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Charles Lindblom

De Wikiberal

Charles Edward Lindblom (né en 1917) fut professeur émérite de sciences politiques et économiques à l'Université de Yale. Il est un ancien président de l'American Political Science Association et de l'Association des études économiques comparées et également ancien directeur de l'établissement de Yale pour le développement des études sociales et politiques. Il a étudié les rapports entre le système de marché et les fonctionnements de la vie politique. Il a soulevé ses préoccupations sur l'impact du capitalisme démocratique affaiblissant les règles de la concurrence. Il admet que le système du marché est le meilleur mécanisme pour créer des richesses et pour développer des innovations. Cependant il est sceptique que le capitalisme démocratique soit à ce jour très efficace pour l'attribution des valeurs non-économiques et pour la répartition de la justice sociale ou économique.

La théorie de l'incrémentalisme dans les décisions politiques

Charles Lindblom est l'un des premiers développeurs et défenseurs de la théorie de "l'incrémentalisme" dans la prise de décision politique. Ce point de vue (aussi appelé gradualisme) consiste à procéder par étapes de modifications légères dans l'approche de processus décisionnels. Dans ce contexte, la plupart des changements politiques sont évolutifs plutôt que révolutionnaires. Charles Lindblom a particulièrement appliqué son point de vue dans ses études approfondies des politiques sociales et syndicales du monde industrialisé.

La polyarchie : une critique du capitalisme démocratique

Avec son ami et collègue de l'université de Yale, le professeur Robert A. Dahl, Charles Lindblom a inventé le concept de polyarchie (ou d'organisation pluraliste) par les élites politiques et la gouvernance politique. Selon ce point de vue, il n'existe pas une seule élite monolithique qui contrôle l'Etat et la société, mais plutôt une série d'élites spécialisées en concurrence qui négocient entre elles pour prendre le contrôle de la société. C'est cette concurrence pacifique et de compromis entre les élites politiques et les forces du marché qui maintient la démocratie du libre marché et qui permet sa prospérité.

Toutefois, la polyarchie a des défauts en ce qui concerne la gouvernance démocratique. Lorsque certains groupes des élites obtiennent des avantages cruciaux, prenant une part avantageuse et commençant à agir de concert avec un autre groupe au lieu d'agir en concurrence des idées, alors la polyarchie peut facilement se transformer en corporatisme.

Dans son œuvre la plus connue, parue en 1977, La politique et les marchés, Charles Lindblom prend note de la position privilégiée de l'entreprise oligopollistique dans la polyarchie. Il introduit, alors, le concept de «circularité», ou de "volition contrôlée" où dans les démocraties, les masses populaires sont amenées à demander des revendications aux élites que les élites souhaitent effectivement et seulement leur donner. Ainsi, tout choix et toute concurrence est limitée à son strict minimum. Pire encore, tout développement de solutions de remplacement ou même toute discussion sérieuse est effectivement découragée, voire évincée. Dans le système des partis politiques aux États-Unis, qui est presque entièrement dominé par deux partis puissants, les questions complexes sont réduites à des décisions à deux choix simples. A cela s'ajoute la concentration simultanée des moyens de communication de masse dans une situation d'oligopole, qui contrôlent efficacement la participation au dialogue politique au bénéfice des élites en place.

Publications

  • 1953, avec Robert A. Dahl, Politics, Economics, and Welfare : planning and politico-economic systems resolved into basic social processes, New York : Harper
    • Nouvelle édition en 1976, Chicago: University of Chicago Press
  • 1962, avec Albert Hirschman, "Economic Development, Research and Development, Policy Making: Some Converging Views", Behavioral Science, April
  • 1965, The Intelligence of Democracy, Free Press
  • 1977, Politics and Markets: The World's Political-Economic Systems, New York: Basic
  • 1979,
    • a. avec David K. Cohen, Usable Knowledge: Social Science and Social Problem Solving, Yale University Press
    • b. Still Muddling, Not yet through, Public Administration Review, Vol. 39, n°6, pp517–526
    • c. The Policy-Making Process, Englewood Cliffs, N.J.: Prentice-Hall, 2nd edition
  • 1993, avec Edward J. Woodhouse, The Policy-Making Process, Englewood Cliffs, NJ: Prentice Hall, 3ème édition
  • 2001, The Market System: What It Is, How It Works, and What to Make of It, Yale University Press

Littérature secondaire

  • 2015, Andrea Migone, Michael Howlett, "Charles E. Lindblom, 'The Science of Muddling Through'", In: Martin Lodge, Edward C. Page, Steven J. Balla, dir., "The Oxford Handbook of Classics in Public Policy and Administration", Oxford: Oxford University Press