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Paul N. Rosenstein-Rodan

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Paul Narcyz Rosenstein-Rodan (1902 - 1985) était un économiste né en Pologne, à Cracovie. Paul Rosenstein-Rodan a émigré en Grande-Bretagne en 1930 et il a enseigné à l'UCL, puis à la London School of Economics jusqu'en 1947. Il a travaillé pour la Banque mondiale, avant de passer au MIT, où il a enseigné de 1953 à 1968.

Un début de carrière dans la tradition de l'école autrichienne

Il fut formé dans la tradition de l'École autrichienne sous la direction de Hans Mayer à l'université de Vienne. Il a participé aux séminaires privés qu'organisait Ludwig von Mises à la chambre de Commerce de Vienne. Là, il assistait aux débats, avec d'autres futurs collègues comme Fritz Machlup, Oskar Morgenstern, Gottfried Haberler, Alfred Schutz ou Richard von Strigl.

Cependant, ce serait un abus de langage de considérer les œuvres de cet auteur comme appartenant toutes à l'École autrichienne. Ses premières contributions à l'économie se sont focalisées en pure théorie économique - sur l'utilité marginale, la complémentarité dans les biens de consommation et de production, les structures hiérarchiques des besoins et la question du temps en économie. Ces thèmes sont conformes à l'interrogation de l'École autrichienne.

En 1934, Paul Rosenstein-Rodan, écrit un article très innovateur sur le rôle du temps dans la théorie économique. Il traite du "temps" comme d'un bien économique. Il le décrit comme d'un élément économique afin de résoudre les problèmes de nature variable. Il insiste sur l'impact économique de la période et sur des problèmes qu'elle engendre. L'auteur considère que le rôle du temps dans l'analyse économique est encore employé de façon insuffisante et il estime que cette analyse est cruciale pour l'avenir de l'économie.

Cependant, à partir de 1943, son orientation méthodologique vers l'école néo-classique et son interventionnisme l'écarte du groupe des Autrichiens. L'économie de guerre le pousse à regarder les pays en développement. L'attrait également de l'économie soviétique centralisée et planifiée joue également dans ce revirement. Enfin, le déboulement des théories keynésiennes vient conforter son approche interventionniste.

Un théoricien néfaste du développement interventionniste

En 1943, il est l'auteur de l'article "Problèmes de l'industrialisation de l'Europe de l'Est et du Sud-Est" - où il est à l'origine de la théorie du "big push" et de la "trappe à pauvreté".

Les pays en développement ont une capacité insuffisante pour stimuler leur propre économie, précise-t-il. Il y a une faible productivité, en raison de l'absence de demande forte puisque les revenus sont faibles. Aussi, deux circuits différents se créent. D'une part, du fait du faible pouvoir d'achat, les entrepreneurs ne sont pas incités pour accroître leurs investissements. D'autre part, du fait des faibles revenus, l'épargne est peu importante. Ces deux circuits se rejoignent par un manque de capitaux, ce qui explique la faible productivité.

Dans cette analyse, Paul Rosenstein-Rodan plaide en faveur de programmes d'investissement à grande échelle pour l'industrialisation dans les pays avec un important excédent de main-d'œuvre dans l'agriculture. Il s'agit ainsi de tirer parti des effets de réseau, c'est-à-dire des économies d'échelle et d'envergure, et d'échapper au "piège" du faible niveau d'équilibre. Il a ainsi développé la théorie des rendements croissants, défini préalablement par Allyn Young en 1928[1] et déjà formulé par Adam Smith en 1776.

En montrant que le manque de coordination entre les secteurs de l'économie limite les effets d'entraînement et de croissance, Paul Rosenstein-Rodan s'est gravement fourvoyé dans son analyse de la trappe à pauvreté. Outre son implication personnelle, son erreur fut également d'influencer les organismes mondiaux d'aide au développement et de provoquer la défiance des opérateurs économiques vis à vis des bienfaits des institutions. Il donne l'argument désastreux que les institutions et les normes sociales sont une cause majeure du manque de coordination. Par conséquent, la création de trappes à pauvreté ne peut être évitée que par un interventionnisme soutenu et global externe (financement d'organismes internationaux comme la banque mondiale ou de capitaux étrangers massifs). L'expérience de l'aide au développement a démontré douloureusement l'inefficacité de telles politiques coûteuses.

Notes et références

  1. Allyn Young, "Increasing Returns and Economic Progress"

Bibliographie

  • 1927, Grenznutzen [Utilité marginale], In: Handworterbuch der Staatswissenschaften, Vol 4, 4ème édition, Jena: Gustav Fischer, pp1190-1223
    • Repris en 1960, 'Marginal Utility', In: Alan T. Peacock, Ralph Turvey, Wolfgang F. Stolper et Hans Liesner, dir., International Economic Papers, n°10, London and New York: Macmillan, pp70-106
  • 1930, "Das Zeitmoment in der Mathematischen Theorie des Wirtschaftlichen Gleichgewichtes" [Le moment présent dans la théorie mathématique de l'équilibre économique], Zeitschrift für Nationalökonomie, Vol 1, n°1, pp129-142
  • 1933, "La Complementarieta: Prima delle tre etappe del progresso della Teoria Economica Pura" [La complémentarité : première des trois étapes de la croissance dans la théorie économique pure], La Riforma Sociale, Vol 44, pp257-308
  • 1934, "The Role of Time in Economic Theory" [le rôle du temps dans la théorie économique], Economica N. S., Vol 1, n°1, pp77-97
  • 1936, A Coordination of the Theories of Money and Price [Une coordination des théories de la monaie et des prix], Economica, Vol 3, n°11, pp257-280
  • 1937, "Carl Menger (1840-1921)", In: Gustavo del Vecchio, dir., "Economia pura, Nuova collana di economisti stranieri e italiani", Torino : Utet
  • 1943, Problems of Industrialization of Eastern and South-Eastern Europe [Problèmes de l'industrialisation de l'Europe de l'Est et du Sud-Est], Economic Journal, Vol 53, n°210/211, pp202-211
  • 1944, The International Development of Economically Backward Areas [Le développement international des zones économiques en retard de développement], International Affairs, avril, Vol 20, n°2, pp157-165
  • 1946,
    • a. L'avenir du revenu national anglais, Economie Appliquée, n°1
    • b. L'avenir de la prospérité américaine, Economie Appliquée, n°1
  • 1954,
    • a. Programming in Theory and in Italian Practice, Center for International Studies (MIT), SSRG Conference of Growth, Oct.
    • b. Les besoins de capitaux dans les pays sous-développés, Economie Appliquée, Jan-Juin, n°1-2
  • 1956, Disguised Underemployment and Under-employment in Agriculture [Le chômage déguisé et le sous-emploi dans l'agriculture], Center for International Studies (MIT)
  • 1957, Notes on the Theory of the Big Push [Notes sur la théorie du Big Push], In: Ellis and H. Wallick: Economic Development for Latin America - Proceeding of the IEA Conference. St. Martins, New York
    • Repris en 1961, In: Ellis, dir., Economic Development for Latin America
  • 1959, Uwagi o teorii ‘wielkiego pchnięcia’ [Observations sur la théorie du «big push»], Ekonomista, n°2
  • 1961, International Aid for Underdeveloped Countries [L'aide internationale pour les pays sous-développés], Review of Economic Statics, Vol 43
  • 1964,
    • a. Capital formation and economic development, London: Allen & Urwin
    • b. Pricing and fiscal policies, London: Allen & Urwin
  • 1969,
    • a. "Criteria for Evaluation of National Development Effort" [Critères pour l'évaluation de l'effort du développement national], Journal of Development Planning, Vol 1
    • b. "Problems of Industrialization", In: A. N. Agarwala, S. P. Singh, dir., "The Economics of Underdevelopment", London: Oxford University Press
  • 1979, Employment and Growth in the Strategy of Development of Latin America [Emploi et croissance dans la stratégie de développement des pays d'Amérique latine], Development and Change, Vol. 10, pp585-600
  • 1981, The New International Economic Order [Le nouvel ordre économique international]
  • 1984, Natura facit saltum: Analysis of the disequilibrium growth process, In: G. Meier et Dudley Seers, dir., Pioneers in Development, Oxford, New York

Littérature secondaire

  • 1973,
    • Jagdish Bhagwati et Richard S. Eckaus, dir., Development and Planning: Essays in Honour of Paul Rosenstein-Rodan, MIT Press et London: George Allen and Unwin
    • Paul Streeten, commentaire du livre de Jagdish M. Bhagwati et de Richard S. Eckaus, Development and Planning: Essays in Honour of Paul Rosenstein-Rodan, World Development, Volume 1, n°11, November, p59
  • 1975, Gerald M. Meier, commentaire du livre de Jagdish M. Bhagwati et de Richard S. Eckaus, Development and Planning: Essays in Honour of Paul Rosenstein-Rodan, Economic Development and Cultural Change, Vol. 24, No. 1 (Oct., pp221-224
  • 1983, Sukhamoy Chakravarty, Paul Rosenstein-Rodan: An appreciation, World Development, Vol 11, n°1, January, pp73-75
  • 1999, Hamid Hosseini, Rosenstein,Rodan: From marginal utility to a pioneer in economic development & possibly socio-economics, Journal of Socio Economics, Vol 28, pp117-130
  • 2000, Karla Hoff, Beyond Rosenstein-Rodan: the Modern Theory of Underdevelopment Traps, Washington D. C., The World Bank, Annual World Bank Development Economics Conference


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