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Paul-Louis Courier

De Wikiberal
Paul-Louis Courier
Pamphlétaire

Dates 1772 - 1825
Paul-Louis Courier.JPG
Tendance Libéral classique
Origine France France
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Citation
inter lib.org sur Paul-Louis Courier
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Paul-Louis Courier de Méré est un pamphlétaire français né à Paris le 4 janvier 1772 et mort dans la forêt de Larçay près de Véretz (Indre-et-Loire), le 10 avril 1825.

Un artilleur lettré

Fils d’un riche bourgeois qui verrait bien son fils embrasser la carrière militaire, il étudie les mathématiques. Toutefois, il préfère une page d’Isocrate à toutes les vérités d’Euclide. Il entre néanmoins à l’école d’artillerie de Châlons et en sort officier en 1793.

Il sert sans enthousiasme dans les armées du Rhin et de Rhin-et-Moselle. Il est autorisé à quitter Mayence au printemps 1795 et arrive à Paris en mai. Là, on le nomme inspecteur des forges du Tarn et de l'Ariège. Il est affecté à l’armée d’Italie fin 1798. Il juge sévèrement l’occupation française. En convalescence durant trois ans, il est accepté comme persona grata par tout ce que la capitale compte de savants hellénistes. Il écrit ses premiers opuscules dans le style antique entre 1800 et 1802. Esprit indépendant et frondeur, il voit sans plaisir l’ascension de Napoléon : « le premier capitaine du monde, vouloir qu’on l’appelle Majesté !… Être Bonaparte et se faire Sire !… Il aspire à descendre. »

Monarchiste modéré, il n’aime guère la République, odieuse sous la Convention et méprise le Directoire ; l’Empire lui parait une bouffonnerie où les emplois seraient réservés aux virtuoses de la flagornerie. En février 1809, il démissionne de l’armée mais désireux de servir sous Napoléon, il rejoint la Grande Armée et, malade comme un chien, assiste le 6 juillet à la bataille de Wagram qui achève de le dégoûter de l'armée.

Un redoutable pamphlétaire

Resté en Italie, il découvre à la Bibliothèque Saint-Laurent de Florence un manuscrit du roman de Longus, Daphnis et Chloé. Excellent helléniste, il désire traduire cette oeuvre qui, à la différence des autres manuscrits connus, est intégrale. En la transcrivant avec l'aide du bibliothécaire Del Furia, il fait une malencontreuse tache d'encre sur la page jusque-là inconnue du roman. C'est le début d'une polémique violente avec les Italiens, Del Furia notamment. Après avoir traduit le roman, en septembre 1810 Courier clouera son adversaire au pilori dans son éblouissante Lettre à M. Renouard, libraire. L'infortuné bibliothécaire en sortira à jamais discrédité et ridicule.

Courier rentre en France en juillet 1812 et renoue avec ceux qui lui sont proches ou attachés. Il se marie avec Herminie, fille d'un helléniste de ses amis, Etienne Clavier. Le couple s'installe dans une ferme de Touraine achetée en avril 1818,la Chavonnière. Il se qualifie de vigneron, bûcheron et laboureur. Comme son comparse Béranger auteur de chansons subversives, il devient célèbre sous la Restauration par ses pamphlets (Lettres au rédacteur du Censeur, 1820), son Simple Discours à l’occasion d’une souscription pour l’acquisition de Chambord (1821) lui vaut une condamnation à deux mois de prison et 300 francs d’amende. Il est relaxé, faute de délit précis, pour sa Pétition pour des villageois que l’on empêche de danser. Aussi décide-t-il de faire publier en secret et anonymement ses écrits suivants entre 1822 et 1824 : Première et Deuxième réponses aux Anonymes, Livret de Paul-Louis, vigneron,Gazette du village, Pièce diplomatique extraite des journaux anglais et, son chant du cygne, le Pamphlet des Pamphlets.

Comme il l’écrit : « Les gros ouvrages peuvent être bons pour les désoeuvrés des salons ; le pamphlet s'adresse aux gens laborieux de qui les mains n'ont pas le loisir de feuilleter une centaine de pages ». Il meurt mystérieusement assassiné tué d’un coup de fusil. Cet assassinat a inspiré La ferme des sept péchés film de Jean Devaivre (1949) tourné en Touraine, dans lequel Jacques Dumesnil interprète le rôle de Paul-Louis Courier.

Il n’a cessé de dénoncer dans un style étincelant, l’arbitraire des agents de l’État à l'égard de l'individu, les atteintes à la liberté d’expression pourtant garantie par la Charte, le mépris à l’égard de ceux qui travaillent et créent des richesses de la part de ceux qui vivent de l’impôt, l’alliance entre le Trône et l’Autel. C'est un écrivain ignoré et considéré à tort comme mineur et qui a su faire de riens de merveilleuses petites pièces de guerre comme l’écrit Sainte-Beuve. De nombreux écrivains et non des moindres ont salué la qualité indiscutable de son écriture. Claude Tillier, autre pamphlétaire, ennemi de la Monarchie de juillet et auteur de "Mon oncle Benjamin", le considéra comme son modèle.

Longtemps disponibles aux éditions Gallimard, dans la Pléiade, ses oeuvres complètes ne sont plus rééditées. Toutefois, ses pamphlets heureusement annotés et commentés par Michel Crouzet ont été récemment réédités.

Son dernier biographe, Jean-Pierre Lautman, retrace, avec passion et érudition, l'itinéraire de cet homme de plume atypique dont Stendhal affirme qu'il est « l'écrivain qui connaît le mieux sa langue, toutes ses finesses, et toutes ses délicatesses » et qui mit son génie au service des hommes quand tant d'autres consacrèrent le leur à servir leurs seuls intérêts.

Bibliographie

  • Armand Carrel, Essai sur la vie et les écrits de P.L. Courier, 1829
  • Geneviève Viollet-le-Duc, Paul-Louis Courier, Correspondance générale, tomes 1 et 2, Klincksieck, 1976 et 1978, tome 3, A.-G. Nizet, 1986
  • Jean Pierre Lautman, Paul-Louis Courier ou la plume indomptée, ed. C.L.D., Chambray-lès-Tours, 2001
  • Michel Crouzet, "Paul-Louis Courier, une écriture du défi", éd. Kimé, 2007

Citations

  • Laissez le gouvernement percevoir des impôts et répandre des grâces ; mais, pour Dieu, ne l'engagez point à se mêler de nos affaires. Souffrez, s'il ne peut nous oublier, qu'il pense à nous le moins possible. Ses intentions à notre égard sont sans doute les meilleures du monde, ses vues toujours parfaitement sages, et surtout désintéressées ; mais, par une fatalité qui ne se dément jamais, tout ce qu'il encourage languit, tout ce qu'il dirige va mal, tout ce qu'il conserve périt, hors les maisons de jeu et de débauche. L'Opéra, peut-être, aurait peine à se passer du gouvernement ; mais nous, nous ne sommes pas brouillés avec le public. Laboureurs, artisans, nous ne l'ennuyons pas, même en chantant ; à qui travaille, il ne faut que la liberté.

(Lettre II au rédacteur du Censeur, 1819)

  • Dans ces provinces, nous avons nos bandes noires, comme vous à Paris, à ce que j'entends dire. Ce sont des gens qui n'assassinent point, mais ils détruisent tout. Ils achètent de gros biens pour les revendre en détail, et de profession décomposent les grandes propriétés. C'est pitié de voir quand une terre tombe dans les mains de ces gens-là ; elle se perd, disparaît. Château, chapelle, donjon, tout s'en va, -tout s'abîme. Les avenues rasées, labourées de çà, de là, il n'en reste pas trace. Ou était l'orangerie s'élève une métairie, des granges, des étables pleines de vaches et de cochons. Adieu bosquets, parterres, gazons, allées d'arbrisseaux et de fleurs ; tout cela morcelé entre dix paysans, l'un y va fouir des haricots, l'autre de la vesce.
Ils ne songent pas, les bonnes gens qui veulent maintenir toutes choses intactes, qu'à Dieu seul appartient de créer ; qu'on ne fait point sans défaire ; que ne jamais détruire, c'est ne jamais renouveler. Celui-ci, pour conserver les bois, défend de couper une solive, un autre conservera les pierres de la carrière ; à présent, bâtissez. L'abbé de la Mennais conserve les ruines, les restes de donjons, les tours abandonnées, tout ce qui pourrit et tombe. Que l'on construise un pont du débris délaissé de ces vieilles masures, qu'on répare une usine, il s'emporte, il s'écrie : L'esprit de la révolution est éminemment destructeur. Le jour de la création, quel bruit n'eut-il pas fait ! il eût crié : Mon Dieu, conservons le chaos.
En somme, ces gens-ci, ces destructeurs de terre, font grand bien à la terre, divisent le travail, aident à la production, et faisant leurs affaires, font plus pour l'industrie et l'agriculture que jamais ministre, ni préfet, ni société d'encouragement, sous l'autorisation du préfet. Le public les estime peu. En revanche, il honore fort ceux qui le dépouillent et l'écrasent ; toute fortune faite à ses dépens lui paraît belle et bien acquise.

(Lettre V au rédacteur du Censeur, 1819)

  • C'est l'imprimerie qui met le monde à mal. C'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la création ; et Caïn lisait les journaux dans le paradis terrestre. Il n'en faut point douter, les ministres le disent ; les ministres ne mentent pas, à la tribune surtout. Que maudit soit l'auteur de cette damnable invention, et avec lui ceux qui en ont perpétué l'usage, ou qui jamais apprirent aux hommes à se communiquer leurs pensées ! pour telles gens l'enfer n'a point de chaudières assez bouillantes.
Mais remarquez, Monsieur, le progrès toujours croissant de perversité. Dans l'état de nature célébré par Jean-Jacques avec tant de raison, l'homme, exempt de tout vice et de la corruption des temps où nous vivons, ne parlait point, mais criait, murmurait ou grognait, selon ses affections du moment. Il y avait plaisir alors à gouverner. Point de pamphlets, points de journaux, point de pétitions pour la Charte, point de réclamations sur l'impôt. Heureux âge qui dura trop peu ! (…) Mais, quand un Phénicien (ce fut, je m'imagine, quelque manufacturier, sans titre, sans naissance) eut enseigné aux hommes à peindre la parole, et fixer par des traits cette voix fugitive, alors commencèrent les inquiétudes vagues de ceux qui se lassaient de travailler pour autrui, et en même temps le dévouement monarchique de ceux qui voulaient à toutes forces qu'on travaillât pour eux. Les premiers mots tracés furent liberté, loi, droit, équité, raison ; et dès lors on vit bien que cet art ingénieux tendait directement à rogner les pensions et les appointements.

(Lettre IX au rédacteur du Censeur, 1820)

  • Contenter le public, s'en faire estimer, est fort bien ; il y a nul mal assurément, et Laffitte a raison de se conduire comme il fait, parce qu'il a besoin, lui, de l'estime, de la confiance publique, étant homme de négoce, roturier, non pas duc. Mais le point pour un ministre, c'est de rester ministre ; et pour cela, il faut savoir, non ce qui s'est fait à Lyon, mais ce qui s'est dit au lever, dont ne parlent pas les journaux. La presse étant libre, il n'y a point de conspiration, dites-vous, messieurs de gauche. Vraiment, on le sait bien. Mais, sans conspiration, comment sauver l'Etat, le trône, la monarchie ? et que deviendraient les agents de sûreté, de surveillance ? Comme le sandale est nécessaire pour la plus grande gloire de Dieu, aussi sont les conspirations pour le maintien de la haute police.

(Lettre X au rédacteur du Censeur, 1820)

  • Je demande qu'il soit permis, comme par le passé, aux habitants d'Azai de danser le dimanche sur la place de leur commune, et que toutes défenses faites, à cet égard, par le préfet, soient annulées. (…) Les gendarmes se sont multipliés en France ; bien plus encore que les violons, quoique moins nécessaires pour la danse. Nous nous en passerions aux fêtes du village, et à dire vrai ce n'est pas nous qui les demandons : mais le gouvernement est partout aujourd'hui, et cette ubiquité s'étend jusqu'à nos danses, où il ne se fait pas un pas dont le préfet ne veuille être informé, pour en rendre compte au ministre. (…) Vous le savez d'ailleurs et le voyez, messieurs ; ceux qui haïssent tant le travail du dimanche veulent des traitements, envoient des garnisaires, augmentent le budget. Nous devons chaque année, selon eux, payer plus et travailler moins.

(Pétition pour les villageois qu’on empêche de danser, 1822)

  • Tant il y a qu'il n'y a plus moyen de gouverner, surtout depuis qu'un autre émissaire de l'enfer a trouvé cette autre invention de distribuer chaque matin à vingt ou trente mille abonnés une feuille où se lit tout ce que le monde dit et pense, et les projets des gouvernants et les craintes des gouvernés. Si cet abus continuait [...] le public se mêlerait de tout, voudrait fourrer dans tout son petit intérêt, compterait avec la trésorerie, surveillerait la haute police, et se moquerait de la diplomatie. La nation enfin ferait marcher le gouvernement, comme un cocher qu'on paie, et qui doit nous mener, non où il veut, ni comme il veut, mais où nous prétendons aller, et par le chemin qui nous convient...

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