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Parabole de la vitre brisée

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(Redirigé depuis Vitre cassée)

La parabole de la vitre cassée constitue le premier chapitre de Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, essai écrit par Frédéric Bastiat en 1850. Son objet est de combattre le sophisme économique du même nom, selon lequel le bris d'une vitre se ferait au bénéfice de l'intérêt général, en ce qu'elle donne du travail au vitrier et provoque ainsi une réaction en chaîne vertueuse.

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Ce sophisme et ses corollaires, que Bastiat combat dans le reste de son texte et dans de nombreux autres écrits, participe de l'ignorance économique qui, à la fois, favorise l'application de politiques financièrement et humainement coûteuses et laisse le champ libre aux démagogues pour traiter les questions économiques.

L'idée se trouve déjà chez Jean-Baptiste Say, qui réfute par avance les sophismes de type keynésien, très prisés par les hommes politiques, qui prétendent que l'endettement de l'État encourage l'économie et que la dépense publique produit de la croissance :

Voltaire avait dit : "un État qui ne doit qu'à lui-même ne s'appauvrit pas, et ses dettes même sont un nouvel encouragement pour l'industrie." (...) Voltaire, qui était en ceci l'organe de l'opinion générale de son époque, ne voit pas que la valeur empruntée, si elle n'avait pas été dépensée par le gouvernement, l'aurait été par le capitaliste qui la lui a prêtée ; même quand il l'aurait dépensée reproductivement [c'est-à-dire de manière à reproduire ce qui est consommé], puisque dans ce cas même il en aurait acheté de la main-d'œuvre ou des matériaux, et n'aurait pas donné à l'industrie moins d'encouragements que le gouvernement dépensant la même somme. (Cours complet d'économie politique pratique, 1829, tome 6, p 130-131)

La perte causée par une destruction ou par un vol (d'origine fiscale ou non) est toujours une perte nette : sa réparation a un coût. En matière fiscale, la loi de Bitur-camember explique que ce coût est amplifié, quel que soit l'emploi des fonds prélevés par la fiscalité : il y a, comme l'exprimait Bastiat, "un gain pour deux pertes".

La parabole de la vitre brisée s'applique à tous les domaines de l'interventionnisme étatique. On voit l'usage qui est fait des fonds prélevés sur le contribuable, on ne voit pas ce que le contribuable aurait pu faire avec cet argent si on lui en avait laissé l'usage. L'étatisme suscite ainsi un sophisme comptable qui permet de justifier n'importe quelle action de l'Etat : plus il prélève, plus il est utile à la société. Cette illusion est très répandue : les plans de relance, l'assistanat, la guerre contre la drogue, les divers projets publics (infrastructures, science, environnement, etc.), rencontrent peu de contestation parce qu'ils semblent utiles, et qu'on refuse d'examiner leur coût. La destruction nette de valeur est cachée par l'apparente utilité et par le discours étatique à la fois rassurant et vague (évoquant les "retombées" de l'action étatique, le "soutien" au commerce ou à l'industrie, le "prestige" du pays, etc., toutes choses non mesurables mais convaincantes en apparence).

Extrait

« À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l'industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l'on ne cassait jamais de vitres? »
« (...)La vitre étant cassée, l'industrie vitrière est encouragée dans la mesure de six francs ; c'est ce qu'on voit. Si la vitre n'eût pas été cassée, l'industrie cordonnière (ou toute autre) eût été encouragée dans la mesure de six francs ; c'est ce qu'on ne voit pas.
« Et si l'on prenait en considération ce qu'on ne voit pas parce que c'est un fait négatif, aussi bien que ce que l'on voit, parce que c'est un fait positif, on comprendrait qu'il n'y a aucun intérêt pour l'industrie en général, ou pour l'ensemble du travail national, à ce que des vitres se cassent ou ne se cassent pas. »

Citations

  • Dans son essai intitulé Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, Bastiat avance l'idée suivante : on voit ce que font les gouvernements, et on chante leurs louanges en conséquence, mais on ne voit pas le revers de la médaille. Et pourtant, il existe bel et bien ; simplement, il est moins évident et demeure invisible. (...) Si les conséquences tant positives que négatives d'une action retombaient sur leur auteur, nous apprendrions vite. Mais, comme elles sont visibles, les retombées positives ne bénéficient souvent qu'à leur auteur, tandis que les conséquences négatives, invisibles, retombent sur les autres, et c'est la société qui en paie le prix fort. (Nassim Nicholas Taleb, Le Cygne noir, 2007)

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