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John Dickinson

De Wikiberal
John Dickinson
Homme politique

Dates 1732-1808
John Dickinson.jpg
Tendance Libéral classique
Origine États-Unis États-Unis
Articles internes Liste de tous les articles

Citation « Ceux qui sont taxés sans leur propre consentement sont des esclaves »
inter lib.org sur John Dickinson

John Dickinson (comté Talbot, Maryland, 8 novembre 1732 – Wilmington, Delaware, 14 février 1808) était un avocat et politicien américain. Érudit et réservé, il fut plus respecté qu’aimé par ses contemporains et n’est pas le plus connu des Pères fondateurs. « Gentleman par la naissance, homme de loi par la formation et politique par inclination » (Jacobson), cet esprit modéré, qualifié de « révolutionnaire conservateur » a toujours défendu le règne de la loi (Rule of Law) et les principes de liberté. Homme d’un grand courage moral, il n’a jamais cédé aux pressions populaires.

Un riche avocat de Philadephie

Originaire du Maryland, sa famille d’origine anglaise était installée depuis 1654, exploitait une importante plantation produisant du tabac, du blé et du maïs à l’aide d’esclaves. Sa date exacte de naissance varie selon les sources. Sa mère était la fille d’un important quaker de Philadelphie.

Élève doué, il fait des études de droit à Philadelphie et Londres. Il lit et médite Cesar, Salluste et Tacite. De retour à Philadelphie, il se fait une réputation comme membre du barreau et il devient en 1759 représentant du comté de Kent à l’Assemblée de New Castle puis comme représentant de Philadelphie à l’Assemblée générale de Pennsylvanie (1762-1765). Il soutient le parti des propriétaires qui veut maintenir le statut particulier de la Province gouvernée par la famille Penn contre le parti populaire qui souhaite la transformation de la Pennsylvanie en colonie royale, et entre en conflit avec Benjamin Franklin. Il épouse en 1770, Mary dite Polly Norris, fille du riche quaker, Isaac Norris, qui est également le speaker de l’Assemblée générale.

Le révolutionnaire malgré lui

Délégué par la Pennsylvanie au Congrès de New York (1765) pour lutter contre le Stamp Act, il participe largement à la rédaction de la Déclaration des droits et doléances. Il s’impose comme le chef du parti hostile à la politique fiscale britannique. Il rédige les Lettres d’un fermier de Pennsylvanie (Letters from a Farmer in Pennsylvania), défense des libertés anglaises et non appel à la rupture, en réponse aux Townshend Acts de 1767. Le retentissement de cette publication, d’abord parue dans Pennsylvania Chronicle puis éditée à Londres, Dublin, Amsterdam, traduite en français, fait de lui le « Cicéron américain », l’écrivain de la Révolution américaine.

Il est délégué par la Pennsylvanie aux deux congrès continentaux (1774-1776). Dans la Déclaration sur les causes et la nécessité de prendre les armes, rédigé avec Thomas Jefferson, il écrit en conclusion que les Américains sont « résolus à mourir en hommes libres plutôt que vivre en esclaves. » Cependant il aurait souhaité une entente avec la Couronne, d’où la fameuse « pétition du rameau d’olivier » il ne voulait ni de l’Indépendance ni de la révolution et sous l’influence quaker préférait éviter le recours à la violence : il estimait que le conflit était avec le Parlement non avec la monarchie.

Il s’oppose d’ailleurs au vote de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis et refuse de signer le texte. Il estime cette position prématurée et souhaite d’abord que les États constituent entre eux une Confédération. Il préside la commission qui ébauche des Actes de Confédération utilisant l’expression « les États-Unis d’Amérique ». Ne pouvant demeurer au Congrès, il rejoint donc la milice de Pennsylvanie avec le grade de général de brigade (1774-1776) : le roi ayant choisi la force, le lien entre les colonies et la Couronne était désormais rompu.

Sa position sur l’Indépendance n’étant pas comprise, il se retire dans la maison familiale du comté de Kent où il cède à la dépression. Il refuse de représenter le Delaware au Congrès de 1777 : il préfère servir comme simple soldat dans la milice. Cependant, plus grand propriétaire du Delaware, il décide d’affranchir tous ses esclaves. Finalement, il accepte de représenter le Delaware au Congrès continental de 1779 où il signe les Articles de Confédération.

Une carrière entre Delaware et Pennsylvanie

En 1781, il devient président (gouverneur) du Delaware, élu par l’Assemblée de l’État, à l’unanimité moins sa voix. Il achève son mandat en 1782 par une Proclamation contre le Vice et l’Immoralité. Très populaire, il devient président de Pennsylvanie (1782-1785), élection qui marque le début de la contre-révolution menée par les modérés contre les radicaux ou constitutionnalistes qui avaient pris le contrôle de l’État : il devait rester en place trois ans, le maximum prévu par la constitution. Il adopte une attitude modérée au moment de la révolte des vétérans de Pennsylvanie réclamant le paiement de leur solde en 1783 : il refuse d’utiliser la force contre eux. Il donne 500 acres (2 km2) au Dickinson College de Carlisle, institut fondé par son ami Benjamin Rush.

De retour dans le Delaware, il s’installe à Wilmington et très vite est appelé comme délégué de son État à la Convention d’Annapolis qu’il préside et qui fait le constat de l’insuffisance des Articles de Confédération puis en 1787 à la Convention constituionnelle où il se fait le défenseur de la Constitution, signant neuf essais sous le nom de Fabius. Il contribue largement à la révision de la constitution du Delaware lors de la Convention de 1791 qu’il préside. S’il se montre favorable à l’extension du droit de vote à tous les contribuables, noirs et femmes exceptés, il adopte une attitude de neutralité sur la question de l’esclavage, considérant qu’il revenait à l’Assemblée générale de l’abolir. Sa santé déclinant, il siège seulement une année au sénat de l’État (1793). Il consacre ses dernières à soutenir le mouvement abolitionniste et à la publication de ses textes politiques.

L’économiste

Pour Dickinson, le Royaume-Uni manufacturier avait besoin du marché américain (The Late Regulation Concerning the British Colonies) : « les colonies du continent américain sont habitées d’hommes fortunés qui ont tellement à faire pour soumettre un pays sauvage afin d’assurer leur subsistance, et dont la tâche est soumise à de telles difficultés, relativement aux pays anciens et plus peuplés, mieux armés en main d’œuvre et en rentabilité, qu’ils n’ont ni le temps ni le loisir de songer à la manufacture. »

Il y a donc complémentarité entre la métropole et les colonies : « C’est là toute l’importance des colonies pour la Grande-Bretagne. Sa prospérité dépend de son commerce ; son commerce des manufactures ; ses manufactures, des marchés disponibles. Or, les marchés les plus constants et les plus avantageux, ce sont les colonies ; dans le reste de l’Europe, il existe de multiples interférences, et toutes sortes d’incidents risquent de mettre un terme aux échanges. »

Dickinson approuve l’existence des lettres de change (monnaie scripturale) et plus généralement de la monnaie-papier (monnaie fiduciaire) : une économie moderne repose sur le crédit et il défend un taux de l’escompte de 5 %. A condition de contrôler les émissions, la monnaie-papier était une « source que le jardinier sage et industrieux répandait comme autant de filets d’eau, ruisselant dans son jardin et dans ses prés ».

A ses yeux, l’impôt ne peut alimenter les caisses de l’État : la régulation du commerce, le développement des échanges justifient seuls la perception des taxes.

Citations

  • « Ceux qui sont taxés sans leur propre consentement, exprimé soit par eux-mêmes soit par leurs représentants, sont des esclaves. Nous sommes taxés sans notre consentement, exprimé soit par nous-mêmes soit par nos représentants. Il suit de là que nous sommes des esclaves » (Lettres d’un fermier de Pennsylvanie)
  • « Nous ne pouvons devenir un peuple indépendant, sauf du fait de la Grande-Bretagne elle-même ; et la seule façon d’y parvenir c’est de nous rendre économes, astucieux, unis et mécontents. » (Declaration of Rights and Grievances)
  • « La modération en chaque chose est la clé du bonheur »
  • « Rois et Parlements ne nous ont pas accordé les droits essentiels au bonheur. Nous les tenons d’une source plus élevée, du Roi des Rois et Seigneur de toute la Terre. Ils ne sont pas nôtres par des parchemins et des sceaux. Ils ont été créés en nus par les décrets de la Providence qui ont établi les lois de notre nature. Ils sont nés avec nous, existent avec nous et ne peuvent nous être arrachés par aucun pouvoir humain sans nous prendre nos vies » (An Address to the Committee of Correspondence in Barbados, 1766)

Œuvres

  • 1765 : The Late Regulation Concerning the British Colonies
  • 1765 : Declaration of Rights and Grievances
  • 1766 : An Address to the Committee of Correspondence in Barbados
  • 1767 : Letters from a Farmer in Pennsylvania
  • 1768 : The Liberty Song (ou American Liberty Song).
  • 1774 : An Essay on the Constitutional Power of Great Britain
  • 1775 : A Declaration by the Representatives of the United Colonies setting Forth the Causes and Necessity of Their Taking Up Arms
  • 1788 : Letters of Fabius

Sources

  • David L. Jacobson, John Dickinson and the Revolution in Pennsylvania, 1764-1776. Berkeley, Calif.: University of California Press, 1965
  • Calvert Jane E., « Liberty Without Tumult: Understanding the Politics of John Dickinson, » Pennsylvania Magazine of History and Biography, 131 (July 2007): 233-62.
  • Bernard Cottret, La Révolution américaine. La quête du bonheur, Perrin 2003, 525 p.

Liens externes

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