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Entrepreneur migrant

De Wikiberal

L'imagerie populaire donne généralement du migrant une double vision antagoniste, soit d'un envahisseur agresseur, soit d'un individu naturellement entrepreneur. Cette deuxième perspective est assez logique, dans le sens commun, car l'histoire de l'humanité est remplie de cette image de l'entrepreneur paria dans la société. L'entrepreneur migrant fait un acte de défi lorsqu'il décide de recommencer sa vie dans un nouveau pays, ce qui est analogue à la création d'entreprise et au sens de l'entrepreneur économiquement aventurier.

La prolifération des "enclaves"[1][2][3][4] entrepreneuriales et ethniques[5][6][7][8][9][10][11][12][13] sont visibles dans les grandes villes mais aussi souvent dans les villages. Elles sont issues, en grande partie, de la diaspora[14][15][16]. Les restaurants "sushi" ou la pizzeria italienne, en sont les parangons dans le secteur de la restauration. Cette vision donne du poids à la notion populaire que les entreprises appartenant à des immigrés ou qui sont gérées par des immigrants sont l'une des principales voies de la réussite économique de l'immigrant et de son éventuelle intégration sociale dans sa société d'accueil.

La théorie du portefeuille des actifs entrepreneuriaux

Selon la théorie du portefeuille des actifs entrepreneuriaux au sein de la famille, cette réussite n'est pas due au hasard. Dans chaque foyer, la décision est prise d'émigrer à des fins entrepreneuriales en fonction des probabilités les plus élevées de réussite de chaque membre de la famille. La prise de décision est soit collective, soit individuelle. Dans le premier cas, la prise de décision, au sein du foyer, est effectuée sous le leadership familial prépondérant des parents, des aïeux et des adultes seniors pour déterminer quels seront les membres de la famille qui émigreront. Dans ce cas, un calcul grossier permet d'anticiper la maximisation des revenus pour le foyer restant dans le pays d'origine et de minimiser les risques d'échec pour le migrant. Ils sont, en un sens, des gestionnaires avisés de portefeuille d'actifs entrepreneuriaux des membres familiaux qui investissent en capital humain pour un retour sur investissement, généralement sous la forme d'économies, provenant des revenus du travail ou du capital, qui sont transmises à la famille aux travers des frontières nationales et internationales par les systèmes sécurisés de transfert électronique (Western Union, par exemple).

Par ailleurs, les membres du foyer qui sont « choisis » ou qui se sélectionnent eux-mêmes à émigrer à l'étranger ont souvent des caractéristiques personnelles semblables à celles des entrepreneurs. Comme les entrepreneurs, ils ont tendance par exemple, à être dynamiques pour prendre des risques, surtout dans les premières étapes où le flux d'information sur le point de destination d'émigration est encore incomplet et lorsque les chances de succès sont très incertaines.

Ivan Light fait valoir l'argument suivant que plus les émigrants doivent affronter des difficultés et des frustrations dans l'économie générale, plus ils sont susceptibles de rechercher des opportunités alternatives par l'intermédiaire de l'auto-emploi et par le développement de liens économiques et sociaux plus forts au sein de leur propre communauté ethnique. Ces liens sociaux et économiques, à leur tour, renforcent la capacité des immigrés à affronter la concurrence dans l'ensemble du marché par l'accès à un réseau d'information privilégié. Les sources de crédit adaptées ne sont pas toujours assujetties à des contraintes d'apport de capital comme dans le système bancaire commercial traditionnel. Ces entrepreneurs recherchent une base de consommateurs fidèles à leurs biens et services et une embauche régulière de collaborateurs co-ethniques loyaux et déterminés.

La théorie des "négociants commerciaux minoritaires"

Une autre explication du succès de l'entrepreneur migrant est centrée autour de l'idée des "négociants commerciaux minoritaires". Cette idée est née par les études sur l'immigration d'Edna Bonacich[17] et par les travaux de Robert Cherry[18] et Janet Landa. Ces auteurs ont observé que la plupart des groupes les plus actifs dans le commerce sont historiquement des peuples dont la culture du négoce est élevé mais dont le statut est minoritaire dans le pays. La tradition maintenue par ces groupes et son habitude à séjourner à l'étranger donnent aux membres de ces groupes une "solidarité sociale réactive" qui contribuent à soutenir et perpétuer leur succès dans les affaires commerciales.

La théorie du changement radical

Il est bien connu que les immigrants et certaines minorités ethniques sont sur-représentés en tant que fondateurs d'entreprises. Comment pouvons-nous supposer qu'il existe alors plus d'intention entrepreneuriale chez les immigrants ? Les nombreuses raisons pour une telle relation ont été suggérées précédemment :

  • la discrimination (entrepreneur paria)
  • la privation relative,
  • L'introduction de normes culturelles et des modes de vie différents,
  • l'auto-sélection des individus orientés vers le changement parmi les immigrants, etc.

Ces différentes explications sont susceptibles de transmettre une partie de la vérité. Et, il faut être prudent sur l'interprétation des résultats d'une des causes particulières prises isolément.

Per Davidson[19] introduit l'idée que la relation entre intention entrepreneuriale et entrepreneuriat des immigrants est due à l'effet d'un changement radical dans l'expérience du futur entrepreneur. Si sa thèse est vraie, cela implique que des habitants autochtones qui ont vécu dans plusieurs endroits différents et qui ont donc vécu des expériences avec un changement radical devrait se trouver également dans le groupe de personnes dont la probabilité de fonder sa propre entreprise est élevée. Ces personnes devraient être plus enclines à créer des entreprises que celles qui ont séjourné au même endroit toute leur vie. Per Davidson introduit donc le nombre de lieux habités comme une variable importante pour l'analyse de la dimension du changement radical. Les recherches comparatives[20] suggèrent généralement que les immigrants obtiennent en moyenne un score plus élevé en ce qui concerne la compétitivité, la valeur de l'argent et aussi sur la motivation de se réaliser.

Si les immigrants ont une intention entrepreneuriale plus élevée et que celle-ci repose sur la discrimination plutôt que sur l'expérience d'un changement radical, il faut s'attendre alors à une influence sur les résultats attendus des études empiriques. Or, il faut reconnaître que, dans les analyses transversales, l'interprétation de la nature et de l'ordre causal entre les antécédents personnels et les attitudes entrepreneuriales sont particulièrement problématiques à détecter, particulièrement pour les indicateurs d'expérience avec des changements radicaux qui sont enfouis dans la mémoire du futur entrepreneur potentiel. Sans doute, qu'il y a lieu de pousser plus loin l'analyse du changement radical dans la motivation d'entreprendre en considérant les caractéristiques personnelles qui sont persistantes, le caractère volontaire ou involontaire du changement radical, le poids de l'influence de ces changements radicaux dans le cadre de pensée du futur entrepreneur, le leg culturel du changement radical aux générations suivantes[21] et la phase dans le cycle de vie de l'individu où ces changements s'opèrent. Il semblerait que plus les changements radicaux ont lieu tôt dans la vie d'un individu plus l'intention entrepreneuriale sera vive comme s'il s'agissait d'une ressource à disposition, prête à se réaliser tout au long de sa vie, afin de l'aider à créer sa propre entreprise.

Annexes

Notes et références

  1. Leif Jensen, Alejandro Portes, 1987, "What's an Ethnic Enclave? The Case for Conceptual Clarity", American Sociological Review, 52 (6), December, pp768-771
  2. Leif Jensen, Alejandro Portes, 1989, "The Enclave and the Entrants: Patterns of Ethnic Enterprise in Miami Before and After Mariel", American Sociological Review, 54 (6), December, pp929-949
  3. Leif Jensen, Alejandro Portes, 1992, "Disproving the Enclave Hypothesis", American Sociological Review, 57 (3), June, pp418-420
  4. Bernard Wong, 1987, "The Role of Ethnicity in Enclave Enterprises: A Study of the Chinese Garment Factories in New York City", Human Organization, 66 (2), Summer, pp120-130
  5. Sanya Ojo, S Nwankwo, A Gbadamosi, 2013, "Ethnic entrepreneurship: the myths of informal and illegal enterprises in the UK", Entrepreneurship and Regional Development, 25 (7-8), pp587-611
  6. Jeremy Boissevain, Hanneke Grotenbreg, 1987, "Ethnic Enterprise in the Netherlands: The Surinamese of Amsterdam", In: Robert Goffee, Richard Scase, dir., "Entrepreneurship in Europe", London: Croom Helm, pp105-130
  7. Gopalkrishnan Iyer, Jon M. Shapiro, 1999, "Ethnic Entrepreneurship and Marketing Systems: Implications for the Global Economy", Journal of International Marketing, 7 (4), pp83-110
  8. Richard Jenkins, 1984, "Ethnicity and the Rise of Capitalism in Ulster", In: Robin Ward, Richard Jenkins, dir., "Ethnic Communities in Business: Strategies for Economic Survival", Cambridge: Cambridge University Press, pp57-72
  9. Ivan Light, 1984, "Immigrant and Ethnic Enterprise in North America", Ethnic and Racial Studies, 7 (2), pp195-216
  10. Pyong Gap Min, 1987, "Factors Contributing to Ethnic Business: A Comprehensive Synthesis", International Journal of Comparative Sociology, 28 (3-4), September-December, pp173-193
  11. Pyong Gap Min, Charles Jaret, 1985, "Ethnic Business Success: the Case of Korean Small Business in Atlanta", Sociology and Social Research, 69 (3), April, pp412-435
  12. Robin Ward, 1987, "Ethnic Entrepreneurs in Britain and in Europe", In: Robert Goffee, Richard Scase, dir., "Entrepreneurship in Europe: The Social Processes", London: Croom Helm, pp83-104
  13. Robin Ward, Richard Jenkins, dir. 1984, "Ethnic Communities in Business: Strategies for Economic Survival", Cambridge: Cambridge University Press, pp105-124
  14. Sanya Ojo, 2012, "Ethnic Enclaves to Diaspora Entrepreneurs: A Critical Appraisal of Black British Africans' Transnational Entrepreneurship in London", Journal of African Business, 13 (2), pp145-156
  15. Linda M. Dyer, Christopher A. Ross, 2000, "Ethnic Enterprises and Their Clientele", Journal of Small Business Management, 38 (2), April, pp48-66
  16. Henry Wai-Chung Yeung, 1999, "The Internationalization of Ethnic Chinese Business Firms from Southeast Asia: Strategies, Processes and Competitive Advantage", International journal of Urban and Regional Research, 23 (1), pp103-127
  17. Edna Bonacich, 1973, "A Theory of Middleman Minorities", American Sociological Review, Vol 38, n°5, October, pp583-594
  18. Robert Cherry, 1990, "Middleman Minority Theories: Their Implications for Black-Jewish Relations", The Journal of Ethnic Studies, Vol 17, n°4, Winter, pp117-138
  19. "Determinants of entrepreneurial intentions", article de Per Davidson, préparé à l'occasion de l'atelier "RENT IX" à Piacenza, en Italie du 23 au 24 novembre 1995
  20. R. Lynn, 1991, "The Secret of the Miracle Economy: Different National Attitudes to Competitiveness and Money", London: The Social Affairs Unit
    G. Hofstede, 1980, "Culture’s Consequences: International Differences in Work-related Values, Beverly Hills, CA.: Sage Publications
  21. Il y a lieu également de s'interroger si la génération d'immigrés de deuxième génération bénéficie aussi de cette "ressource" d'expérience de changement radical. A en croire, les témoignages, beaucoup d'entrepreneurs, fils (ou petit-fils d'immigrés) évoquent le changement radical subi par leurs parents ou leurs grands-parents comme d'une expérience vécue personnellement ou constituant une source de motivation d'entreprendre

Bibliographie

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    • Roger David Waldinger, "Through the Eye of the Needle: Immigrants and Enterprise in New York's Garment Trades", New York: New York University Press
  • 1987, Pyong Gap Min, "Filipino and Korean Immigrants in Small Business: A Comparative Analysis", Amerasia, 13 (1), Winter, pp53-71
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  • 2010, B. Allali, "Maghrebian Entrepreneurs in Quebec: An Exploratory Study and a Conceptual Framework", Journal of Comparative International Management, Vol 13, n°1, pp23-32
  • 2013, Zafar U. Ahmed, Shawn Carraher, Abdulrahim K. Kowatly, Philip W. Zgheib, "Public policy and expatriate entrepreneurs", Journal of Entrepreneurship and Public Policy, Vol 2, n°1, pp42-53
  • 2016, Anna Kremel, "Fulfilling the need of business advisory services among Swedish immigrant entrepreneurs: An ethnic comparison", Journal of Entrepreneurship and Public Policy, Vol 5, n°3, pp343-364

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