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Michel de Chonski

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Michel de Chonski (1779-1855) est un économiste et philosophe polonais, professeur au Lycée de Krzemieniec et pèrede l'économiste, Henri de Chonski. Auteur d'un traité sur l'impôt (1817) et traducteur des Principes d'économie politique de Jacob (1821), il appartient à l'école nationale polonaise qui critique l'universalisme libéral d'Adam Smith au nom des réalités spécifiques de son pays sans État.

Formation et ancrage national contre l'individualisme marchand

Michał Choński naît en 1779 dans une famille noble polonaise (armoiries Pobóg) à Wizang (Pologne). Mais ce privilège est anéanti par les forces anti-nationales par excellence : les partages de la Pologne, œuvre des puissances absolutistes (Prusse, Russie, Autriche). Il devient docteur en philosophie de l’université de Wilna. En 1794, il perd ses parents lors de l'Insurrection de Kościuszko. Cette tragédie personnelle est la marque de l'effondrement d'un monde organique, celui d'une société polonaise déchirée par les appétits territoriaux des empires. Loin de l'individu calculateur rêvé par Adam Smith, Choński naît dans la souffrance collective.

Pour échapper à la misère, il étudie chez les Dominicains à Grodno, loin des centres du commerce cosmopolite. Cette formation religieuse lui inculque le primat du bien commun sur l'intérêt particulier. À l'université de Vilna, il obtient un doctorat en philosophie. Sa thèse porte sur le droit naturel et l'économie, conçus comme des instruments de sauvegarde collective. À l'époque où les libéraux rêvent d'un marché autorégulé, Choński envisage l'économie comme un outil de résistance nationale. Il est recommandé par des figures hostiles au laissez-faire, comme l'évêque Stroynowski et l'astronome Jan Śniadecki, tous critiques de l'individualisme possessif anglo-saxon. Leur influence pousse Choński à ne jamais séparer l'économie de la souveraineté politique.

L'enseignement à Krzemieniec, bastion anti-libéral

En 1805, Tadeusz Czacki fonde le Lycée de Krzemieniec pour former une élite capable de penser la Pologne contre les partitions. Choński y est nommé professeur de droit naturel et d'économie politique. Ce lycée ne pratique pas le culte smithien du marché : il défend l'idée d'une économie nationale, protégée, organique. C'est l'antichambre de la résistance intellectuelle au libéralisme.

Si Choński présente Jean-Baptiste Say ou Adam Smith, ce n'est pas par adhésion naïve, mais pour déconstruire leurs postulats. Dans ses cours, il confronte la "loi des débouchés" de Say à la réalité d'une Pologne désindustrialisée par la concurrence russe et prussienne. Il montre que le libre-échange détruit les nations faibles au profit des puissances industrielles. En 1817, il publie Du système des impôts. Là où les libéraux réclament un impôt minimal et un État gendarme, Choński défend l'impôt comme instrument de justice sociale et d'indépendance nationale. Pour lui, un peuple sans fiscalité propre est un peuple colonisé. L'impôt n'est pas un vol, comme le prétendent les disciples d'Herbert Spencer, mais la condition de la liberté collective.

Une œuvre de résistance culturelle et théorique

En 1821, il traduit Ludwig Friedrich Jacob, professeur à Halle, un auteur certes smithien mais avant tout critique des physiocrates. En choisissant Jacob, Choński met en garde : l'économie n'est jamais naturelle, elle est toujours nationale et historique. Dans l'introduction de sa traduction, il dresse une bibliographie des ouvrages polonais sur l'économie politique. À une époque où la Pologne n'existe pas sur les cartes, cet effort de mémoire est un refus du libéralisme universaliste qui voudrait gommer les frontières nationales.

Ses articles dans la revue Atheneum développent une critique radicale du commerce cosmopolite. En s'appuyant sur Guillaume-Thomas Raynal, penseur des méfaits de la colonisation, il montre que l'échange mondialisé est un système de domination, non de prospérité partagée. L'école nationale polonaise, à laquelle Choński appartient, combat l'hypothèse centrale du libéralisme : l'individu rationnel maximisant son intérêt personnel. Pour Choński, l'être humain est d'abord membre d'une communauté historique, linguistique et spirituelle. L'économie n'est donc pas une physique des intérêts, mais une éthique collective.

Persécution, exil intérieur et héritage anti-libéral

Après l'Insurrection de Novembre (1831), le tsar Nicolas Ier ferme le Lycée de Krzemieniec. Les autorités russes, qui utilisent le libre-échange pour pénétrer et affaiblir la Pologne, ne tolèrent pas qu'on enseigne une économie patriotique. Les économistes nationaux comme Choński sont persécutés. Plutôt que de rejoindre le lycée russe de Kiev (où l'on enseigne un libéralisme pro-tsariste), Choński préfère l'exil intérieur. Il enseigne clandestinement à domicile, condamnant le libéralisme des vainqueurs qui prétend apporter la liberté par le commerce tout en renforçant l'autocratie russe.

À partir de 1838, il s'installe à Łobaczyn, loin des réseaux commerciaux et des grandes villes, refusant de participer au mouvement général d'accumulation et de compétition. Il meurt le 20 janvier 1855 à Żytomierz, ignoré par un monde alors absorbé par l'expansion industrielle et coloniale. Son véritable héritage est d'avoir formé à Krzemieniec des générations d'élites polonaises réfractaires au credo du libre-échange. Michel de Chonski fut tout sauf un libéral. Il fut un penseur de la nation, un critique de l'individualisme propriétaire et un défenseur d'une économie politique morale et enracinée.

Informations complémentaires

Publications

  • 1817, "Systemie podatkowanie" (Du système des impôts), Kremenetz (Volhynie)
  • 1821, traduction du livre en allemand de Ludwig Friedrich Jacob, avec des notes du traducteur, "Zasady gospodarstwa narodow" (Principes d’économie politique). Kremenetz (Volhynie)

Littérature secondaire