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Philippe Muray

De Wikiberal

Philippe Muray (1945-2006), est un essayiste et romancier français.

En 1984 il publie le XIXème siècle à travers les âges, fresque foisonnante et audacieuse dans laquelle il souligne l'importance de l'occultisme dans la fondation du socialisme, le "socialoccultisme" croyant à la possibilité de créer un ordre social parfait par la parole, voire par le terrorisme intellectuel.

Philippe Muray se voulait le chroniqueur et le contempteur du désastre contemporain, cette époque où « le risible a fusionné avec le sérieux », où le festivisme fait loi. Son œuvre stigmatise, par le rire, la dérision et l'outrance de la caricature les travers de notre temps. Il inventa pour cela (dans Après l'Histoire) une figure emblématique de ce temps : Homo festivus, le citoyen moyen de la post-histoire, « fils naturel de Guy Debord et du Web », produit d'une ère "hyper-festive" qui se veut publique, laïque et obligatoire. L'impératif festif remplace la vie et l'art par les faux semblants et le clientélisme.

Il inventa également le concept d'« envie de pénal », qui stigmatise la volonté farouche de créer des lois pour « combler le vide juridique », c'est-à-dire supprimer toute forme de liberté et de responsabilité. Envie de pénal qu'on retrouve aussi dans la judiciarisation de la vie quotidienne, autrement dit le recours permanent aux tribunaux pour régler les problèmes auxquels les individus sont confrontés :

Comment se fait-il que nul ne s'inquiète de ce désir de loi qui monte sans cesse ? Ah ! la Loi ! La marche implacable de nos sociétés au pas de Loi ! Nul vivant de cette fin du siècle n'est plus censé l'ignorer. Rien de ce qui est législatif ne doit nous être étranger. "Il y a un vide juridique ! " Ce n'est qu'un cri sur les plateaux. De la bouillie de tous les débats n'émerge qu'une voix, qu'une clameur "Il faut combler le vide juridique ! " Soixante millions d'hypnotisés tombent tous les soirs en extase. La nature humaine contemporaine a horreur du vide juridique, c'est-à-dire des zones de flou où risquerait de s'infiltrer encore un peu de vie, donc d'inorganisation. Un tour d'écrou de plus chaque jour ! Projets ! Commissions ! Mises à l'étude ! Propositions ! Décisions ! Élaboration de décrets dans les cabinets ! Il faut combler le vide juridique ! Tout ce que la France compte d'associations de familles applaudit de ses pinces de crabe. Comblons ! Comblons ! Comblons encore ! Prenons des mesures ! Légiférons !
Le plus grand malheur des hommes, c'est d'avoir des lois et un gouvernement, écrivait Chateaubriand. Je ne crois pas qu'on puisse encore parler de malheur. Les jeux du cirque justicier sont notre érotisme de remplacement. La police nouvelle patrouille sous les acclamations, légitimant ses ingérences en les couvrant des mots " solidarité ", "justice", "redistribution". Toutes les propagandes vertueuses concourent à recréer un type de citoyen bien dévot, bien abruti de l'ordre établi, bien hébété d'admiration pour la société telle qu'elle s'impose, bien décidé à ne plus jamais poursuivre d'autres jouissances que celles qu'on lui indique. Le voilà, le héros positif du totalitarisme d'aujourd'hui, le mannequin idéal de la nouvelle tyrannie, le monstre de Frankenstein des savants fous de la Bienfaisance, le bonhomme en kit qui ne baise qu'avec sa capote, qui respecte toutes les minorités, qui réprouve le travail au noir, la double vie, l'évasion fiscale, les disjonctages salutaires, qui trouve la pornographie moins excitante que la tendresse, qui ne peut plus juger un livre ou un film que pour ce qu'il n'est pas, par définition, c'est-à-dire un manifeste, qui considère Céline comme un salaud mais ne tolérera plus qu'on remette en cause, si peu que ce soit, Sartre et Beauvoir, les célèbres Thénardier des Lettres, qui s'épouvante enfin comme un vampire devant un crucifix quand il aperçoit un rond de fumée de cigarette derrière l'horizon. (L'envie du pénal)

Bien que certains le considèrent comme un réactionnaire antimoderne ronchon, une espèce de Léon Bloy joyeux, Philippe Muray est un esprit libre qui dénonce avec justesse et dans un style tranchant les lubies et les travers de notre époque : la festivisation généralisée, le moralisme étatique, l’acharnement judiciariste, le maternalisme politique, la nouvelle police de la pensée, la pseudo-rébellion altermondialiste, l'indifférenciation des sexes, des âges, et des peuples, l’hystérie anti-pédophile, la bataille entre les groupes de pression, etc.

Son style est souvent copieux, ardent et drôle. Il aimait créer des néologismes assassins, comme « Artistocrate » (pour décrire les artistes qui prêtent serment d'allégeance aux politiciens et aux fonctionnaires et dont l'activité artistique devient une charge, comme il en existait sous l'Ancien Régime), « Mutin de Panurge » (les individus dont la rébellion est factice et en accord avec l'air du temps) et « Maton de Panurge » (les individus qui tentent par tous les moyens de faire taire les voix qui s'opposent au consensus politiquement correct), entre autres. On rencontre aussi sous sa plume les « damnés de l'alter », la « fièvre cafteuse », le « plouc émissaire », l'« effet de serf », le « bon chiite-bon genre », « l'âge du fier » (de la "Pride") qui supplante l'âge de fer, l'« interdit de l'Alceste » , l'« intelligentsia pétitionnaire » ou les « intermittents de la nullité ».

Citations

  • Notre époque ne produit pas que des terreurs innommables, prises d’otages à la chaîne, réchauffement de la planète, massacres de masse, enlèvements, épidémies inconnues, attentats géants, femmes battues, opérations suicide. Elle a aussi inventé le sourire de Ségolène Royal. (Le sourire à visage humain)
  • Il est facile d’annoncer pour la énième fois que la liberté d’expression est non négociable, surtout quand on applaudit par ailleurs à chaque nouvelle destruction légale de la liberté de pensée et que l’on vient justement de saluer une première condamnation par les tribunaux pour propos homophobes. La vaillante défense de la liberté et de l’État de droit contre les autorités religieuses serait plus crédible si elle s’exerçait aussi contre les innombrables nouveaux clergés qui font régner une terreur mille fois plus efficace que les vieilles puissances religieuses. » (Désaccord parfait)
  • C'est le marché des règlements. Un lex-shop à ciel ouvert. Chacun s'amène avec son brouillon de décret. Faire un débat sur quoi que ce soit, c'est découvrir un vide juridique. La conclusion est trouvée d'avance. "Il y a un vide juridique !" (...) Tout ce qui se montre, il faut l'encercler, le menotter de taxes et décrets. (Exorcismes Spirituels I)
  • Un magistrat du temps de Balzac, un usurier, une femme de chambre, un ancien soldat de l’Empire, on savait plus ou moins ce qu’ils voulaient. Leurs histoires même les plus complexes sont d’une limpidité, d’une palpabilité formidables à côté de ce qu’on peut supposer comme aventures à un agent d’ambiance ou à une adjointe de sécurité. (...) Est-il est possible de se révéler mauvais comme agent d’ambiance ? Médiocre accompagnateur de détenus ? Détestable facilitateur de réinsertion à la sortie de l’hôpital ? Et que se passe-t-il, en vérité, quand un agent d’ambiance se met en grève ? (Désaccord parfait)
  • L'avenir de cette société est de ne pouvoir rien engendrer que des opposants ou bien des muets. (L'Empire du bien)
  • La thèse de Muray est que le festif est un parti de l'ordre, et derrière le festif il y a le fascisme. (...) Derrière le festif, le sympa, le global, il y a la mort du réel, la mort de l'art. (Fabrice Luchini, 20/04/2010)
  • Il lutte simplement contre un comportement imposé, il montre que le « festif » abrite une sorte de système totalitaire. Non pas parce que ce n'est pas bien que les gens s'éclatent, mais parce qu'il éteint toute individualité, il éteint toute analyse négative du réel, il éteint toute problématique de souffrance. Il évacue le tragique de l'existence, empêchant ainsi toute littérature. Il transforme le réel en une grande fête insaisissable, indéfinissable. La comédie humaine est ainsi déshumanisée puisqu'elle est perpétuellement connectée et souriante. (Fabrice Luchini, Comédie française - Ça a débuté comme ça, 2016)

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