la Compagnie française des Indes orientales. Il récolte par la technique de la cavalerie d’importants bénéfices pour éponger les dettes de ses autres opérations peu académiques. Et voilà, comment la France est passée, dans cette manœuvre frauduleuse avec l'appui de l'État, d'une situation financière précaire au bord du précipice de la catastrophe financière.

La faillite du système et l'arrêt des billets de banque

John Law a développé un système bancaire à réserve fractionnaire en donnant au régent, le Duc d'Orléans, une explication fallacieuse de la supériorité de son système car il lui précisa que la production de sa nouvelle masse monétaire était beaucoup moins coûteuse que le cout d'extraction de l'or ou de l'argent. Fier de son protégé, Le Duc d'Orléans nomme John Law, contrôleur général des finances en janvier 1720, soit l'équivalent sous l'ancien régime du gouverneur de la banque de France[8] après la création de celle-ci sous l'empire Napoléonien. Il est arrivé au poste qu'il convoitait, c'est-à-dire agir directement par la coercition pour imposer son escroquerie. La famille royale le laisse libre de mettre en place des mesures contraignantes. Il interdit que chaque foyer français possède plus de 500 livres tournois en métaux précieux. Le surplus doit être échangé avec son papier monnaie.

À partir de l’été 1720, le système bancaire généralisé fit faillite. La banque générale fut dévalisée car les gens voulaient récupérer leur or. Des émeutes éclatèrent contraignant l’établissement bancaire à la faillite. A la fin de l’année 1720, les billets de banque furent supprimés, le système abandonné et John Law s'exila en Italie comme un voleur qu'il était devenu. Il mourut en 1729, à Naples, tentant une dernière fois de persuader le gouvernement napolitain d'en faire son banquier central inflationniste.

Hélas, l'histoire a peu de mémoire. Au cours de la Révolution française, le papier-monnaie est réapparue sous la forme d'assignats. Encore, une fois ce fut un total échec avec une hyperinflation qui ruina de nombreux épargnants. En 1803, Napoléon émit les premiers billets de la banque de France. Le système de la monnaie papier s'est prolongé non parce qu'il était officialisé par l'Etat mais par le rapport étroit entre le papier et le stock d'or.

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Comme c'était la coutume à cette époque, l'orfèvre combinait à son métier le soin des fonds qui lui étaient confiés par ses clients et bon nombre de fonctions qui sont actuellement exercées par les banquiers.
  2. Le 6 avril 1694, John Law tue Edward Wilson.
  3. L'idée du papier-monnaie, plus léger et plus pratique que les pièces de monnaie, fut certainement instaurée en Chine au début du VII° siècle, à l'époque de la dynastie Tang (début du VII° siècle jusqu'au début du X° siècle). À la chute de cette dynastie, en 907, l'Empire de Chine se morcela en dix entités indépendantes. Le billet de banque, à ses origines, est un bon au porteur. C'est-à-dire que le support monétaire, le papier, indique la somme qui a été déposée à la banque et sa géolocalisation pour obtenir un transfert contre une monnaie en argent ou en or. Le premier billet de banque connu de l'histoire mondial fut le jiaozi suivi du huizi sous la dynastie Song (fin du X° siècle jusqu'en 1279), puis le chao sous la dynastie Yuan. C'est sans doute l'explorateur et navigateur Marco Polo, à la fin du XIII° siècle, qui rapporta l'existence et l'utilité du papier-monnaie. Les hommes d'affaires des cités-Etats en Italie, à la fin du XIV° siècle, adoptèrent cette idée géniale pour le développement de leurs commerces dans toute l'Europe par la transformation des bons au porteur en lettres de change. Dans le monde occidental, les premiers billets de banques furent diffusés en Suède (banque de Stockholm en 1661), au sein des Treize colonies (dans la Nouvelle Amérique) à compter de 1690 et donc en France en 1715 par l'intermédiaire de John Law.
  4. Murray Rothbard, "An Austrian Perspective on the History of Economic Thought", vol 1, Economic Thought Before Adam Smith, Auburn: Ludwig von Mises Institute.
  5. Louis XIV, le roi soleil, meurt en septembre 1715 mais son successeur n'a pas encore sa majorité. Philippe d’Orléans était le neveu du défunt souverain qui lui légua la charge honorifique de devenir le président du conseil de régence. C'est Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine (fils illégitime de Louis XIV) qui devait assurer la régence. Or, Philippe d'Orléans à réussi à convaincre le Parlement de Paris, sans doute par des moyens obscurs, à casser le testament de Louis XIV pour s'attribuer la régence.
  6. Le titre exact était contrôleur général des finances.
  7. Selon l'économiste, Elgin Groseclose, dans son livre Economy and Man, la dette consolidée de l'État s'élevait à environ deux milliards de livres tournois et la dette flottante à un milliard supplémentaire. Les intérêts de cette dette étaient d'environ 86 millions de livres tournois contre des recettes de l'État qui s'élevaient difficilement à 165 millions de livres, laissant moins de 70 millions de livres pour répondre à un budget de l'État de 150 millions de livres.
  8. Pierre-Cyrille Hautcoeur, 1997, "Bank of France", In: David Glasner, Thomas F. Cooley, dir., "Business Cycles and Depressions: An Encyclopedia", New York: Garland Publishing, Inc., pp39-42

Publications

Littérature secondaire

  • 1843, Eugène Daire, dir., "Collection des principaux Economistes. Vol 1 - Économistes-financiers du XVIIIe siècle: Vauban, Boisguillebert, John Law, Melon, Dutot", Paris: Guillaumin
  • 1928, Georges Oudard, "La très curieuse vie de Law : aventurier honnête homme", Paris: Plon
    • Traduction en anglais en 1928 par G. E. C. Massé, "The Amazing Life of John Law", New York: Payson and Clarke, Ltd.
  • 1934, P. Harsin, dir., "John Law, Oeuvres Completes", 3 vols, Paris: Sirey
  • 1936, E. J. Hamilton, "Prices and Wages at Paris under John Law's System", Quarterly Journal of Economics, Vol 51, pp42-70
  • 1968, E. J. Hamilton, "John Law", In: "International Encyclopedia of the Social Sciences", Vol 9, New York: Free Press
  • 1969, E. J. Hamilton, "The Political Economy of France at the time of John Law", History of Political Economy, Vol 1, pp123-149
  • 1977, Edgar Faure, "La banqueroute de Law : 17 juillet 1720", Paris: Gallimard
  • 1991,
    • Tim Congdon, Lawrence Lande, "John Law and the invention of paper money", RSA Journal, Vol 139, n°5414, Janvier, pp916-928
    • Antoin E. Murphy, "The Evolution of John Law's Theories and Policies, 1707–1715", European Economic Review, Vol 34, July, pp1109–1125
    • Joseph Salerno, "Two Traditions in Modern Monetary Theory: John Law and A.R.J. Turgot", Journal des économistes et des études humaines, Vol 2, June/September, pp337-380
  • 1992, Antoin Murphy, "John Law", In: Alain Beraud, Gilbert Faccarello, dir., "Nouvelle histoire de la pensée économique, tome 1 : Des scolastiques aux classiques", Paris: Éditions La Découverte, pp176-187
  • 1994, A. E. Murphy, dir., "John Law's Essay on a Land Bank [1703-1704], Dublin: Acon.
  • 2002, Edmond-Jean-François Barbier, "Journal de l'avocat Barbier. Tome 1, la grande friponnerie de monsieur Law : 1718-1722", Clermont-Ferrand Paleo, Collection Sources de l'histoire de France ISSN 1633-9614
  • 2014, Gilbert Doreau, "Les billets de Law", suivi de "Histoire de Law" par Adolphe Thiers, Paris Éditions les Chevau-Légers cop.
  • 2015, Nicolas Buat, "John Law. La dette, ou comment s'en débarrasser", Paris; Les Belles Lettres, Coll Les penseurs de la liberté
  • 2016, Pierre Jovanovic, dir., "L’histoire de John Law et sa première planche à billets qui a ruiné la France, et qui continue à ruiner le monde aujourd’hui", Paris: Le Jardin des livres (avec texte d'Adolphe Thiers remanié par Anne-Marie Bruyant)
  • 2020, Helen J. Paul, "John Law, the South Sea Bubble, and Dutch Satire", In: Joyce Goggin, Frans De Bruyn, dir., "Comedy and Crisis: Pieter Langendijk, the Dutch, and the Speculative Bubbles of 1720", Series: Eighteenth-Century Worlds, Liverpool University Press, pp103-118
  • 2021, John Shovlin, "To keep the european peace: John Law’s Financial Revolution and Its Legacy", In: John Shovlin, dir., "Trading with the Enemy: Britain, France, and the 18th-Century Quest for a Peaceful World Order", Yale University Press, pp115-145


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