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Antoine-Louis Destutt de Tracy

De Wikiberal
Antoine-Louis Destutt de Tracy
Philosophe

Dates 1754 - 1836
DestuttDet.jpg
Tendance Libéral classique
Origine France France
Articles internes Liste de tous les articles

Citation
inter lib.org sur Antoine-Louis Destutt de Tracy
Librairal

Antoine-Louis Destutt de Tracy (Paris, 20 juillet 1754 - id., 9 mars 1836) est un philosophe français, connu pour avoir fondé le groupe des Idéologues.

Sommaire

Biographie

Issu d'une famille aristocratique, il devient officier peu avant la Révolution. Participant aux États généraux, il renonce à son titre de noblesse. Pendant la Révolution, il devient député à l'Assemblée constituante avant de servir en 1792 sous les ordres de Lafayette. Sous la Terreur, il est incarcéré. Pour occuper ses journées, il dévore les écrits de plusieurs philosophes, parmi lesquels Condillac et John Locke. C'est ainsi qu'il découvre la théorie sensualiste du premier et qu'il commence à s'en inspirer pour forger sa propre philosophie.

Membre de l'Institut en 1795, il en profite pour mettre au point sa théorie de l'Idéologie, qu'il présente comme la science des Idées. Sous le Consulat et l'Empire, il siège comme sénateur avant d'être nommé pair de France. Livrant une opposition résolue à Napoléon, il se voit privé de sa chaire en 1803. Il arrive cependant à publier sa volumineuse œuvre Éléments d'idéologie entre 1801 et 1815, que parachève le dernier volume intitulé: Traité de la volonté et de ses effets. Bonaparte ne goûte évidemment guère qu'on lui résiste et ne tarde pas à railler Destutt et ses amis, parmi lesquels le médecin Cabanis ou Germaine de Staël, en usant du terme d' « idéologues » pour les dépeindre comme des penseurs éloignés de la réalité politique. L'acception péjorative de ce mot restera, faisant bien plus tard florès sous la plume de Karl Marx.

Néanmoins, les honneurs continueront à pleuvoir sur lui, puisqu'il sera élu à l'Académie française en 1808 avant que, sous la Restauration, Louis XVIII ne lui restitue son titre. Pourtant, Destutt de Tracy conservera son indépendance politique en menant une opposition libérale aux gouvernements "ultras", de la même manière qu'il avait défié le pouvoir napoléonien.

D'abord séduit par la Monarchie de Juillet, dont il espère une orientation plus libérale que les régimes précédents, il déchantera vite et s'éteindra en 1836.

Ses idées

Empruntant à Condillac son sensualisme, la science des Idées a pour objectif de comprendre le fonctionnement de l'action humaine (presque un siècle et demi avant Ludwig von Mises !) en le déduisant du primat sensoriel. Pour les Idéologues, les sciences de l'homme, bien qu'elles examinent assurément un objet très particulier, peuvent revendiquer le sérieux scientifique.

Son Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu, dans lequel Destutt critique le monarchisme du philosophe, suscitera l'enthousiasme de Thomas Jefferson qui, après en avoir pris connaissance au travers de sa correspondance avec le philosophe français, le traduira et le préfacera en 1811. Il faudra attendre l'année 1817 pour que le livre soit autorisé à paraître dans sa langue originelle.

Défenseur d'un régime républicain, libéral et constitutionnel, Destutt de Tracy est également un avocat convaincu du laissez-faire et du libre-échange, car pour lui "la société est constituée d'une série d'échanges". Ces principes seront tout particulièrement exposés dans son Traité de la volonté (1815), qui servira de manuel d'économie politique aux États-Unis, grâce aux bons soins de son ami Jefferson.

Il exercera une grande influence sur plusieurs libéraux français, tels que Charles Dunoyer, mais peut aussi être considéré comme un précurseur de l'analyse autrichienne en raison de la prééminence qu'il accorde à la subjectivité de la valeur. De plus, Destutt sera admiré par de nombreux révolutionnaires, les Carbonari en Italie ou les Décabristes en Russie. Quant à sa Science des Idées, elle marquera énormément Stendhal.

Œuvres

Publications

  • M. de Tracy à M. Burke (1785-95), [lire en ligne]
  • Quels sont les moyens de fonder la morale chez un peuple (1897-98). Texte en ligne : [1]
  • Analyse de l'Origine de tous les cultes, par le citoyen Dupuis, et de l'abrégé qu'il a donné de cet ouvrage (1799 ; 1804). Texte en ligne : [2]
  • Projet d'éléments d'idéologie à l'usage des écoles centrales de la République française (1800). Texte en ligne : [3]
  • Observations sur le système actuel d'instruction publique (1800).
  • Principes logiques, ou Recueil de faits relatifs à l'intelligence humaine (1817). Texte en ligne : [4]
  • Traité de la volonté et de ses effets (1818). Réédition : Slatkine, Genève, 1984. Texte en ligne : [5]
  • Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu, par M. le Cte Destutt de Tracy, suivi d'observations inédites de Condorcet sur le 29e livre du même ouvrage, et d'un mémoire sur cette question : quels sont les moyens de fonder la morale d'un peuple, écrit et publié par l'auteur du commentaire de l'Esprit des lois en 1798 (1819). Réédition : Fayard, Paris, 1994. Texte en ligne : [6]
  • Traité d'économie politique (1822), [lire en ligne]
  • Élémens d'idéologie (4 volumes, 1825-27). En 4 parties publiées précédemment en 3 volumes séparés : I. Idéologie proprement dite ; II. Grammaire ; III-IV. De la logique.
  • Mémoire sur la faculté de penser ; De la métaphysique de Kant et autres textes, Fayard, Paris, 1992.
  • Lettres à Joseph Rey : 1804-1814, Droz, Genève ; Champion, Paris, 2003.
  • De l'amour. Publié pour la première fois en français avec une introduction sur Stendhal et Destutt de Tracy, par Gilbert Chinard (1926). Réédition : J. Vrin, Paris, 2006.

Littérature secondaire

  • 1909, J. Cruet, La philosophie morale et sociale de Destutt de Tracy (1754-1836), Allard, Tours
  • 1912, Edgar Allix, "Destutt de Tracy, économiste", Revue d'économie politique, Vol 26, pp424-451
  • 1978, Emmet Kennedy, A Philosophe in the Age of Revolution: Destutt de Tracy and the Origins of "Ideology", Philadelphia: American Philosophical Society
  • 1989, Robert W. Dimand et Edwin G. West, Destutt de Tracy : A French Precursor of the Virginia School of Public Finance, History of Economics Society Bulletin, vol. 11, no. 2, pp210-215
  • 1994,
    • Michèle Crampe-Casnabet, "Du système à la méthode : Tracy, « observateur » lointain de Kant", Corpus revue de philosophie, n°26/27, pp75-89
    • Anne Deneys-Tunney, "Destutt de Tracy et Corinne de Mme de Staël", Corpus revue de philosophie, n°26/27, pp91-98
    • Henry Deneys, "Le crépuscule de l'Idéologie : sur le destin de la philosophie « idéologiste » de Destutt de Tracy", Corpus revue de philosophie, n°26/27, pp99-132
    • Rose Goetz, "Destutt de Tracy et le problème de la liberté", Corpus revue de philosophie, n°26/27, pp57-74


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